Le génocide contre les Tutsi est un projet longuement planifié – le Ministre Bizimana à Kiziguro
Ce samedi, au mémorial du génocide contre les Tutsi de Kiziguro, s’est tenue la commémoration du 32e anniversaire du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi. L’événement a été marqué par une cérémonie d’inhumation digne de trois victimes récemment retrouvées afin de leur offrir une sépulture respectueuse.
Au total, le site de Kiziguro abrite désormais 20 186 corps de victimes du génocide, dont trois ont été inhumés lors de la cérémonie du 11 avril 2026.
La cérémonie a réuni des habitants du district de Gatsibo, des rescapés, ainsi que plusieurs autorités, dont le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, le Dr Jean Damascène Bizimana, invité d’honneur.

Dans son allocution, il est revenu en profondeur sur l’histoire du génocide contre les Tutsi, en particulier dans l’ancienne commune de Murambi, aujourd’hui intégrée au district de Gatsibo, ainsi que dans les anciennes communes de Gituza et Muhura. Il a rappelé qu’environ 5 000 Tutsi avaient été massacrés le 11 avril 1994 à la paroisse catholique de Kiziguro et dans ses environs.
S’appuyant sur de nombreux éléments historiques, survivants et documents politiques, le ministre a souligné que le génocide contre les Tutsi n’a pas été un événement spontané, mais un projet longuement planifié.
Il a notamment évoqué la montée progressive de l’idéologie de haine, initiée selon lui par des formations politiques de l’époque, dont le PARMEHUTU et l’APROSOMA, puis poursuivie par les partis MRND et CDR, qui diffusaient une idéologie excluante fondée sur la notion d’un Rwanda considéré comme appartenant exclusivement aux Hutu.
Le ministre a rappelé les propos tenus en 1959 par Grégoire Kayibanda lors de la création du PARMEHUTU, affirmant que ce parti défendait les intérêts des Hutu, en présentant les Tutsi comme des étrangers supposés avoir “confisqué le pays”.
Il a qualifié ces discours de fondements idéologiques ayant contribué à la construction progressive de la haine ayant conduit au génocide. “C’est là le socle du génocide contre les Tutsi que nous devons tous comprendre”, a-t-il insisté.
Des témoignages de survivants ont également rappelé que les préparatifs des massacres étaient visibles bien avant 1994. Ils ont notamment évoqué des opérations de recensement et de traque des Tutsi dès octobre 1990 dans l’ancienne commune de Murambi, sous l’autorité locale de l’époque, ainsi que la mobilisation de groupes envoyés en formation à Byumba.
La cérémonie a aussi été l’occasion de rappeler l’ampleur des violences commises à Kiziguro, où des milliers de personnes avaient été tuées, notamment dans l’église paroissiale et ses environs. Les participants ont dénoncé la persistance de l’idéologie génocidaire, les tentatives de négation et les discours de réécriture de l’histoire encore observés dans la région des Grands Lacs.
Évoquant les défis sécuritaires actuels, le ministre Bizimana a également mentionné la présence de groupes impliqués dans la continuité de l’idéologie génocidaire, notamment les FDLR, qu’il a qualifiés de menace persistante. Il a appelé à la vigilance face à toute forme de négationnisme et de propagande de haine.
Les intervenants ont par ailleurs rendu hommage aux combattants du Front Patriotique Rwandais (FPR-Inkotanyi), saluant leur rôle dans l’arrêt du génocide et la liberation et la reconstruction du pays. Ils ont également insisté sur l’importance de l’unité nationale et de la mémoire collective comme fondements d’un avenir pacifique.
Enfin, les représentants des familles des victimes ont exprimé leur douleur face à la perte de leurs proches, mais aussi leur reconnaissance pour les efforts de mémoire.
Ils ont déploré le silence de certains auteurs des crimes sur les lieux où les corps ont été jetés, tout en réaffirmant leur engagement à préserver la vérité historique et à transmettre ce souvenir aux générations futures.
À proximité immédiate de l’église paroissiale de Kiziguro, un site où de nombreux Tutsi ont été massacrés en 1994, un monument commémoratif dédié au génocide contre les Tutsi est en cours de construction.

Le ministre Bizimana, a salué la coopération des autorités du diocèse de Byumba, ainsi que leur décision d’autoriser l’érection de ce monument. Il a souligné que cette initiative constitue un geste important pour la préservation de la mémoire des victimes et la transmission fidèle de l’histoire du génocide sur ce site chargé d’histoire.

