Visite du président Ndayishimiye à Kinshasa: la consolidation d’un axe RDC–Burundi qui interroge la dynamique de paix dans les Grands Lacs
Les déclarations de Tshisekedi à Houston ravivent les tensions régionales
Le 18 juin 2026, lors d’une rencontre avec la diaspora congolaise aux États-Unis, à Houston, le président Félix Tshisekedi a tenu des propos qui ont immédiatement suscité de vives réactions dans la région des Grands Lacs.
Intervenant dans le contexte du match de Coupe du monde ayant opposé la RDC au Portugal, le chef de l’État congolais a établi une comparaison entre la performance des Léopards et les enjeux sécuritaires à l’Est du pays. Il a notamment affirmé que la RDC n’avait pas été en mesure de « résister au Rwanda » au sens militaire du terme, tout en évoquant la capacité du pays à reprendre les zones contrôlées par le M23, dont Goma et Bukavu.
Ces déclarations ont été perçues comme une escalade verbale dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions régionales.
La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a dénoncé des propos qu’elle considère comme une instrumentalisation politique d’un événement sportif et une violation de l’esprit des engagements régionaux.
Elle a estimé que la rhétorique du président congolais contredit les principes de désescalade et de coopération inscrits dans les cadres diplomatiques récents, notamment les accords de Washington.
Kinshasa, 22–23 juin 2026: Une convergence de discours entre Kinshasa et Bujumbura
C’est dans ce climat déjà tendu que le président burundais Évariste Ndayishimiye a effectué une visite officielle à Kinshasa les 22 et 23 juin 2026.
Accueilli avec les honneurs d’État par Félix Tshisekedi, le président burundais a participé à un tête-à-tête, suivi d’une conférence de presse conjointe. Au-delà du protocole diplomatique, cette visite a mis en évidence un rapprochement politique assumé entre Kinshasa et Bujumbura, notamment sur les questions sécuritaires liées à l’Est de la RDC.
Lors de cette visite, Évariste Ndayishimiye a réitéré des positions critiques à l’égard du Rwanda, appelant les Congolais à l’unité face à ce qu’il a décrit comme un « ennemi commun ».
Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité de plusieurs prises de position du président burundais ces dernières années. Elles rappellent notamment ses propos tenus lors d’une précédente visite en RDC, lorsqu’il avait déclaré devant des jeunes qu’il était prêt à soutenir ceux qui souhaiteraient « libérer » le Rwanda en renversant ses dirigeants.
En mai 2026, une autre déclaration est venue renforcer les tensions diplomatiques régionales.
L’ambassadeur du Burundi en Belgique, Thérence Ntahiraja, a tenu des propos affirmant que des actions visant à « déstabiliser ou attaquer le Rwanda » étaient envisageables, tout en exprimant un soutien à des forces opposées au pouvoir rwandais.
Ces déclarations ont provoqué une réaction immédiate du Rwanda. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a condamné des propos jugés dangereux pour la stabilité régionale et contraires aux normes diplomatiques internationales.
Les accords de Washington à l’épreuve des réalités politiques
Ces développements interviennent moins d’un an après la signature des accords de paix de Washington, le 4 décembre 2025, sous médiation américaine.
Ces accords prévoyaient notamment la neutralisation des FDLR et un cadre de désescalade entre Kigali et Kinshasa, ainsi qu’un engagement progressif vers une réduction des tensions militaires.
Cependant, les déclarations politiques successives et la poursuite des logiques de confrontation verbale interrogent sur la capacité des parties à transformer ces engagements en réalité concrète.
Dans ce contexte, la visite de Ndayishimiye à Kinshasa apparaît moins comme un simple événement diplomatique que comme un signal politique fort: celui d’un alignement croissant entre Kinshasa et Bujumbura, dont les implications régionales restent encore incertaines.
Plus largement, la région des Grands Lacs semble aujourd’hui prise entre deux dynamiques opposées: celle du dialogue diplomatique et celle des logiques de confrontation, dont l’équilibre reste fragile.

