Louise Mushikiwabo défend son bilan et dévoile sa vision pour un troisième mandat à la tête de la Francophonie
Candidate à un troisième mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo a présenté, le 30 juin à Paris, une vision ambitieuse pour l’avenir de l’organisation. Devant les ministres des Affaires étrangères des États membres, la diplomate rwandaise a plaidé en faveur de la continuité des réformes engagées depuis son arrivée à la tête de l’OIF en janvier 2019, tout en proposant une Francophonie plus influente, plus innovante et davantage tournée vers les préoccupations des citoyens.
Cette audition, organisée dans le cadre de la Conférence ministérielle extraordinaire de la Francophonie, constitue une première dans l’histoire de l’organisation. Quatre candidats sont en lice pour diriger l’OIF : Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (République démocratique du Congo), Coumba Bâ (Mauritanie) et Dacian Cioloș (Roumanie). L’élection se tiendra lors du Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge.
Une Francophonie plus forte face aux défis mondiaux
Au cœur de son intervention, Louise Mushikiwabo a affirmé vouloir poursuivre le travail engagé afin de faire de l’OIF un acteur davantage influent sur la scène internationale.
“Je souhaite continuer à vous servir. J’aime profondément cette mission et je suis convaincue que c’est le bon moment pour notre organisation”, a déclaré la Secrétaire générale sortante.
Selon elle, le monde traverse une période marquée par de profondes mutations: conflits armés, changements climatiques, désinformation, recul démocratique et fragilisation du multilatéralisme. Face à ces défis, la Francophonie doit renforcer sa capacité d’action et devenir un espace privilégié de dialogue, de médiation et de coopération.
Elle a ainsi proposé que les ministres des Affaires étrangères des États membres se réunissent plus régulièrement afin de permettre à l’organisation de réagir plus rapidement aux crises internationales.
Un bilan marqué par des réformes institutionnelles
Louise Mushikiwabo a défendu le bilan de ses deux premiers mandats, estimant avoir modernisé en profondeur le fonctionnement de l’OIF.
Depuis 2019, l’organisation a notamment renforcé la transparence de sa gouvernance financière grâce à des audits externes annuels, rationalisé ses programmes de coopération afin d’améliorer leur efficacité et rapproché une partie importante de ses projets des États membres grâce à une décentralisation de ses activités.
Elle a également souligné le développement de nouvelles représentations régionales destinées à accroître la présence diplomatique de l’OIF.
Miser sur le dialogue plutôt que sur les sanctions
Sur le plan politique, la candidate rwandaise souhaite poursuivre l’évolution de la doctrine de l’OIF concernant les États confrontés à des changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Sans remettre en cause les principes démocratiques de l’organisation, elle défend une approche privilégiant le dialogue, l’accompagnement des transitions et le suivi permanent des situations plutôt qu’une politique reposant exclusivement sur les sanctions ou les suspensions.
Elle estime que cette méthode permet à la Francophonie de préserver son influence tout en accompagnant les pays concernés vers un retour à l’ordre constitutionnel.
L’intelligence artificielle et l’emploi des jeunes au cœur des priorités
L’intelligence artificielle constitue l’un des principaux axes du programme présenté par Louise Mushikiwabo.
Après avoir lancé plusieurs initiatives de formation numérique, notamment le programme D-Clic, puis développé une stratégie de gouvernance numérique durant son second mandat, elle souhaite désormais préparer les sociétés francophones aux transformations provoquées par l’intelligence artificielle.
Elle entend promouvoir une utilisation responsable de cette technologie, renforcer la lutte contre la désinformation et favoriser l’accès des jeunes, en particulier des jeunes femmes, aux métiers du numérique.
La création d’emplois demeure également une priorité majeure. Selon elle, plus de 26 000 jeunes ont bénéficié des programmes de l’OIF entre 2024 et 2026, avec un taux d’insertion professionnelle supérieur à 40 %. Son ambition est désormais d’étendre ces initiatives grâce à des partenariats renforcés avec les institutions financières internationales et le secteur privé.
Une Francophonie économique plus ambitieuse
Louise Mushikiwabo souhaite également faire de la Francophonie un véritable levier de développement économique.
Elle a rappelé que les missions économiques organisées par l’OIF depuis 2022 ont permis à près de 2 000 entreprises issues d’une trentaine de pays francophones d’établir des partenariats commerciaux.
Pour accélérer cette dynamique, elle entend renforcer les liens entre investisseurs, entrepreneurs, petites et moyennes entreprises et institutions financières afin de favoriser davantage les investissements et la création d’emplois dans l’espace francophone.
Défendre la langue française dans un monde multilingue
La promotion du français reste au centre de son projet.
Louise Mushikiwabo considère que l’enseignement du français doit être davantage soutenu, notamment grâce au numérique et à l’intelligence artificielle.
Interrogée par le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, elle a salué les progrès réalisés par le Rwanda dans le renforcement de l’enseignement du français grâce au partenariat avec l’OIF. Elle a indiqué que cette coopération pourrait être intensifiée si le Rwanda exprimait de nouveaux besoins en matière de formation des enseignants.
Elle a également estimé que la Francophonie devrait investir davantage dans ce domaine, à l’image des efforts consentis par le Commonwealth pour la promotion de l’anglais.
Les portes restent ouvertes au Burkina Faso, au Mali et au Niger
Louise Mushikiwabo a exprimé ses regrets après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l’OIF.
Elle a toutefois souligné que ces départs résultaient principalement de contextes politiques internes plutôt que de désaccords avec l’organisation elle-même. Elle a réaffirmé que la Francophonie restait ouverte à leur retour dès lors que les conditions seraient réunies.
Une candidature placée sous le signe de la continuité
Sans jamais évoquer directement ses concurrents durant sa présentation, Louise Mushikiwabo a défendu l’idée que l’expérience constitue aujourd’hui un atout majeur pour conduire la Francophonie dans un environnement international de plus en plus complexe.
Son projet repose sur la consolidation des réformes déjà engagées, le développement de l’intelligence artificielle, la création d’opportunités pour les jeunes, le renforcement de la coopération économique, la promotion de la langue française et une diplomatie fondée sur le dialogue.
Les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OIF trancheront lors du Sommet de Phnom Penh, les 15 et 16 novembre 2026, où sera désigné le prochain Secrétaire général de l’organisation.

