À Kigali, les journalistes francophones s’organisent contre la désinformation et les discours de haine
Le Centre culturel francophone du Rwanda a accueilli, ce lundi 27 avril 2026, l’ouverture d’un atelier de cinq jours réunissant des journalistes francophones venus de différents médias du pays. Au cœur des échanges: la lutte contre les discours de haine et la désinformation, deux défis majeurs à l’ère du numérique.
Cet atelier de formation, qui s’étend sur cinq jours, intervient dans un contexte régional et mondial marqué par une circulation rapide de l’information, mais aussi par la prolifération de fausses nouvelles et de discours haineux. Des phénomènes qui, selon l’ambassadrice de la France au Rwanda, fragilisent la cohésion sociale et menacent les fondements mêmes des sociétés démocratiques.
Cette première journée a coïncidé avec le lancement officiel du projet de renforcement des capacités des médias et journalistes rwandais. L’événement a été marqué par la présence de Madame Aurélie Royet-Gounin, ambassadrice de France au Rwanda, du Dr Félicien Usengumukiza, DG adjoint de l’Office Rwandais de la Gouvernance (RGB), et de Patrick Nyiridandi, président de l’Organisation de la Presse Francophone au Rwanda (OPFR).
Une alliance pour un journalisme de qualité
Organisé par l’OPFR en collaboration avec l’organisation “Médias & Démocratie” et avec l’appui de l’Ambassade de France à Kigali, ce projet vise la promotion d’un journalisme de qualité. Les activités prévues — qu’il s’agisse des cycles de formation sur le fact-checking, le journalisme de données, la lutte contre les stéréotypes ou la séance d’immersion pratique — constituent des opportunités concrètes de transformation professionnelle pour les professionnels des médias.
Lors de son intervention, l’ambassadrice de France a souligné l’importance de ce combat: “Pour nous, la lutte contre la désinformation et contre le discours de haine est primordiale, car il est pernicieux, il fracture les sociétés. Au Rwanda, cela prend une dimension particulièrement importante.”

Pour l’ambassadrice, la solution réside dans une rigueur accrue. Elle a insisté sur le fait que les journalistes doivent focaliser sur le fact-checking, voire dénoncer et vérifier les informations jusqu’à remonter aux sources malveillantes pour apporter un contre-discours efficace face aux attaques informationnelles.
Responsabilité éthique et cadre constitutionnel
Le Dr Félicien Usengumukiza, au nom de RGB, a rappelé que dans un contexte régional et mondial marqué par la prolifération de la désinformation, le rôle des médias n’a jamais été aussi crucial. Le Rwanda, fondé sur la bonne gouvernance et l’inclusion, nécessite un secteur médiatique fort et éthique.

Il a notamment rappelé les fondements juridiques de cette liberté :
“La constitution de la République du Rwanda, dans son article 38, prévoit que la liberté de presse, d’expression et d’accès à l’information sont reconnues et garanties par l’État. Mais la jouissance de cette liberté ne doit pas porter atteinte à l’ordre public, aux bonnes mœurs, ou au droit dont jouit tout citoyen à l’honneur et à la dignité.”
S’adressant directement aux journalistes, il a ajouté: “Je vous invite à tirer pleinement profit de ces formations, à questionner, et à porter, dans vos pratiques quotidiennes, les valeurs de vérité, d’éthique et de responsabilité.”
L’inclusion des femmes: un des piliers de cette initiative
Un volet essentiel de ce programme concerne la promotion des femmes journalistes. Selon l’ambassadrice Aurélie, ce choix, partagé par le Rwanda et la France, vise l’intégration professionnelle des femmes dans tous les secteurs. “La formation inclut ainsi la déconstruction des stéréotypes de genre pour permettre aux femmes d’accéder à l’ensemble des sujets et aux postes de haute responsabilité,” a-t-elle martelé.
Le Dr Usengumukiza a aussi souligné: “L’accent mis sur les femmes journalistes dans ce programme est plus qu’opportun. Il reflète une conviction forte: un paysage médiatique inclusif est un paysage médiatique plus équilibré, plus représentatif et plus crédible.”

L’atelier répond à des défis identifiés par Patrick Nyiridandi, notamment le besoin de renforcer les compétences en vérification et l’analyse des données. Mais au-delà de la technique, c’est une mission de paix qui s’impose aux participants.
Madame Médiatrice Umukunzi, journaliste de Bridge Magazine et participante, a livré un message fort sur l’urgence de cette formation:
“Les discours de haine ont joué un rôle dans le Génocide contre les Tutsi au Rwanda, et nous voyons encore ces discours couver dans la région des Grands Lacs, notamment en RDC. En tant que journalistes, nous devons publier des récits qui ne sèment pas la haine. Sur les réseaux sociaux, où se trouve la jeunesse, nous devons contredire les contenus haineux et promouvoir des contenus qui construisent la paix.”

Ce vise à bâtir un écosystème médiatique plus résilient, capable de produire une information fiable et rigoureuse. Comme l’a rappelé l’ambassadrice, la responsabilité est grande car l’information donnée par les médias est jugée digne de confiance par rapport aux réseaux sociaux où “n’importe qui peut écrire n’importe quoi”.

