AFC/M23: le pari d’une “Terre des Affaires” pour réinventer la RDC
L’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) veut incarner plus qu’une rébellion: une alternative politique, une vision de rupture en République démocratique du Congo, où la faillite de l’État semble s’être installée dans le quotidien des citoyens.
Dans un message publié sur son compte X, le mouvement dirigé par Corneille Nangaa et le général Sultani Makenga affirme vouloir transformer le pays en “une terre des affaires” (Businessland), c’est-à-dire un espace d’opportunités où le travail, la transparence et la dignité remplaceraient la résignation et la misère.
“Faire de la colère un moteur, et de la révolte une reconstruction”, écrit l’AFC/M23
Le message souligne que, contrairement aux rébellions congolaises classiques, souvent réduites à une conquête militaire, l’AFC/M23 revendique une mission politique: “récupérer le pouvoir non pour régner, mais pour refonder un État défaillant.” L’objectif affiché est clair: “ramener la RDC dans le siècle du développement.”
Loin des discours creux, le mouvement se présente comme porteur d’un projet tourné vers la construction d’un pays d’initiatives et d’innovation. L’AFC/M23 imagine un Congo des entrepreneurs, où la jeunesse ne serait plus condamnée à l’exil ni à la débrouille.
“Un Businessland est un outil de paix et de cohésion nationale”, martèle Corneille Nangaa dans ce message. “Nous devons reconstruire, non discuter indéfiniment.”
Le mouvement insiste sur un patriotisme du travail, plutôt que celui des slogans. Pour lui, le patriotisme ne se mesure pas à la fidélité à un chef, mais à la capacité de construire ensemble.
Rompre avec le clientélisme et le tribalisme
L’AFC/M23 annonce vouloir rompre avec le clientélisme politique et la loyauté tribale. Le mouvement prône la culture du travail, la redevabilité et l’exemplarité des dirigeants. Il met en avant une série d’initiatives concrètes, censées donner corps à cette vision:
- la création d’un centre national de données pour planifier le développement;
- la réhabilitation des routes et des chemins de fer;
- la modernisation des aéroports et du réseau fluvial;
- la mise en œuvre d’une politique d’aménagement pour connecter le pays à lui-même.
En somme, l’AFC/M23 rêve d’une RDC actrice de son propre destin économique, et non d’un pays assisté par la communauté internationale.
Vivre ensemble, contre l’État défaillant
Le mouvement dresse un constat sévère mais largement partagé: l’absence de l’État a transformé plusieurs provinces en zones grises, livrées aux milices et à la loi du plus fort. Pour l’AFC/M23, cette situation est la conséquence directe de la faiblesse du régime du président Félix Tshisekedi Tshilombo, accusé d’avoir “plongé le pays dans l’ingouvernabilité.
“Nous devons lutter contre la terreur du dictateur Tshilombo, qui exile ses opposants et instrumentalise la justice”, dénonce le message.
Ces mots, jugés durs par certains, traduisent selon le mouvement une exaspération face à un pouvoir perçu comme déconnecté du réel, alors que la misère et l’insécurité continuent d’affecter la population.
Reconstruire l’armée, la justice et la dignité
Le 5 juin 2025, à Rutshuru, près de 500 cadres politiques de l’AFC/M23 ont achevé leur formation. L’occasion pour le général Sultani Makenga et Corneille Nangaa de rappeler les priorités du mouvement: reconstruire les Forces armées de la RDC (FARDC), qualifiées d’“infantilisées, corrompues et faibles”, et restaurer la justice.
Cette double réforme, sécuritaire et institutionnelle, est présentée comme la clé d’une RDC stable. Pour Nangaa, la dignité du citoyen congolais repose sur six piliers essentiels: la nourriture, l’eau potable, l’électricité, le logement, les soins de santé et l’éducation.
Le coordonnateur politique insiste: “Ces six éléments de la dignité du Congolais ne peuvent se réaliser que s’il y a, avant tout, la sécurité. La sécurité est la clé principale de toute dignité.”
Redonner du sens à l’appartenance nationale
Au-delà des besoins de base, l’AFC/M23 dit vouloir redonner du sens à la fierté d’être Congolais. “La fierté d’être Congolais doit s’appuyer sur une armée digne, une police loyale, une justice équitable et une administration intègre”, affirme encore le message.
Le mouvement défend un rêve de réalisme: une utopie ancrée dans la science, la recherche, la culture et la cohésion nationale. “Nous voulons fédérer autour d’une vision, non d’un homme”, conclut l’AFC/M23.
Pour ses responsables, le mouvement n’offre pas seulement un projet politique: il propose une méthode – “assurer, convaincre et trouver l’alternative.”
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