Alcools frelatés: 229 cas d’intoxication, dont 28 décès enregistrés dans quatre districts
Le Ministère de la Santé du Rwanda alerte sur une série d’intoxications graves liées à la consommation d’alcools de fabrication non conforme. Entre le 2 février et le 12 avril 2026, les structures de santé des districts de Bugesera, Ruhango, Nyamagabe et Rwamagana ont pris en charge 229 personnes ayant consommé des boissons alcoolisées frelatées. Parmi elles, 28 personnes sont décédées.
Des symptômes graves chez les survivants
Les personnes encore en vie présentent plusieurs complications de santé, notamment des troubles de la vision, des douleurs abdominales, des atteintes cardiaques et d’autres symptômes liés à une intoxication sévère.
Plusieurs victimes ou proches de victimes témoignent de la brutalité des effets. Paul Nsengiyumva, habitant du secteur Ngeruka dans le district de Bugesera, raconte avoir consommé de l’alcool avec un ami avant de développer de graves symptômes:
“Après avoir partagé un verre, je me suis réveillé sans bien voir, avec les oreilles bouchées. Mon ami, lui, a commencé à vomir abondamment. Nous sommes allés à l’hôpital de Nyamata, mais il est décédé, tandis que moi j’ai survécu avec des séquelles.”
D’autres victimes évoquent également des douleurs abdominales intenses et des troubles cardiaques apparus peu après la consommation.
Le méthanol identifié comme principale cause
Selon le Dr ACP Tugireyezu Oreste, responsable de la santé publique au Ministère de la Santé, les analyses montrent que ces boissons contiennent des substances dangereuses, notamment du méthanol.
Il explique:
“Le méthanol est une substance toxique qui n’est pas destinée à la fabrication de boissons alcoolisées. Une fois dans le corps, il est difficile à éliminer et affecte le cerveau, les reins, le système digestif et d’autres organes vitaux.”
Les conséquences peuvent être dramatiques : maux de tête sévères, cécité, insuffisance rénale, atteintes cardiaques et décès. Le ministère précise également que certains producteurs utilisent de l’éthanol en quantité excessive ou fabriquent ces boissons dans des conditions d’hygiène très précaires, aggravant les risques pour la santé.
Réponse des autorités sanitaires et sécuritaires
Le Ministère de la Santé appelle la population à consulter rapidement les services de santé en cas de symptômes après consommation d’alcool, afin d’éviter les complications graves.
De son côté, la Police nationale du Rwanda intensifie les opérations contre la production et la distribution d’alcools frelatés.
Le porte-parole de la Police, ACP Boniface Rutikanga, indique que plus de 116 000 litres d’alcool non conforme ont été saisis en seulement quatre jours. Une usine clandestine a notamment été démantelée dans le district de Huye, où environ 40 000 litres ont été retrouvés, malgré l’existence d’équipements légaux.
Les autorités ont ouvert une enquête pour déterminer si certains responsables locaux avaient connaissance de ces activités illégales ou s’ils y étaient impliqués.
Arrestations et sanctions à Kigali
Dans la Ville de Kigali, la Police a également mené des opérations entre le 9 et le 13 février 2026. Au total, 17 889 litres d’alcool frelaté et 89 litres de kanyanga ont été saisis.
188 personnes impliquées dans la production et la distribution ont été arrêtées. Parmi elles, 11 ont été déférées à l’Office rwandais d’investigation (RIB) pour des infractions graves, notamment la falsification de documents et l’usage de substances dangereuses. D’autres ont été sanctionnées administrativement et mises en garde.
Selon la Police, ces boissons sont fabriquées dans des conditions insalubres, utilisant parfois des matières impropres comme des pierres, du tabac ou de la mélasse destinée à l’alimentation animale.
Un appel à la responsabilité collective
Les autorités rappellent que les alcools de fabrication artisanale non contrôlée constituent un risque majeur pour la santé publique et sont également liés à l’augmentation de l’insécurité.
La Police exhorte la population à consommer de l’alcool avec modération, même lorsqu’il est légalement produit, et à signaler toute activité suspecte liée à la fabrication ou à la distribution de boissons frelatées.

