Ad Banner

Conférence de presse du Président Kagame: tensions à l’Est de la RDC, sécurité régionale et gouvernance au cœur des échanges

Conférence de presse du Président Kagame: tensions à l’Est de la RDC, sécurité régionale et gouvernance au cœur des échanges

Le Président du Rwanda, Paul Kagame, a tenu le jeudi 27 novembre 2025 une conférence de presse retransmise en direct à Kigali. Pendant plus de deux heures, il est revenu sur les dossiers les plus sensibles du moment: les efforts de paix avec la RDC, les alliances soutenant les FDLR, les enjeux géopolitiques autour de Goma, les tensions avec le Burundi et la question de fermeture des lieux de culte au Rwanda.

Rwanda–RDC: Washington relance l’espoir d’une paix durable

Le Président Kagame a déclaré que les discussions actuellement en cours à Washington entre les délégations du Rwanda et de la RDC s’inscrivent dans une dynamique positive pour une paix durable dans la région.

Le 27 juin 2025, les deux pays avaient signé, sous facilitation américaine, un accord de paix inédit appelé à être suivi de nouveaux engagements, notamment économiques.

L’administration américaine souhaitait organiser une rencontre entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi dès octobre 2025. Reportée à deux reprises, elle pourrait finalement intervenir prochainement.

Le Chef de l’État a souligné que, malgré de longues années de tentatives infructueuses, de Nairobi à Luanda, la médiation américaine offre une chance réelle :

“Le fait que nous soyons en mesure de nous rencontrer à Washington, de discuter et éventuellement de signer quelque chose, est une avancée majeure. Pendant des années, rien de tel n’avait été possible”, a-t-il insisté.

Paul Kagame a aussi salué le rôle de l’administration Trump, dont l’implication aurait permis de dépasser les blocages d’autres initiatives de paix.

Sur les accusations récurrentes de Kinshasa appelant à des sanctions contre le Rwanda, il a répondu que ces demandes ne règleraient en rien les problèmes internes de la RDC: “Même si l’on sanctionnait le Rwanda, cela ne résoudrait ni la mauvaise gouvernance, ni la question de l’apatridie, ni l’usage de mercenaires”, a-t-il martelé. Il a assuré que le Rwanda restait engagé pour une solution durable.

Alliances obscures: la collusion entre le clan Habyarimana et Kinshasa pour soutenir les FDLR

Le Président Kagame a révélé l’existence d’un partenariat actif entre des membres de la famille de l’ancien Président Juvénal Habyarimana, plusieurs opposants rwandais à l’étranger et le gouvernement congolais pour renforcer les FDLR.

Selon des informations publiées récemment, Kinshasa chercherait à revitaliser les FDLR en intégrant notamment Jean-Luc Habyarimana pressenti pour en devenir le chef politique. Le projet regrouperait aussi des membres de RNC de Kayumba Nyamwasa, des génocidaires en fuite et un soi-disant gouvernement en exil.

Paul Kagame a confirmé: “L’un des fils de Habyarimana et d’autres basés en Europe et aux États-Unis collaborent activement avec les FDLR. Ils lui trouvent des recrues, financent ses opérations et bénéficient du soutien direct du Président congolais.”

Il a ajouté que ces individus ont effectué des visites répétées à Kinshasa et reçoivent des facilités logistiques.

Pour le président Kagame, la complaisance persistante de certains responsables européens vis-à-vis des FDLR s’explique par une longue histoire qui remonte à la période précédant le génocide des Tutsi.

En juin 2025, les FDLR comptait entre 7.000 et 10.000 combattants, dirigés militairement par Pacifique Ntawunguka alias « Gen Omega » et politiquement par Lt Gen Victor Byiringiro. Le renseignement rwandais situe encore leurs bases en territoire de Walikale, dans le Nord-Kivu.

 Goma: Kagame critique la position européenne  

Interpellé sur les déclarations du Président Macron annonçant une prochaine réouverture de l’aéroport de Goma pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, Paul Kagame a jugé ces propos déconnectés de la réalité.

Le Président rwandais rappelle que l’espace aérien de l’Est de la RDC est officiellement fermé par Kinshasa elle-même: “Les avions ne peuvent pas survoler le ciel du Nord et du Sud-Kivu. Comment peut-on alors parler d’ouvrir l’aéroport de Goma.”

Selon plusieurs capitales européennes, l’aéroport serait sous contrôle de M23. Kagame, lui, affirme que la réalité est plus complexe: “Les FDLR contrôlaient de larges zones depuis des années, bien avant l’arrivée de M23 autour de l’aéroport. Mais avez-vous déjà entendu Macron dire un mot sur les FDLR? Pourquoi ce silence?”

Pour Kagame, ce mutisme s’explique par des liens historiques entre les FDLR et certains États européens, liens qui empêchent une condamnation claire du groupe.

Il ajoute que la crise de Goma ne peut être abordée sans évoquer les responsabilités de la RDC et de ses soutiens: “Dès que l’on parle de M23, tout le monde se presse. Dès que l’on mentionne les FDLR, certains chuchotent.”

Burundi: Le Rwanda n’a jamais fermé la frontière

Abordant les relations bilatérales avec le Burundi, Paul Kagame a rappelé que les frontières restent fermées non pas par décision rwandaise, mais par choix unilatéral du Burundi.

Début 2024, le Burundi avait fermé ses postes frontaliers, accusant le Rwanda de soutenir RED Tabara. Kigali a toujours rejeté ces accusations.

Interrogé sur la situation actuelle, le Chef de l’État a répondu: “Les frontières sont fermées, mais ce n’est pas notre fait. Les Burundais ont décidé de les fermer, nous leur avons dit qu’ils les rouvriraient quand ils voudraient.”

Malgré cela, les échanges humains continuent: des Burundais voyagent au Rwanda et inversement, y compris par les vols de RwandAir.

Le Président a insisté: “Nous n’avons jamais cherché le conflit avec nos voisins. Mais parfois les tensions surgissent. Aujourd’hui encore, rien n’a changé.”

Lieux de culte: Kagame critique les abus  

Concernant les nombreuses églises fermées pour non-respect des normes, Paul Kagame a adopté un ton particulièrement ferme.

Selon l’office rwandais de gouvernance (RGB), 9.171 lieux de culte sur 13.770 ont été fermés en 2024 pour non-conformité.

Pour le Président, nombreux des églises n’ont pas démontré leur rôle dans le développement du pays: “Si c’était moi, je n’en rouvrirais aucune. Dans tout ce que nous avons évoqué, les crises, la guerre, l’économie, quel est l’apport de ces églises ?”

Il a dénoncé des cas répétés de fraude ou d’abus:“Beaucoup d’entre elles ne sont que des refuges pour des escrocs. Elles volent, elles manipulent. Nous n’allons pas les protéger”.

Pendant la pandémie de Covid-19, les fidèles priaient déjà chez eux, et plusieurs églises utilisaient les médias et la téléphonie mobile pour recueillir dîmes et offrandes.

Interpellé sur les districts où seules quelques églises restent ouvertes, provoquant des déplacements massifs, Kagame a conclu: “Dans ces cas-là, nous en fermerons davantage. Les gens peuvent prier à la maison.”

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *