Décentralisation au Rwanda: la société civile dresse un bilan critique sur l’efficacité des services locaux
Le mercredi 13 décembre 2025, Transparency International Rwanda (TI-Rwanda), en partenariat avec plusieurs organisations, a organisé un dialogue national sur le rôle de la société civile dans la décentralisation.
Les organisations de la société civile ont présenté leurs recherches, révélant que, malgré les progrès réalisés depuis le lancement de la politique de décentralisation en 2000, plusieurs défis structurels persistent. Cette politique visait à rapprocher l’administration des citoyens, améliorer l’accès aux services publics et renforcer la participation citoyenne à la gouvernance locale.
Les études portaient sur des secteurs clés tels que la santé, l’agriculture et l’environnement, offrant un panorama global de l’efficacité des services essentiels.
Quatre piliers pour évaluer la décentralisation
Le Directeur général de l’IRDP, Professeur Sylvestre Nzahabwanayo, a expliqué que l’évaluation repose sur quatre piliers : la capacité institutionnelle des entités décentralisées (ressources humaines et matérielles), la qualité de la prestation des services publics, la disponibilité des ressources financières pour exercer les compétences transférées, et l’alignement des projets de développement sur les besoins réels des citoyens.
Les recherches révèlent un déficit persistant de personnel et de matériel. Certaines cellules administratives disposent seulement de deux agents, tandis que le secteur de l’environnement peut être confié à un seul agent par district. Le Professeur Nzahabwanayo souligne que le transfert de compétences doit s’accompagner d’un transfert proportionnel de moyens humains et matériels pour garantir l’efficacité des services.
Le Directeur général chargé de la mobilisation communautaire au ministère de l’Administration locale (MINALOC), Richard Kubana, a reconnu que la pénurie de personnel reste un problème, en cours de traitement, avec des initiatives visant à renforcer les effectifs au niveau des cellules administratives.
La digitalisation des services publics via la plateforme IremboGov constitue un levier important. Selon M. Kubana, l’accès en ligne aux services a réduit jusqu’à 71 % les coûts supportés par les citoyens, tant en temps qu’en frais de déplacement, et près de 90 % des services essentiels peuvent désormais être obtenus via téléphone.

Malgré ces avancées, les citoyens réclament des services de meilleure qualité. Certains ministères conservent une culture de centralisation, limitant le transfert complet des compétences aux entités locales. Le déséquilibre entre compétences transférées et ressources financières reste une préoccupation. Appolinaire Mupiganyi, secrétaire exécutif de TI-Rwanda, a souligné l’influence persistante du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage sur des entités censées être autonomes.
L’évaluation de la pertinence des projets de développement montre que certains investissements, comme des projets hôteliers déficitaires, ne répondent pas toujours aux priorités locales, tandis que d’autres initiatives plus utiles auraient pu être privilégiées.
Le maire de Gatsibo Richard Gasana a rappelé les bénéfices concrets de la décentralisation, notamment la réduction des déplacements inutiles et le gain de temps pour les citoyens, favorisant leurs activités productives. Il a toutefois insisté sur la nécessité pour les dirigeants locaux de mieux s’approprier leurs responsabilités afin d’assurer une décentralisation pleinement efficace et durable.
La participation effective des citoyens aux instances locales a été un point central du dialogue. Le maire du district de Gatsibo a indiqué que les citoyens sont régulièrement invités aux réunions, notamment aux assemblées hebdomadaires, précisant que cette participation n’est pas perçue comme une contrainte, contrairement à certaines idées reçues.
Au niveau des villages, environ 128 volontaires — agents de santé communautaires, volontaires agricoles, jeunes et autres acteurs locaux — jouent un rôle clé dans les solutions locales et participent activement à la gouvernance de proximité.

