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Génocide contre les Tutsi: certains casques bleus africains de la MINUAR ont refusé d’abandonner

Génocide contre les Tutsi: certains casques bleus africains de la MINUAR ont refusé d’abandonner
À Gisozi, hommage des anciens Casques bleus de la MINUAR aux victimes du génocide

Trente et un ans après avoir risqué leur vie pour protéger des civils pendant le génocide perpétré contre les Tutsi, certains anciens Casques bleus ghanéens et sénégalais sont revenus au Rwanda. Leur visite a été marquée par des témoignages bouleversants, des rencontres avec la jeunesse et un hommage à la mémoire des victimes.

Un groupe d’anciens Casques bleus des Nations Unies, originaires du Ghana et du Sénégal, qui avaient servi au sein de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR) en 1994, a achevé une visite de sept jours dans le pays, effectuée du 14 au 20 août 2025.

La délégation était composée du Général-major retraité Clayton Boanubah Yaache, des Généraux de brigade retraités Martin Owusu-Ababio et Elhadji Babacar Faye, du Major retraité Peter Sosi, de l’ancien adjudant Lucas Norvihoho et de l’ancien adjudant-chef Sampson Agyare.

Organisée par l’Isōko Centre for Humanity en collaboration avec l’organisation Aegis Trust, cette tournée visait à honorer ces vétérans qui, malgré l’absence de soutien logistique et opérationnel, avaient choisi de rester au Rwanda pour protéger des civils durant l’une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine.

«Nous étions sur la liste de ceux qui devaient être rapatriés, mais en conscience je ne pouvais pas partir en voyant les massacres se dérouler sous mes yeux », a confié l’un d’entre eux. Un autre, originaire du Ghana, a ajouté : « L’ONU avait décidé notre départ, mais notre commandant a estimé que ce n’était pas juste. En tant qu’Africains, nous savions qu’il était moralement inacceptable d’abandonner.»

Le programme de la visite comprenait des conférences, des rencontres avec les Forces rwandaises de défense et des visites de sites historiques, notamment l’Hôtel des Mille Collines, le Stade Amahoro, l’ancien ETO Kicukiro, les musées de la libération de Mulindi dans le district de Gicumbi et de la lutte contre le génocide sis au Parlement national, ainsi que les sites mémoriaux de Rebero et de Gisozi dans la ville de Kigali.

Pour Alice Wairimu Nderitu, présidente mondiale de l’Isōko Centre for Humanity, cette initiative est « un moment profond de vérité et de préservation de l’histoire ». Elle a souligné que « leur courage incarne les idéaux les plus élevés de l’Afrique : la compassion, la solidarité et l’engagement à protéger la vie humaine ».

De son côté, Freddy Mutanguha, directeur général de l’Aegis Trust, a salué des « récits qui relient les perspectives des rescapés, des sauveteurs et des libérateurs », estimant qu’ils inspireront « les Rwandais, les Africains et le monde entier à rejeter la haine et à choisir le courage ».

Ces vétérans ont également dialogué avec des jeunes au site mémorial de Gisozi, partageant des leçons de résilience et d’humanité.

À cette occasion, Madame Veneranda Ingabire, directrice exécutive de la Mémoire et de la Prévention du génocide au Ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique (MINUBUMWE), leur a rendu hommage : « Vous avez choisi la compassion plutôt que le confort. Vous êtes restés, pour sauver des vies. »

Alors que le contingent belge se retirait et que le Conseil de sécurité de l’ONU réduisait la MINUAR, les Casques bleus ghanéens et sénégalais avaient refusé d’abandonner leurs postes, devenant ainsi des cibles directes des génocidaires. Malgré les risques, ils ont continué d’évacuer des rescapés et d’assurer leur protection.

Le Général-major Clayton Boanubah Yaache a résumé l’esprit qui les avait guidés :

« Nous ne sommes pas restés parce que nous avions plus d’armes ou un mandat plus clair. Nous sommes restés parce que, au plus profond de nous-mêmes, nous savions que quitter le Rwanda aurait été trahir notre humanité commune. En tant que soldat, j’avais juré de servir et de protéger. »

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

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