IBUKA-Europe en première ligne dans la lutte contre l’idéologie du génocide en Europe
Trente et un ans après le génocide perpétré contre les Tutsi, l’association IBUKA-Europe intensifie ses efforts pour combattre le négationnisme et transmettre la mémoire aux jeunes générations. Présente dans plusieurs pays européens, elle fait de l’éducation et de la justice les piliers de sa lutte contre l’idéologie du génocide.
Le genocide perpétré contre les Tutsi a emporté plus d’un million de vies, laissant derrière elles des orphelins, des veuves et des survivants marqués à jamais. Pourtant, trois décennies plus tard, l’idéologie du génocide continue de se manifester, notamment en Europe, où vivent nombre d’auteurs présumés et leurs descendants.
Selon le Parquet national du Rwanda, plus de 1 100 personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide sont encore recherchées, la plupart réfugiées dans divers pays européens. Beaucoup d’entre elles, anciens politiciens, cadres ou intellectuels, ont transmis à leurs enfants une vision négationniste et révisionniste de l’histoire. Des groupes comme Jambo ASBL ou certaines figures publiques, à l’image de l’écrivain franco-camerounais Charles Onana, déjà condamné par la justice française pour négationnisme, symbolisent cette dérive idéologique.
L’engagement d’IBUKA-Europe
Face à cette réalité, IBUKA-Europe, regroupant des associations de rescapés du génocide contre les Tutsi, s’est réunie les 1er et 2 novembre 2025 pour réfléchir à des stratégies renforcées de lutte contre l’idéologie du génocide, de promotion de la justice et de transmission de la mémoire aux jeunes générations.
IBUKA-Europe regroupe aujourd’hui des antennes dans dix pays: la Belgique, la Suisse, la France, les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne, la Suède, le Danemark et la Finlande.
Dans un entretien accordé à IGIHE, Dr Honorine Mujyambere, présidente d’IBUKA-Italie et du groupe Europe, a souligné que la priorité de l’organisation est de sensibiliser la jeunesse: “Nous multiplions les conférences et témoignages pour expliquer l’histoire du Rwanda et prévenir toute manipulation idéologique. Les jeunes sont les plus exposés aux discours négationnistes, surtout sur les réseaux sociaux.”
Elle a insisté sur la nécessité d’utiliser les outils numériques pour faire connaître la vérité et contrer la propagande des négationnistes.

Pour IBUKA-Europe, la meilleure arme contre la transmission de l’idéologie génocidaire reste l’éducation. “Nous montrons aux enfants de génocidaires les crimes commis par leurs parents et les verdicts rendus par les juridictions gacaca ou internationales “, explique Dr Mujyambere.
Dans plusieurs pays, l’association intervient désormais dans les écoles et universités pour enseigner l’histoire du génocide. Ces initiatives portent déjà leurs fruits: de plus en plus d’étudiants européens consacrent leurs travaux de fin d’études à ce sujet, souvent en collaboration avec IBUKA.
Cependant, la lutte reste difficile. Certains États européens manquent encore de volonté politique pour juger ou extrader les suspects. En 2015, par exemple, un tribunal britannique avait refusé d’extrader cinq Rwandais accusés de génocide, invoquant l’absence de garanties suffisantes de justice au Rwanda.
“Ce manque d’engagement entrave notre combat”, regrette Dr Mujyambere, tout en saluant les pays qui montrent l’exemple, comme la France, qui a récemment condamné le Dr Sosthène Munyemana à 24 ans de prison pour son rôle dans le génocide.
La rencontre de novembre a également réuni Dr Philbert Gakwenzire, président d’IBUKA-Rwanda, qui a appelé à une meilleure circulation des informations entre les antennes européennes et le siège de Kigali.
“Le Rwanda conserve les témoignages, les preuves et les mémoriaux. Il est essentiel que ces éléments soutiennent les démarches judiciaires en Europe”, a-t-il déclaré.
Pour lui, il est urgent que tous les pays où se cachent encore des suspects agissent sans délai: “Le crime de génocide ne se prescrit pas, mais les génocidaires comme les survivants vieillissent. Il serait tragique qu’ils disparaissent sans que justice soit rendue.”
Source: IGIHE

