La Communauté rwandaise de France saisit l’ARCOM après un article de RFI jugé complaisant envers les FDLR
La Communauté rwandaise de France (CRF) a déposé, le 15 novembre 2025, une plainte auprès de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM). L’association accuse Radio France Internationale (RFI) d’avoir offert une tribune complaisante au groupe armé FDLR opérant sur le sol de la RDC, une organisation impliquée dans le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
La démarche de la CRF fait suite à la publication, le 10 novembre 2025, d’un article intitulé: “Nous résisterons jusqu’à ce que Kigali accepte un dialogue”, affirment les FDLR. Selon l’association, cette publication présente les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) comme un simple groupe armé actif en République démocratique du Congo (RDC), en occultant leur rôle dans le génocide contre les Tutsi en 1994 et les nombreuses exactions commises depuis trente ans.
Une plainte fondée sur le respect des obligations légales et déontologiques
La CRF, représentée par l’avocat Me Richard Gisagara, estime que RFI a manqué à ses obligations d’exactitude, de contextualisation et de rigueur telles que définies par la loi française du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, par le cahier des charges de France Médias Monde et par la charte déontologique interne de RFI.
Dans la lettre adressée à l’ARCOM, la CRF reproche à RFI d’avoir présenté le porte-parole des FDLR comme un simple acteur armé, sans mentionner que ce groupe est sanctionné par le Conseil de sécurité des Nations unies, inscrit par les États-Unis parmi les organisations terroristes et visé par des mesures restrictives de l’Union européenne.
La CRF rappelle également que certains dirigeants des FDLR ont été condamnés par la justice allemande pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Selon la CRF, l’article en question reprend sans contradictoire des affirmations graves du porte-parole des FDLR, notamment la prétention de protéger les réfugiés rwandais, l’accusation portée contre le HCR d’envoyer de force des Congolais au Rwanda, et l’appel à un dialogue inter-rwandais présenté comme une revendication politique légitime.
Pour l’association, ces éléments auraient dû être contextualisés afin d’éviter que RFI ne serve, même involontairement, de relais au narratif d’un groupe considéré comme responsable d’atrocités à grande échelle.
La CRF souligne que cet article intervient dans un climat de fortes tensions en RDC, où les autorités ont, en janvier 2025, menacé de sanctions sévères les médias internationaux, dont France Médias Monde. Le ministre congolais de la Justice avait même évoqué publiquement la peine de mort pour les journalistes qui contrediraient la ligne officielle.
Ce contexte, estime la CRF, pourrait avoir influencé le traitement éditorial réservé au sujet par certains médias, au détriment d’une information indépendante et équilibrée.
La CRF cite également les alertes récentes de la Conseillère spéciale des Nations unies pour la prévention du génocide, qui s’est inquiétée de la multiplication de discours de haine ciblant les populations rwandophones en RDC.
L’association demande à l’ARCOM d’examiner les éventuelles violations des obligations légales et déontologiques par RFI et de prendre les mesures qui s’imposent si des manquements sont avérés.
Elle affirme vouloir poursuivre son engagement pour la défense de la mémoire du génocide contre les Tutsi, la lutte contre la désinformation et la protection des communautés exposées aux discours de haine.

