La famille est au cœur de toutes nos luttes sanitaires: le Cardinal Kambanda appelle les leaders religieux à intensifier leur action pour la santé et le bien-être
Réunis à l’hôtel Park Inn de Kiyovu, le mardi, 28 avril 2026, des leaders religieux, responsables gouvernementaux, agences onusiennes et partenaires au développement ont engagé un dialogue stratégique pour renforcer l’action interconfessionnelle en faveur de la santé et du bien-être familial au Rwanda.
Cette rencontre nationale, organisée par le Rwanda Interfaith Council on Health (RICH) en collaboration avec Christian Connections for International Health, a mis en lumière les progrès réalisés, mais aussi les défis persistants en matière de santé maternelle, infantile et des adolescents.

Le ton a été donné par Antoine Cardinal Kambanda, dont le message a structuré les échanges de la journée : “Nous, au sein de RICH, croyons que la vie est un don précieux. Mais les défis que nous avons évoqués — mortalité maternelle et infantile, malnutrition, grossesses précoces — trouvent tous leur racine dans la famille.”
L’objectif était de renforcer la collaboration, aligner les messages avec les priorités nationales et mobiliser une action collective pour accélérer les progrès vers les objectifs sanitaires, tant au niveau national que mondial.
Les travaux ont alterné entre présentations techniques, discussions en panel et échanges en plénière. Parmi les temps forts, une présentation détaillée de la situation sanitaire au Rwanda a mis en évidence des avancées notables: selon l’Enquête Démographique et de Santé 2025, le taux de mortalité maternelle est passé de 203 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020 à 149 en 2025. La mortalité des enfants de moins de cinq ans a également reculé, tandis que la couverture des soins prénatals a progressé.
Des progrès réels, mais des défis persistants
Malgré ces résultats encourageants, les participants ont souligné que des défis majeurs subsistent. Les causes évitables de mortalité maternelle — hémorragies, infections ou complications liées à l’hypertension — continuent de peser, notamment en raison d’un accès inégal à des soins de qualité.

Chez les enfants, la malnutrition reste préoccupante, avec près d’un quart des moins de cinq ans touchés par le retard de croissance. Les adolescents, quant à eux, font face à des vulnérabilités croissantes: hausse des grossesses précoces (8 % des jeunes filles de 15 à 19 ans), violences basées sur le genre, infection au VIH, problèmes de santé mentale et usage de substances.
Un participant a alerté sur l’impact des nouvelles tendances sociales:
“Les phénomènes comme les slay queens, soirées privées (house parties), la consommation d’alcool bon marché, la drogue ou encore certaines influences des réseaux sociaux contribuent à la dégradation des comportements des jeunes, avec des conséquences telles que les grossesses précoces et la propagation du VIH.”
Le rôle clé des leaders religieux
Au cœur des discussions, le rôle des organisations confessionnelles a été reconnu comme déterminant pour influencer les comportements et promouvoir des valeurs positives.
Le Cardinal Kambanda a insisté sur la responsabilité éducative des familles et des communautés:
“Un bon foyer éduque bien. L’enfant qui grandit dans un environnement sain aura plus de chances de bâtir à son tour une famille équilibrée.”
Il a également mis en garde contre les dérives liées à la technologie :
“Aujourd’hui, un enfant peut être physiquement à la maison mais mentalement ailleurs, exposé à des contenus qui le détruisent. Nous devons, en tant que parents et leaders religieux, accompagner et encadrer.”
Appelant à l’unité entre confessions, il a ajouté :
“Le VIH ne choisit pas de religion. La paix non plus. Ce qui nous unit — nos valeurs — doit être notre force pour protéger la vie.”
Le gouvernement appelle à un changement des mentalités
Présente à cette rencontre, la ministre du genre et de la promotion de la famille, Console Uwimana, a salué les progrès du Rwanda en matière de santé, tout en rendant hommage à la contribution des organisations religieuses: “Les avancées enregistrées sont le fruit d’un leadership fort et d’une volonté politique affirmée, mais aussi de l’engagement des confessions religieuses.”

Elle a exhorté ces dernières à utiliser leur influence pour transformer les mentalités :
“Les leaders religieux bénéficient de la confiance des communautés. Ils doivent continuer à diffuser des messages qui changent les comportements, car tout changement durable commence dans l’esprit.”
La ministre a également insisté sur l’importance du dialogue familial et de l’accompagnement des jeunes :
“Il faut encourager les familles à communiquer davantage, aider les jeunes à accéder à des informations fiables et soutenir les ménages en difficulté afin de renforcer l’unité, l’amour et la paix.”
Vers une mobilisation renforcée
Les échanges ont débouché sur une série de recommandations clés, notamment le renforcement des investissements dans les initiatives des organisations confessionnelles, la promotion d’approches centrées sur la famille, et l’intensification des partenariats multisectoriels.
Il a également été recommandé de valoriser davantage le rôle des hommes dans la santé familiale, de développer des campagnes continues de sensibilisation — notamment contre le VIH chez les jeunes — et d’exploiter les réseaux religieux comme leviers de communication et de mobilisation sociale.

Les participants ont souligné la nécessité de renforcer les capacités des leaders religieux afin qu’ils puissent mieux accompagner les communautés vers l’adoption de comportements sains.
Comme l’a souligné une représentante du FNUAP, Ayna Seyitlieva: “Le Rwanda montre que le progrès est possible grâce à la collaboration. Les organisations confessionnelles sont des agents puissants de changement.”

Au terme de cette journée, un constat s’impose: la santé publique ne se joue pas uniquement dans les structures médicales, mais aussi au sein des familles, des communautés et des lieux de culte, où se façonnent les comportements et les valeurs.



