“L’Afrique doit agir ensemble et non seulement analyser les crises mondiales”, affirme Paul Kagame à l’ouverture de l’Africa CEO Forum
Le président Paul Kagame a appelé les pays africains à dépasser les simples analyses des crises internationales pour privilégier l’action collective et des décisions concrètes, face à un environnement géopolitique et économique mondial en profonde mutation.
Le chef de l’État rwandais s’exprimait ce jeudi 14 mai à l’ouverture de la 13ᵉ édition de l’Africa CEO Forum, organisée au Kigali Convention Centre par Jeune Afrique Media Group en partenariat avec International Finance Corporation (IFC).
Placée sous le thème “Grandir ou échouer: pourquoi l’Afrique doit adopter la propriété partagée”, cette rencontre réunit plus de 2 500 dirigeants politiques et économiques venus de plus de 75 pays, parmi lesquels plusieurs chefs d’État africains, investisseurs et dirigeants de grandes entreprises.
Parmi les présidents présents figuraient notamment William Ruto du Kenya, Bola Ahmed Tinubu du Nigeria, Mohamed Ould Ghazouani de la Mauritanie, Daniel Chapo du Mozambique, Mamadi Doumbouya de Guinée et Brice Clotaire Oligui Nguema du Gabon.
Pourquoi l’Afrique reste-t-elle désavantagée ?
Au cours d’un entretien avec la journaliste de CNN, Eleni Giokos, Paul Kagame a estimé que les crises mondiales se succèdent depuis des siècles, mais que l’Afrique doit désormais apprendre à défendre ses propres intérêts.
“Il y aura toujours des crises. Nous avons connu la traite négrière, la colonisation, les guerres, les pandémies et bien d’autres bouleversements. Aujourd’hui, nous faisons face à une crise géopolitique différente et nous devons nous y adapter”, a-t-il déclaré.
Le président rwandais a insisté sur la nécessité pour le continent de passer du discours à l’action, estimant que l’Afrique possède déjà les ressources nécessaires pour transformer sa place dans le monde.
“Pourquoi l’Afrique est-elle toujours désavantagée alors qu’elle possède presque tout?”, s’est-il interrogé.
Paul Kagame a notamment évoqué les ressources stratégiques du continent, rappelant que l’Afrique concentre près de 60 % du potentiel solaire mondial ainsi qu’une grande partie des minerais critiques nécessaires à la fabrication des batteries et des technologies vertes.
Selon lui, les grandes puissances se disputent ces ressources pendant que l’Afrique continue de perdre une grande partie de leur valeur faute d’action coordonnée.
“Différentes puissances se battent pour ces minerais, mais l’Afrique, qui en possède énormément, reste silencieuse ou les cède à bas prix à ceux qui savent ce qu’ils veulent”, a-t-il affirmé.

Le chef de l’État a également mis en avant le potentiel démographique du continent, évoquant une jeunesse et une classe moyenne appelées à jouer un rôle central dans l’économie mondiale des prochaines décennies.
Kagame dénonce des sanctions “dictées par les intérêts des plus puissants”
Abordant la question des sanctions imposées à certains pays africains, dont le Rwanda, Paul Kagame a dénoncé des mesures qu’il juge injustes et guidées par les intérêts géopolitiques des grandes puissances.
Selon lui, les sanctions ne sont pas appliquées sur la base de principes équitables, mais en fonction des intérêts économiques et stratégiques des États les plus influents.
“Cela va toujours dans le sens de celui qui offre davantage d’intérêts. Si quelqu’un pense pouvoir obtenir plus d’un camp que d’un autre, il soutiendra ce camp, même s’il est dans l’erreur”, a déclaré le président rwandais.
Paul Kagame a comparé cette situation aux anciennes pratiques de domination où les puissances attribuaient des territoires ou des zones d’influence à leurs alliés afin d’y défendre leurs intérêts.
Il a également accusé certaines grandes puissances de tenir un double discours en Afrique.
“Ces pays viennent ici donner des leçons sur les droits humains et la démocratie d’une main, tandis que de l’autre ils prennent les richesses des peoples”, a-t-il lancé.
Le président rwandais a estimé que les pressions exercées sur l’Afrique devraient plutôt pousser le continent à prendre conscience de ses capacités et à bâtir une position plus forte sur la scène internationale.

