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Le ministre Bizimana recadre le professeur Reyntjens sur son rôle dans la Constitution rwandaise de 1978

Le ministre Bizimana recadre le professeur Reyntjens sur son rôle dans la Constitution rwandaise de 1978

Le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique (MINUBUMWE), le Dr Jean Damascène Bizimana, a tenu à recadrer publiquement le professeur belge Filip Reyntjens, après que ce dernier a tenté de contredire sa réaction aux propos du fils de l’ancien président Habyarimana.

Dans un long échange sur X, Bizimana rappelle la responsabilité intellectuelle de Reyntjens dans la rédaction de la Constitution de 1978, texte fondateur d’un régime autoritaire et discriminatoire dont les dérives ont mené au génocide des Tutsi en 1994.

L’opinion publique, elle, voit en Reyntjens un universitaire nostalgique du gouvernement qu’il a servi, et qui peine à assumer le rôle historique de ses écrits.

Lire aussi: Le ministre Bizimana dénonce la tentative de réhabilitation du régime Habyarimana 

Une controverse née sur les réseaux sociaux

L’échange débute après une publication du fils de l’ancien président, Jean Léon Habyarimana, tentant de « sanctifier » le régime de son père. En réaction, le ministre Bizimana publie sur X des documents d’archives de 1992, illustrant les pratiques de profilage ethnique dans les institutions de l’époque comme ONATRACOM, OPROVIA, OCIR, ONAPO …

Le professeur Reyntjens, qui fut conseiller juridique du régime Habyarimana, réplique en accusant le ministre de faire des statistiques ethniques contraires à la position officielle de son ministère (MINUBUMWE), lequel prône l’unité nationale et rejette toute catégorisation ethnique.

Sur X, il écrit: “Il est intéressant de voir avec quelle facilité Bizimana établit des statistiques ethniques”, avant de citer son propre article publié en 2021 intitulé: “From ethnic amnesia to ethnocracy: 80% of Rwanda’s top officials are Tutsi” (De l’amnésie ethnique à l’ethnocratie: 80 % des hauts responsables rwandais sont des Tutsi).

Ces propos déclenchent une réaction ferme du ministre, qui accuse Reyntjens de mauvaise foi et de manipulation historique.

Les fiches ethniques que j’ai publiées datent du régime Habyarimana

Le ministre commence par corriger la déformation de son message:“Les statistiques ethniques que j’ai évoquées ne sont pas celles du MINUBUMWE, mais celles établies en 1992 par le régime de ton ami Habyarimana, pour lequel tu as travaillé comme conseiller juridique.”

Il précise que le Rwanda actuel ne compte plus d’institutions comme ONATRACOM ou OPROVIA, dissoutes après 1994, et accuse Reyntjens de chercher à semer la confusion dans le débat public.

Bizimana affirme que ses citations avaient pour but de démontrer comment le régime Habyarimana pratiquait l’exclusion systématique des Tutsi à travers le profilage ethnique, et non d’établir de nouvelles statistiques ethniques.

Une Constitution qui institutionnalisait la discrimination

Revenant sur le fond, le ministre rappelle que Filip Reyntjens a été l’un des rédacteurs principaux de la Constitution de 1978, élaborée sur mesure pour asseoir la domination du MRND, le parti unique du président Habyarimana.“Tu veux que je décortique ta Constitution? Allons-y,” écrit Bizimana.

Il souligne que le préambule de ce texte légitime les violences de 1959 contre les Tutsi, qualifiées de “travail de libération”. En reprenant l’idéologie de la “Révolution de 1959”, la Constitution érige la discrimination en fondement du pouvoir politique.

Bizimana accuse Reyntjens d’avoir contribué à un texte raciste et antidémocratique:

  • L’article 7 établit le MRND comme parti unique, interdisant toute activité politique en dehors de celui-ci.
  • L’article 40 fait du président du MRND le seul candidat possible à la présidence de la République.
  • L’article 42 assure la continuité du pouvoir au sein du parti, même en cas de décès du président.
  • L’article 26, enfin, laisse à l’État le pouvoir de refuser la reconnaissance des diplômes issus d’écoles privées créées par des familles tutsi, consolidant ainsi la marginalisation éducative.

Pour Bizimana, ces dispositions ont préparé les fondements idéologiques d’un système d’exclusion qui culminera dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

“Ce que tu appelles “Constitution” fut en réalité un instrument d’asservissement juridique au service d’un régime criminel.”

Reyntjens, nostalgique du régime qu’il a servi

Les réactions du public n’ont pas tardé. Plusieurs voix rappellent que le professeur Reyntjens, longtemps perçu comme un expert du Rwanda, fut également un proche collaborateur du régime Habyarimana, en tant que conseiller juridique et rédacteur de la Constitution de 1978.

Pour beaucoup, ses analyses actuelles trahissent une nostalgie du pouvoir qu’il a jadis servi. Sur les réseaux sociaux, des internautes lui reprochent de n’avoir jamais exprimé de regrets pour son rôle dans la légitimation d’un système qui a mené au génocide des Tutsi.

Le ministre Bizimana a d’ailleurs rappelé un passage d’une publication de Reyntjens datant de 1990, où celui-ci affirmait que le “système des quotas ethniques” avait contribué à la “pacification” du Rwanda. Un extrait qu’il qualifie de “preuve flagrante de complaisance intellectuelle envers un régime d’exclusion”.

“Face à de telles aberrations issues de ta plume, comment oses-tu aujourd’hui prétendre donner des leçons à ceux qui ont arrêté le génocide et qui reconstruisent l’unité du pays que tu as aidé à diviser?”, s’interroge Bizimana.

Filip Reyntjens a tenté de répliquer en affirmant que le préambule de la Constitution ne serait pas de sa main, et que d’autres, tels que De Wolf et Ntashamaje, auraient été impliqués.

Bizimana, loin d’être impressionné, démonte l’argument:

“Feu Antoine Ntashamaje était mon oncle. Il a été assassiné en 1994 avec sa famille. Il n’a jamais participé à la rédaction de ce texte. Le régime Habyarimana avait pour habitude d’inclure un Tutsi dans ses démarches pour masquer ses choix discriminatoires.”

Le ministre réaffirme que Reyntjens lui-même reconnaît dans ses ouvrages avoir rédigé la Constitution à la demande d’Habyarimana.

Un débat sur la mémoire, la responsabilité et l’éthique

Au-delà de la polémique, cette passe d’armes soulève des questions profondes sur la responsabilité intellectuelle des juristes et des universitaires ayant servi des régimes autoritaires.

Bizimana rappelle que rédiger une constitution pour un système fondé sur la discrimination n’est pas un simple acte technique, mais un choix politique. La “neutralité académique” ne saurait effacer la participation à des instruments de domination.

Pour l’opinion publique, le débat ne fait que renforcer la conviction que certains observateurs occidentaux, comme Filip Reyntjens, peinent encore à accepter la légitimité du Rwanda post-génocide. Le pays, sous la direction du FPR, s’est reconstruit autour de la justice, de l’unité nationale et de la mémoire, valeurs que les nostalgiques de l’ancien régime cherchent encore à discréditer.

En recadrant le professeur Reyntjens, le ministre Jean Damascène Bizimana n’a pas seulement répondu à une attaque personnelle. Il a rappelé une vérité historique: la Constitution de 1978, dont Reyntjens fut un des architectes, a légitimé un système d’exclusion qui a conduit au genocide des Tutsi en 1994.

Dans un Rwanda tourné vers la réconciliation, les débats sur la mémoire ne sont pas des règlements de compte, mais des rappels de responsabilité. Comme l’a résumé un commentateur sur X: “Le Rwanda se souvient, mais ne se soumet plus aux récits fabriqués par ceux qui ont servi les bourreaux.”

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