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Le MINUBUMWE élabore une stratégie nationale contre les discours de haine pour préserver l’unité et la cohésion sociale

Le MINUBUMWE élabore une stratégie nationale contre les discours de haine pour préserver l’unité et la cohésion sociale

À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les discours de haine, célébrée ce jeudi 18 juin 2026 au Mémorial du Génocide de Kigali, le Rwanda a franchi une nouvelle étape dans ses efforts de prévention en validant son projet de Plan d’action national de lutte contre les discours de haine pour la période 2026-2031.

Organisée par le ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique (MINUBUMWE), en partenariat avec Vision Jeunesse Nouvelle, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Rwanda et le Secrétariat de l’UNESCO au Rwanda, cette rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des organisations de la société civile, des partenaires au développement, des jeunes et d’autres acteurs clés.

L’événement, tenu au Mémorial du Génocide de Kigali, a mis en lumière l’engagement du Rwanda à renforcer l’unité nationale, la cohésion sociale et la coexistence pacifique à travers une approche fondée sur la prévention, l’éducation et l’action collective.

Un devoir de mémoire face aux défis du numérique

Trente-deux ans après le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, le Rwanda continue de consolider les acquis en matière d’unité et de réconciliation. Toutefois, l’essor des plateformes numériques et des réseaux sociaux fait émerger de nouveaux défis, notamment la propagation des discours de haine, de la désinformation et des contenus clivants.

Les jeunes, particulièrement actifs dans les espaces numériques, se retrouvent à la fois exposés à ces risques et appelés à jouer un rôle central dans la promotion d’une communication responsable.

Le Plan d’action national vise ainsi à renforcer la résilience sociale face aux discours haineux et à promouvoir des initiatives de consolidation de la paix portées par la jeunesse.

Le génocide a commencé par les discours de haine

Dans son allocution, le Secrétaire permanent du MINUBUMWE, Éric Mahoro, a rappelé que la Journée internationale de lutte contre les discours de haine constitue à la fois un moment de réflexion, de célébration et de mobilisation.

Il a souligné que l’histoire du Rwanda démontre les conséquences dévastatrices des discours de haine lorsqu’ils sont tolérés.

“Le génocide a commencé par des mots”, a-t-il déclaré, rappelant que, depuis 1959, les Tutsi ont été déshumanisés à travers des qualificatifs injurieux et stigmatisants.

Il a également évoqué le rôle joué, dans les années 1990, par certains médias extrémistes, notamment la Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) et le journal Kangura, dans la diffusion de la propagande haineuse ayant conduit au génocide perpétré contre les Tutsi, qui a coûté la vie à plus d’un million de personnes en cent jours.

Depuis 1994, a-t-il poursuivi, le Rwanda s’est doté d’un arsenal juridique solide ainsi que de mécanismes nationaux destinés à promouvoir l’unité et la participation citoyenne, notamment les programmes Ndi Umunyarwanda (Je suis rwandais), Itorero (platforme d’éducation civique), Activités communautaires – Umuganda et les assemblées citoyennes (Inteko z’Abaturage).

Malgré les progrès enregistrés, Éric Mahoro a mis en garde contre la persistance des discours de haine, notamment à travers les plateformes numériques et certaines campagnes de propagande transfrontalière.

“Les discours de haine ne relèvent pas de la liberté d’expression. Lorsqu’un discours nie ou déforme le génocide, déshumanise des personnes en raison de leur identité, ou incite à la discrimination et à la violence, il franchit une ligne rouge que le droit international lui-même, à travers l’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, interdit. Nous ne devons pas le tolérer”, a déclaré le Secrétaire permanent.

Un plan national pour prévenir et combattre les discours de haine

Présentant les grandes lignes du projet de Plan d’action national 2026-2031, le chercheur Dr Éric Ndushabandi a rappelé la définition des Nations unies, selon laquelle le discours de haine désigne “toute forme de communication, orale, écrite ou comportementale, qui attaque ou utilise un langage péjoratif ou discriminatoire à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison de sa religion, de son origine ethnique, de sa nationalité, de sa race, de sa couleur, de son ascendance, de son genre ou de tout autre facteur identitaire”.

Selon lui, le Rwanda demeure confronté à plusieurs manifestations contemporaines de ce phénomène, parmi lesquelles le négationnisme et la banalisation du génocide contre les Tutsi, la propagande numérique transfrontalière ainsi que l’amplification des contenus haineux sur les plateformes en ligne.

Le Plan d’action national repose sur une vision claire: bâtir un Rwanda exempt de discours de haine. Sa mission consiste à prévenir et combattre ces discours à travers l’éducation, les systèmes d’alerte précoce, les poursuites judiciaires et une action coordonnée entre les différents acteurs.

Le document s’articule autour de cinq objectifs prioritaires: renforcer la sensibilisation du public, développer les compétences des acteurs concernés, améliorer l’efficacité institutionnelle dans la prévention et la poursuite des infractions liées aux discours de haine, offrir un accompagnement juridique et psychosocial aux victimes et consolider la coopération et la coordination aux niveaux national, régional et international.

Les jeunes au cœur de la riposte numérique

L’un des axes majeurs du plan consiste à mobiliser les jeunes en tant qu’ “ambassadeurs numériques de la paix”.

Cette initiative vise à renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent promouvoir des récits positifs, déconstruire la désinformation et contrer les contenus haineux diffusés en ligne.

Dans son intervention d’ouverture, le directeur exécutif de Vision Jeunesse Nouvelle a insisté sur l’importance d’une mobilisation collective et inclusive.

“Les mots ont du pouvoir. Ils peuvent diviser ou unir, détruire ou guérir, propager la haine ou inspirer l’espoir”, a-t-il déclaré.

Il a souligné que les partenariats entre les institutions publiques, les organisations de la société civile, les partenaires au développement et les jeunes constituent un levier essentiel pour bâtir une société plus pacifique et plus cohésive.

Choisir l’unité plutôt que la division

À l’occasion de cette journée internationale, la Commission nationale pour l’UNESCO au Rwanda a réaffirmé l’engagement du pays aux côtés de la communauté internationale dans la lutte contre les discours de haine.

“Fort duçons de notre histoire, nous choisissons l’unité plutôt que la division. Nous construisons un avenir où les mots guérissent au lieu de blesser”, a indiqué l’institution dans un message publié à cette occasion.

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

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