Les femmes de Gashora transforment la jacinthe d’eau en une aubaine économique
Par Fulgence Niyonagize
À Gashora, dans le district de Bugesera, des femmes transforment une menace pour les lacs en une aubaine. Les membres de la Gashora Basket Weavers’ Cooperative (COVAGA) récoltent dans les lacs Mirayi et Rumira la jacinthe d’eau qu’elles utilisent pour tresser des paniers, des nattes, des sacs et des chapeaux.
Depuis 2006, cette coopérative de 52 membres améliore les revenus des femmes, apporte un soutien aux pêcheurs et contribue à la reconstitution des écosystèmes des lacs. Il arrive que les membres gagnent jusqu’à 70 000 francs rwandais par mois, tout en honorant les commandes des marchés locaux et touristiques.
Comme le déclare la présidente de la COVAGA Dancille Gahongayire: “Chaque tige de jacinthe d’eau que nous transformons crée de l’espoir pour notre lac et notre communauté.”
Il est midi dans le district de Bugesera, à environ soixante kilomètres à l’est de Kigali, au Rwanda. Sur les rivages du lac Mirayi dans le secteur de Gashora, des pêcheurs astiquent leurs pirogues mouillées, tandis que des jeunes remplissent des bidons pour abreuver leur bétail. Le long des berges, le vent pousse vers le rivage des tapis verts qui ressemblent à des invités indésirables. Il s’agit de la jacinthe d’eau, une espèce envahissante provenant d’Amérique du Sud, qui obstrue les cours d’eau, épuise l’oxygène et menace la faune aquatique.
Victorie Mukabunani, une femme dans la quarantaine, originaire de Gashora, est l’une des fondatrices de la Gashora Basket Weavers’ Cooperative (COVAGA). Ce matin, elle se tient au bord de l’eau, examinant soigneusement des tiges de jacinthe d’eau. Elle déclare: “Avant, nous nous inquiétons de la propagation de la jacinthe d’eau. Mais, aujourd’hui, l’espoir renaît grâce à notre initiative.”
La coopérative COVAGA transforme la jacinthe d’eau provenant des lacs Mirayi et Rumira en des articles artisanaux, tels que des paniers, des nattes, des chapeaux et des sacs qui sont vendus aux touristes et à la clientèle locale. Pour les femmes de COVAGA, cette plante envahissante est devenue une source inattendue de possibilités et de revenus.
Madame Mukabunani explique que les tisseuses ont eu l’idée de remplacer les fibres de bananiers qu’elles utilisaient avant pour tresser les paniers par des fibres extraites des tiges de jacinthe d’eau. Elle ajoute que tout a commencé lorsque des pêcheurs les ont informées qu’un épais tapis de jacinthe d’eau s’étalait sur le lac. Les tisseuses décidèrent de collaborer avec les pêcheurs qui les aident désormais à retirer les plantes de l’eau. En retour, les femmes partagent une part des recettes de la vente de leurs paniers avec eux.
Une fois sur terre, les femmes prélèvent soigneusement les tiges de jacinthe d’eau. Les fibres de ces tiges sont tressées. Les femmes fabriquent divers produits résistants. Dans leurs mains, une plante envahissante devient un panier ou un sac, racontant ainsi une histoire de survie et de résilience. Les plus actives parmi elles gagnent parfois jusqu’à 70 000 francs rwandais par mois.
La coopérative COVAGA a été fondée en 2006 et regroupe actuellement 52 femmes qui ont des revenus plus importants, qui peuvent payer les études et les soins de santé de leurs enfants et qui participent à la reconstitution de l’écosystème du lac. Dancille Gahongayire, la présidente de COVAGA, se rappelle le temps où la communauté observait impuissante l’invasion du lac par la jacinthe d’eau. Les poissons avaient disparu et les pêcheurs avaient perdu leurs moyens de subsistance. Aujourd’hui, explique-t-elle, les femmes gagnent un revenu avec cette plante envahissante, tout en soutenant le travail des pêcheurs. La coopérative reçoit désormais des commandes de plus de 1 000 $.
Cette initiative dirigée par des femmes a attiré l’attention du Projet pour la promotion des petites et microentreprises rurales (PPMER) a offert aux membres de COVAGA des formations sur la vannerie et la gestion. Cela leur a permis d’améliorer la qualité de leurs produits et de renforcer la structure de leur coopérative. Grâce au soutien d’un donateur étranger, la coopérative a acquis un terrain et construit un centre de vannerie et de vente. Aujourd’hui, elles reçoivent de grandes commandes qui mobilisent tous les membres. Pour chaque produit vendu, 10 % des profits sont versés à la coopérative, et le reste à l’artisane.
L’impact est désormais visible. Fière de leur autonomie, madame Mukabunani déclare: “Quand vous pouvez tresser et vendre vos produits, vous n’avez plus besoin de demander à votre mari de quoi acheter des vêtements ou l’épicerie. Vous les achetez vous-mêmes et vous économisez pour plus tard.” Le travail des femmes permet également de réduire la quantité de jacinthe d’eau dans le lac Mirayi. La faune aquatique revient. Cette plante qui était jadis un problème pour la communauté est devenue une source de revenus pour les femmes. Elles protègent les lacs et créent des emplois pour les femmes qui contribuent désormais aux revenus de leurs familles.
Aujourd’hui, les femmes de Gashora exposent leurs créations durant les foires artisanales et en exportent même, transformant ainsi un fléau en une possibilité. Sur les rives du lac Mirayi, chaque panier, chapeau et natte constitue un témoignage de leur ingéniosité et leur persévérance. Madame Gahongayire conclut: “Chaque tige de jacinthe d’eau que nous transformons crée de l’espoir pour notre lac et notre communauté.”

