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L’Ombre du Passé: La France et la Tragédie Récurrente des Grands Lacs

L’Ombre du Passé: La France et la Tragédie Récurrente des Grands Lacs
Depuis 1990, l’implication française dans les Grands Lacs est marquée d’un mélange de choix stratégiques, d’erreurs d’analyse et de lourdes conséquences humaines

Par Carpophore Rwirangira

L’histoire est un miroir impitoyable, et dans la région des Grands Lacs, ce miroir renvoie aujourd’hui une image troublante. Alors que la France annonce son intention de soutenir le gouvernement de Kinshasa pour la réouverture et la sécurisation de l’aéroport de Goma sous des prétextes humanitaires, un sentiment de déjà-vu glace le sang des observateurs avertis.

Pour comprendre la gravité de cette annonce, il est impératif de remonter le fil du temps et d’examiner le rôle controversé de Paris dans la déstabilisation durable de cette région.

1990-1994 : Un soutien aveugle

La genèse du chaos actuel remonte aux années 1990. Sous la présidence de François Mitterrand, la France a apporté un soutien politique, financier et militaire indéfectible au régime de Habyarimana.

Alors que l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) luttait pour la libération et la fin des discriminations, des troupes françaises furent dépêchées non pas pour la paix, mais pour contrer l’avancée de l’APR, retardant la chute d’un régime qui préparait l’apocalypse.

Le paroxysme de cette implication fut l’Opération Turquoise en 1994. Présentée au monde comme une mission humanitaire visant à créer une «Zone Humanitaire Sûre» (ZHS), elle a, dans les faits, servi de bouclier aux auteurs du génocide.

Dans les préfectures de Kibuye, Gikongoro et Cyangugu, sous le nez des soldats français, les miliciens Interahamwe et les soldats des Forces Armées Rwandaises (FAR) ont continué de traquer et d’exterminer les Tutsi. Loin de désarmer les génocidaires, cette zone a permis leur exfiltration sécurisée vers le Zaïre (actuelle RDC).

Le Zaïre et le péché originel du conflit congolais

Une fois la frontière franchie, la gestion française de la crise des réfugiés a semé les graines de la violence qui déchire l’Est du Congo depuis trente ans. Au mépris du droit international, les militaires français n’ont opéré aucune distinction entre les civils en détresse et les soldats des ex-FAR ou les miliciens Interahamwe.

Pire encore, contrairement aux stipulations des conventions internationales exigeant l’éloignement des camps de réfugiés de la frontière, ces camps ont été maintenus aux portes du Rwanda, transformant des zones humanitaires en bases arrière militaires.

C’est à cette époque que l’aéroport de Goma a joué un rôle sinistre. Sous couvert d’aide humanitaire, cette infrastructure a facilité le réarmement et la réorganisation de l’armée en déroute. Cette force, nourrie et protégée, allait devenir les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda), propageant leur idéologie génocidaire sur le sol congolais.

De l’indifférence à la résurgence

Depuis 1994, les conséquences de cette politique sont désastreuses. Les FDLR, jamais inquiétées par une intervention française, ont perpétré des massacres systématiques contre les Tutsi congolais, provoquant des vagues successives de réfugiés vers le Rwanda et les pays voisins.

Face au silence de la communauté internationale et à l’inaction de la France devant ces tueries ciblées, des mouvements d’autodéfense sont nés par nécessité: d’abord le CNDP, puis le M23. Leur objectif premier a toujours été la protection de ces populations vulnérables menacées d’extinction.

Aujourd’hui, la situation sur le terrain a évolué de manière drastique. Le M23, dans sa lutte pour sécuriser l’Est de la RDC, a libéré le Nord-Kivu, incluant Goma, ainsi que le Sud-Kivu dont Bukavu.

Goma aujourd’hui: La répétition de l’histoire?

C’est dans ce contexte que l’annonce récente de la France résonne comme une provocation. En déclarant vouloir soutenir le gouvernement de Kinshasa pour «reprendre et ouvrir» l’aéroport de Goma à des fins humanitaires, Paris semble reproduire le schéma de 1994.

La question se pose: De quel humanitaire parle-t-on? S’agit-il d’aider les populations, ou de sécuriser une tête de pont logistique pour soutenir une coalition gouvernementale qui collabore ouvertement avec les FDLR? Comme en 1994, l’étiquette «humanitaire» risque de servir de cheval de Troie pour protéger et armer des forces génocidaires, prolongeant ainsi indéfiniment la souffrance des peuples des Grands Lacs. L’histoire ne doit pas seulement être retenue; elle doit servir de mise en garde.

L’histoire de l’implication française dans les Grands Lacs est marquée par un enchevêtrement de décisions stratégiques, d’erreurs d’appréciation, de controverses persistantes et de conséquences humanitaires durables. Comprendre cette histoire est essentiel pour éviter que les mêmes dynamiques ne se reproduisent dans un contexte déjà explosif.

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