Nyamasheke: les détenus du génocide contre les Tutsi sensibilisés à l’unité nationale
Les détenus reconnus coupables du génocide contre les Tutsi, en fin de peine et venant de différents centres correctionnels, se sont réunis au Centre correctionnel de Nyamasheke pour participer à une formation spéciale sur l’unité et la réconciliation. Intitulée Ndi Umunyarwanda (Je suis Rwandais), cette formation initiée par le Ministère de l’unité nationale et de l’engagement civique (MINUBUMWE) visait à renforcer le sentiment d’appartenance nationale et à encourager la cohésion entre les Rwandais, tout en offrant un cadre de réflexion sur les divisions du passé.
Le lundi 8 septembre 2025, La secrétaire exécutive de l’organisation Unity Club, Julienne Uwacu a expliqué que l’unité des Rwandais avait été rompue par les colonisateurs, qui avaient divisé le peuple en groupes. Les régimes post-coloniaux avaient poursuivi cette logique, entretenant les discriminations basées sur l’ethnie, la région et même la religion, ce qui avait provoqué exil, violences sporadiques et meurtres, jusqu’au génocide de 1994. Elle a insisté sur le rôle essentiel de Ndi Umunyarwanda, qui aide chacun à comprendre que personne n’a un droit supérieur à être Rwandais et incite à ne pas devenir une source de division pouvant menacer l’unité nationale retrouvée.
Les participants ont été invités à se souvenir que, avant l’arrivée des colonisateurs, les Rwandais partageaient tout: le pays, la culture, la langue, les croyances et des valeurs telles que l’unité, visibles dans les rencontres, les mariages et le partage. La formation a ainsi permis d’ouvrir un espace de dialogue pour résoudre les problèmes, éliminer les divisions artificielles et permettre aux jeunes générations de ne pas porter le fardeau de l’histoire de leurs parents.
Des témoignages qui marquent

La conférence a été enrichie par le témoignage d’Iréné MIZERO, directrice exécutive de l’organisation Mizero Care, dont les deux parents ont participé au génocide. Elle a partagé les blessures laissées par cette histoire familiale et expliqué comment l’État rwandais l’avait soutenue, finançant ses études jusqu’à l’université et facilitant son insertion professionnelle. Elle a remercié Ndi Umunyarwanda, qui l’a aidée à progresser et à devenir Gardienne de l’engagement, un rôle lui permettant de contribuer à la promotion de l’unité dans son pays.
Les détenus participants ont également témoigné de l’impact de la formation. Gakwerere Alexis, du Centre correctionnel de Bugesera, a confié que le programme lui avait permis de reconnaître sa valeur, de comprendre son rôle dans le génocide et de dire la vérité à sa famille et à son entourage.
Ngoboka Jean, du Centre correctionnel de Ngoma, a expliqué que la formation lui avait fait ressentir l’esprit de Rwandais et qu’il se sentait prêt à contribuer à la reconstruction du pays, en encourageant les autres à privilégier l’unité plutôt que les divisions ethniques ou régionales.
Quant à Habayezu Emmanuel, du Centre correctionnel de Nyanza, il a souligné que Ndi Umunyarwanda lui avait montré que l’unité des Rwandais existait bien avant la colonisation. Désormais, il se sent capable de la promouvoir autour de lui et de rappeler à tous que le pays n’est plus lié aux anciennes divisions qui séparaient les Rwandais.
Cette initiative illustre l’importance de la réconciliation et de l’éducation à l’unité nationale, offrant aux anciens détenus, une fois rentrés chez eux, des outils concrets pour se réintégrer dans la société et contribuer à la construction d’un Rwanda uni et pacifique.

