Quand les mythes européens réécrivent l’histoire africaine – Tito Rutaremara
L’Honorable Tito Rutaremara a publié sur son compte X une réflexion sur l’origine de la philosophie européenne à l’égard des peuples noirs. Dans une série de messages, il revient sur les idées reçues, les incompréhensions et les mythes construits par les premiers chercheurs et explorateurs européens au sujet des civilisations africaines.
Selon Tito Rutaremara, les Européens se sont longtemps trompés en croyant que l’intelligence et la civilisation provenaient exclusivement des régions bordant la Méditerranée, supposées être le berceau de tout progrès diffusé ensuite au reste du monde. Cette perception ignorait que la Chine avait développé une civilisation avancée des centaines d’années avant celle de la Méditerranée, et que l’Inde comme le Japon avaient atteint un haut niveau de développement bien avant l’arrivée des Européens.
De plus, il rappelle que la civilisation méditerranéenne elle-même a été initiée par l’Égypte ancienne. Pourtant, les Européens ont refusé de reconnaître que l’Égypte a été un carrefour multiethnique, source essentielle de cette civilisation.
En Amérique du Sud, les Européens ont découvert la civilisation sophistiquée des Inca, mais ont refusé d’admettre qu’elle était l’œuvre des populations autochtones. Ils ont préféré affirmer qu’elle avait été apportée par des peuples venus d’Europe, théorie plus tard invalidée par la recherche scientifique.
En Afrique de l’Ouest — au Mali, au Bénin, au Ghana — ils ont trouvé également des sociétés très développées, florissantes bien avant l’expansion de l’islam. Incapables de croire en une origine locale, ils ont prétendu que ces avancées provenaient d’échanges avec des marchands venus du nord du Sahara.
Le cas du Rwanda: un choc pour les premiers Européens
Lorsque les Européens sont arrivés au Rwanda, ils ont été surpris de constater l’existence d’un État structuré, doté d’institutions et d’une organisation politique aboutie. Leurs préjugés leur faisaient croire que les peuples noirs au sud du Sahara ne pouvaient dépasser le niveau tribal, à l’exception de ceux influencés par les civilisations européennes.
Le Rwanda, isolé des mondes européen, indien ou chinois, apparaissait donc comme une énigme: comment une telle civilisation avait-elle pu émerger? Qui en aurait été le porteur?
Face à cette incompréhension, les premiers Européens ont installé progressivement des mythes visant à expliquer la présence d’une civilisation avancée.
Arrivés à la cour royale, ils ont rencontré les chefs et les serviteurs du roi. Découvrant l’existence des Hutu, des Tutsi et des Twa, ils ont rejeté l’histoire rwandaise selon laquelle tous étaient descendants de Kanyarwanda, enfants de Gihanga. Ils ont alors inventé des récits d’origine distincts: Les Hutu viendraient du Tchad, Les Tutsi seraient issus de la Méditerranée et Les Twa seraient autochtones, issus des forêts du Rwanda et du Congo.
Un autre mythe affirmait que les Twa étaient les premiers habitants; les Hutu seraient arrivés ensuite du Tchad et du Cameroun et auraient défriché la forêt; les Tutsi seraient venus encore plus tard avec leur bétail, apportant une civilisation méditerranéenne. La recherche archéologique a pourtant révélé que le bétail était présent au Rwanda bien avant ces migrations supposées.
Une troisième série de récits a fait remonter l’origine des Tutsi à la région du Caucase, en Russie, d’où seraient également originaires des peuples comme les Tchétchènes.
D’autres ont prétendu qu’ils venaient de Mésopotamie (actuels Irak et Iran), se déplaçant avec leurs troupeaux jusqu’au Rwanda.
Certains ont avancé encore que des soldats romains ou grecs, ayant séjourné longuement au Rwanda avant de partir vers le Zimbabwe, y auraient laissé les bases de la civilisation locale.
D’autres écrivains ont affirmé que les Tutsi venaient d’Égypte, où ils auraient contribué à la construction des pyramides avant de poursuivre leur route vers le Rwanda, théorie mise en contradiction par le fait qu’ils n’y construisaient pas en pierre mais en matériaux végétaux.
Finalement, une version s’est imposée: les Tutsi seraient originaires d’Éthiopie. Tito Rutaremara réfute cette idée, soulignant qu’aucun mot d’éthiopien ne se retrouve en kinyarwanda.
Un autre récit, inspiré de l’Ancien Testament, affirme que Hamu, l’un des fils de Noé, ayant vu son père nu et s’étant moqué de lui, aurait été maudit. De cette malédiction serait née la peau noire, et les Tutsi descendraient de Hamu.
Tito Rutaremara conclut en annonçant qu’il reviendra prochainement sur la manière dont les Européens ont construit leurs mythes sur les Hutu, les Tutsi et les Twa, ainsi que sur les mensonges utilisés pour les faire accepter par les Rwandais, afin qu’ils oublient leur véritable histoire: celle d’un peuple unique, descendant de Kanyarwanda et de Gihanga.

