Rapatriement des réfugiés: le Rwanda, la RDC et le HCR adoptent une feuille de route pour 2026-2027
La République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) ont réaffirmé leur engagement en faveur du retour volontaire, sûr et digne des réfugiés, à l’issue d’une réunion ministérielle tripartite de haut niveau tenue ce lundi 22 juin 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie.
Au nom du Rwanda, le ministre chargé de la Gestion des urgences, le Général Major à la retraite Albert Murasira, a signé le communiqué conjoint aux côtés du vice-Premier ministre congolais chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, et du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés, Barham Salih.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des accords tripartites signés en 2010 sur le rapatriement volontaire des réfugiés congolais vivant au Rwanda et des réfugiés rwandais vivant en RDC. Elle intervient également dans le prolongement des avancées diplomatiques enregistrées depuis la fin de l’année 2025, notamment les accords de paix et de prospérité conclus entre Kinshasa et Kigali à Washington.
Une feuille de route pour accélérer les retours
Les trois parties ont adopté une feuille de route 2026-2027 définissant les principales étapes opérationnelles, les responsabilités et le calendrier de mise en œuvre du processus de rapatriement et de réintégration des réfugiés.
Afin de renforcer la coordination entre les différentes parties prenantes, des réunions transfrontalières trimestrielles seront organisées à partir de septembre 2026.
Plus de 280 000 réfugiés concernés
Selon les chiffres présentés lors de la réunion, la RDC accueille actuellement 196 289 réfugiés et demandeurs d’asile rwandais, dont 75 421 sont enregistrés biométriquement, tandis que le Rwanda héberge 84 456 réfugiés et demandeurs d’asile congolais.
Les trois parties ont réaffirmé leur attachement au principe du retour volontaire, sûr, digne et éclairé des réfugiés, considéré comme un levier essentiel pour la consolidation de la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Des progrès enregistrés dans le rapatriement des réfugiés rwandais
Les participants ont salué les avancées réalisées dans le rapatriement des réfugiés rwandais depuis la RDC. Depuis janvier 2025, 8 394 personnes ont regagné le Rwanda dans le cadre du programme de retour volontaire, dont 2 347 depuis le début de l’année 2026. Les parties se sont fixé un objectif de 10 000 rapatriements supplémentaires d’ici à la fin de l’année.
Le communiqué fait également état d’une avancée notable : la RDC s’est engagée à faciliter le retour de plus de 3 600 réfugiés rwandais installés dans le sud du Sud-Kivu. Leur rapatriement s’effectuera via le poste frontalier de Kamanyola, en RDC, et de Bugarama, au Rwanda.
Par ailleurs, le Rwanda a indiqué suivre la situation de plus de 400 réfugiés rwandais en attente de rapatriement dans des centres de transit du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les opérations de retour tiendront compte du contexte sanitaire régional lié à la maladie à virus Ebola.
Kinshasa identifie des zones de retour pour les réfugiés congolais
Autre évolution importante: la RDC s’est engagée à définir, à partir d’octobre 2026, des zones prioritaires de retour pour les réfugiés congolais vivant au Rwanda, sur la base des intentions exprimées par ces derniers et des informations transmises par les autorités rwandaises.
Cette mesure vise à préparer les conditions d’un retour progressif et durable des réfugiés congolais dans leurs localités d’origine.
Une coopération régionale renforcée
Les signataires ont salué le rôle de l’Union africaine, des Nations Unies et du HCR dans la recherche de solutions durables au déplacement forcé dans la région des Grands Lacs.
Ils ont également exprimé leur gratitude au gouvernement éthiopien pour l’accueil de cette réunion ministérielle et confirmé la tenue de la prochaine rencontre tripartite en juin 2027, à une date et dans un lieu qui seront communiqués par voie diplomatique.
Entre avancées diplomatiques et défi de mise en œuvre
Il s’agit du cinquième communiqué conjoint consacré au rapatriement volontaire des réfugiés entre les deux pays depuis la mise en place du cadre tripartite. Cette continuité diplomatique témoigne d’une volonté partagée de trouver des solutions durables à une crise qui perdure depuis plusieurs décennies. Toutefois, l’enjeu principal demeure la mise en œuvre effective des engagements pris. Signer des accords constitue une étape importante, mais leur application concrète reste déterminante.
La question de la volonté politique
Les précédents engagements pris dans le cadre des mécanismes régionaux ont souvent été confrontés à des difficultés d’exécution, en particulier du côté congolais. Plusieurs observateurs soulignent que certaines résolutions adoptées lors des précédentes rencontres n’ont pas été pleinement appliquées.
La persistance de l’insécurité dans l’est de la RDC, marquée par la présence de nombreux groupes armés, continue de compliquer la mise en œuvre des accords de rapatriement volontaire et des engagements sécuritaires pris dans le cadre des différents processus de paix régionaux.
Une reconnaissance inédite de la présence de réfugiés rwandais au Sud-Kivu
L’une des principales nouveautés du communiqué réside dans la reconnaissance par la RDC de la présence de plus de 3 600 réfugiés rwandais dans le sud du Sud-Kivu, dont le rapatriement devrait être facilité via le poste frontalier de Kamanyola-Bugarama.
Cet engagement revêt une importance particulière, car les réfugiés rwandais installés dans cette zone étaient rarement évoqués dans les précédents communiqués officiels. L’ouverture d’un corridor de retour dédié pourrait ainsi contribuer à améliorer la connaissance des mouvements de populations dans cette région.
Des chiffres qui soulèvent des interrogations
Le communiqué indique que la RDC accueille 196 289 réfugiés et demandeurs d’asile rwandais, alors que 75 421 seulement sont enregistrés biométriquement.
Cet écart de plus de 120 000 personnes met en évidence les défis liés à l’identification, à l’enregistrement et au suivi des populations réfugiées sur le territoire congolais. Dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire persistante dans certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, cette situation soulève des interrogations sur les conditions de localisation et de protection de ces populations. Aucune donnée officielle ne permet toutefois d’établir un lien entre les réfugiés non enregistrés et des groupes armés.
Une première pour les réfugiés congolais au Rwanda
Autre avancée notable: pour la première fois, la RDC s’est engagée à identifier, à partir d’octobre 2026, des zones prioritaires de retour destinées aux réfugiés congolais vivant au Rwanda.
Cette mesure constitue une étape essentielle vers le lancement effectif du processus de rapatriement des réfugiés congolais, qui n’a pas encore débuté. Elle devrait permettre d’organiser les retours sur la base des intentions exprimées par les réfugiés et des conditions de sécurité dans les zones d’accueil.
La principale interrogation porte désormais sur la capacité des autorités congolaises à mettre en œuvre cet engagement dans les délais annoncés, au regard des défis logistiques, sécuritaires et institutionnels auxquels le pays reste confronté.

