Rapport de l’Auditeur général: progrès marqués dans la gestion des finances publiques, mais des retards préoccupants dans les projets
La gestion des ressources publiques au Rwanda enregistre des avancées significatives. Selon le rapport de l’Auditeur general des Finances de l’État, présenté devant les deux chambres du Parlement réunies en session conjointe le mercredi 6 mai 2026, 97 % des entités auditées ont obtenu des audits sans réserve pour leurs états financiers.
Présenté par l’Auditeur général, Alexis Kamuhire, ce rapport couvre l’exercice budgétaire clos le 30 juin 2025. Il porte sur 252 entités publiques représentant environ 96 % des dépenses publiques.

Cette performance marque une progression par rapport à 2024, où 94 % des entités avaient obtenu des opinions d’audit sans réserve. Par ailleurs, la conformité aux lois et règlements s’est également améliorée, avec 83 % d’opinions favorables contre 75 % l’année précédente.
Une meilleure performance globale et une baisse des irrégularités
Les résultats témoignent également d’une amélioration en matière d’efficacité des dépenses publiques. En 2025, 79 % des entités ont obtenu une conclusion favorable en matière de rapport qualité-prix, contre 66 % en 2024.
Dans le même temps, les dépenses illégales continuent de reculer de manière significative: elles sont passées de 2,04 milliards de francs rwandais en 2024 à 600 millions en 2025.
Le rapport souligne aussi une progression dans la mise en œuvre des recommandations antérieures, avec un taux d’exécution de 65 %. Par ailleurs, les audits préventifs ont permis de récupérer 1,47 milliard de francs rwandais.
Des impacts concrets sur le terrain
Parmi les exemples concrets cités, l’Auditeur général a évoqué la réhabilitation des habitations endommagées lors de la construction de la centrale hydroélectrique de Rusumo. À la suite des recommandations formulées en 2024, des habitations jugées inadéquates ont été remplacées par 80 maisons modernes et améliorées, construites en collaboration avec différents partenaires.
Des défis persistants dans la mise en œuvre des projets
Malgré ces avancées, le rapport met en lumière plusieurs insuffisances qui continuent de freiner la performance des investissements publics. Il s’agit notamment des retards dans le démarrage des projets financés, des faibles taux de décaissement, des problèmes liés aux marchés publics et à la gestion des contrats, ainsi que des chantiers à l’arrêt.
L’Auditeur général a ainsi relevé huit contrats d’une valeur totale de 133,9 milliards de francs rwandais dont les délais d’exécution sont largement dépassés, avec des niveaux d’avancement jugés très insuffisants.
Parmi ces projets figure le barrage multifonctionnel de Muvumba, situé dans le district de Nyagatare. D’un coût estimé à 102,7 milliards de francs rwandais, ce projet n’a atteint que 34,6 % de réalisation alors que 60 % du temps prévu est déjà écoulé.
Le cas emblématique du projet immobilier de Batsinda par le RSSB
Le rapport pointe également des dérives importantes dans certains projets d’infrastructure, notamment celui de construction de 548 logements à Batsinda (Heza Estate Phase II), piloté par le Rwanda Social Security Board (Office Rwandais de Sécurite Sociale (RSSB).
Initialement estimé à 15,5 milliards de francs rwandais, ce projet a vu son coût grimper à 42,24 milliards en raison de retards répétés. Lancé le 22 avril 2016 pour une durée prévue de 26 mois et 20 jours (achèvement initial en juillet 2018), le chantier a fait l’objet de sept révisions contractuelles, prolongeant sa durée de 7 ans et 10 mois, jusqu’au 30 avril 2026.
En février 2026, le taux d’avancement des travaux était de 93 %, mais les retards accumulés compromettent l’atteinte des objectifs dans les délais prévus.
Face à cette situation, l’Auditeur général recommande au RSSB d’accélérer l’achèvement des travaux afin d’éviter une nouvelle hausse des coûts.

