RDC: Pourquoi les acteurs de crimes de guerre et de crimes économiques se font-ils passer pour des patriotes à Kinshasa?
La RDC n’en finit pas de briller négativement aux yeux du reste du monde et, à chaque fois, de nouveaux vocables sont imaginés pour donner un nom à la souffrance de ce peuple martyr dont les leaders sont eux-mêmes responsables. Le paradoxe est que ces vocables sont utilisés comme des instruments politiques, alors que les acteurs de tous les crimes qui se cachent derrière ces termes se trouvent à Kinshasa.
Criminels du Génocost à Kinshasa
Le GÉNOCOST est défini comme l’extermination des populations congolaises à des fins de gains économiques. Pourtant, ce vocable est utilisé pour accuser l’Ouganda et le Rwanda de tous les crimes commis en RDC. Comme l’accusation du Rwanda est devenue une marchandise politique servant à justifier les échecs de gouvernance, le Génocost est souvent associé aux guerres de l’AFDL, du MLC et du RCD.
Supposons que cela soit vrai : comment est-il alors possible que Jean-Pierre Bemba et Ève Bazaiba se rangent derrière le président Tshisekedi pour pleurer les victimes du Génocost, alors qu’ils furent des responsables du MLC ? De la même manière, de nombreux cadres de l’ancien AFDL et du RCD siègent aujourd’hui au gouvernement : Lambert Mende et d’autres.
Par exemple, Monsieur Enock Ruberangabo figure parmi les fondateurs de l’AFDL. Il a participé à des réunions au Rwanda pour attaquer le Zaïre de Mobutu. Aujourd’hui, il se présente comme opposant aux actions de la rébellion AFDL et participe à des débats condamnant ses propres œuvres historiques.
Laurent-Désiré Kabila a vécu pendant des mois à Kigali, où il était logé, nourri et habillé. Il a bénéficié d’un appui décisif pour mettre fin à 32 ans de dictature de Mobutu. Il est connu comme le défenseur de la patrie. Étienne Tshisekedi était partenaire du RCD. Son fils, Félix Tshisekedi, a fait des alliances avec le M23 comme option militaire de l’UDPS.
Pourquoi condamner uniquement les parrains étrangers et non les Congolais qui faisaient partie de ces mouvements et en étaient les responsables ?
Ceux qui exterminent des populations congolaises à des fins de gains
Le GÉNOCOST implique aussi des Congolais qui participent ou se rendent complices de l’extermination de leur propre population à travers le pillage systématique des richesses nationales, privant ainsi le peuple de centaines de millions de dollars qui auraient pu le sauver de la faim, des maladies et des catastrophes liées à la gestion irresponsable de l’environnement.
Nous savons que plusieurs responsables politiques sont auteurs de détournements de sommes colossales pourtant destinées à la construction d’hôpitaux ou au paiement des salaires et même à la prise en charge des victimes de la guerre.
Pourtant, les leaders de l’UDPS agissent ainsi. Ils ont détourné des milliards, mais pourquoi ne peuvent-ils pas être poursuivis pour GÉNOCOST ?
Les criminels du massacre de Makobola sont à Kinshasa et au Burundi
Deux des commandants de la funeste opération militaire de Makobola étaient des Congolais, dont un Mukongo originaire de Mbazangungu, au Kongo Central. Après les massacres, il tremblait de colère et d’émotion suite à la mort de son garde du corps, tombé sur le champ de bataille, criblé de balles des Mai-Mai et des combattants du CNDD-FDD qui avaient transformé la population de Makobola en couverture et en bouclier humain, l’exposant ainsi à l’horreur absolue.
Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, faisait partie des rebelles burundais qui avaient pris la population de Makobola en otage, provoquant ces tueries. Aujourd’hui, Ndayishimiye est un grand ami du président Tshisekedi. L’autre commanditaire du massacre de Makobola est aujourd’hui lieutenant-général dans les FARDC. Tous se présentent désormais comme des patriotes.
Enock Ruberangabo et sa politique de négationnisme du génocide contre les siens
Il existe aujourd’hui un débat sur la cité d’Uvira et les persécutions des Banyamulenge. Enock Ruberangabo nie catégoriquement l’existence de persécutions contre les Banyamulenge. Selon lui, tout serait une manipulation du Rwanda, qui a déporté les Banyamulenge vers son territoire.
Pourtant, Enock Ruberangabo a vécu au Rwanda sous Juvénal Habyarimana. Même un génocidaire rwandais, Habyarimana, ne l’a pas déporté vers le Rwanda. Il a travaillé sous Paul Kagame sans y être forcé et a une pension du ministère rwandais de l’Éducation. Il peut aller toucher sa pension sans aucun problème. Il a participé à la politique d’invasion du Congo depuis le Rwanda de son plein gré. Si cette déportation de Banyamulenge par le Rwanda a eu lieu, il en était le planificateur.
Il affirme aujourd’hui que, s’il existe des persécutions contre les Banyamulenge/Tutsi, elles seraient dues au Rwanda. De 1965 à 1990, il y a eu des persécutions contre les Banyamulenge et les Tutsi congolais. Admettons que ce soit à cause du Rwanda que les Tutsi du Congo aient été persécutés : où était le Zaïre, ou le Congo, pour protéger les Banyamulenge contre le Rwanda ?
Pourquoi menait-il un activisme contre les discriminations visant les Banyamulenge à Kisangani dans les années 1980 et dans les années 1998-2004 ? Son activisme était contre les crimes commis par la RDC. Pourquoi cette transhumance politique ?
Les criminels de l’instabilité à l’Est sont à Kinshasa
Kinshasa arme les Wazalendo, les FDLR, la CODECO et les ADF. L’État a officiellement accepté les milices Mai-Mai comme réservistes. Ces milices n’ont aucune revendication politique, si ce n’est l’extermination des Tutsi/Banyamulenge. Ils sont soutenus dans ces démarches, poussant les Banyamulenge à se défendre. Poussant aussi Twirwaneho à rejoindre la rébellion de l’AFC, car seule l’AFC peut protéger les Banyamulenge soumis à une menace d’extermination.
La MONUSCO ne pouvait pas protéger les Banyamulenge. Les FARDC ne pouvaient pas protéger les Banyamulenge. Par contre, ils se sont joints aux Mai-Mai pour déraciner les Banyamulenge. La même chose s’est produite au Nord-Kivu et en Ituri.
Le président Tshisekedi a déclaré à maintes reprises vouloir changer le régime de Kigali. Il a mobilisé les troupes de la SADC, des mercenaires et les Wazalendo pour atteindre cet objectif. Par conséquent, Kinshasa porte l’entière responsabilité de l’insécurité à l’Est de la RDC.
Les problèmes du Congo sont internes. Les gouvernants sont les semeurs de tous les troubles. Ils les entretiennent comme une stratégie d’économie politique. Ils ne peuvent pas survivre sans cette politique. Les criminels condamnent leurs propres crimes et responsabilisent leurs parrains.
NDLR: Alexis Mvuka est chercheur en sciences politiques et relations internationales, analyste politique et sécuritaire sur la RDC, et auteur de Not My Worst Day. Lisez le contenu sur X

