RDC: Quand l’Etat devient un patrimoine familial
Par Marie Sédoine Baraka
Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo (RDC) est confrontée à un paradoxe flagrant : un pays immensément riche, mais un peuple profondément appauvri. Ce paradoxe n’est pas simplement conjoncturel. Il est structurel, alimenté par une gouvernance fondée non sur le service public, mais sur l’appropriation de l’appareil Etatique à des fins privées. Aujourd’hui, la situation est encore plus préoccupante: l’Etat congolais semble se muer en une entreprise familiale, au détriment de l’intérêt national.
L’affaire de l’immeuble ex‑Sabena et le népotisme institutionnel
Les récentes révélations sur l’entourage du président Félix Tshisekedi ne font que confirmer une réalité bien ancrée : la confusion entre fonctions publiques et intérêts privés. Le nom de Roger Tshisekedi, frère du chef de l’Etat, revient avec insistance dans une affaire immobilière estimée à plus de 7 millions de dollars. Ancien gardien de prison en Belgique, sans diplôme reconnu, il aurait acquis l’immeuble Sabena, situé sur le boulevard du 30 Juin à Kinshasa, par le biais de fonds publics issus du cadastre minier.
Ce dernier est dirigé, fait troublant, par des membres de sa belle-famille : Popole Maboulia (directeur général) et Jean-Louis Maboulia (directeur général adjoint). Il ne s’agit plus d’une simple accusation de népotisme, mais bien d’un système structuré d’accaparement du pouvoir économique par des liens familiaux.
D’un point de vue politique, ce type de dérive est fatal. La captation des institutions par un clan affaiblit dangereusement l’Etat. Elle bloque toute réforme structurelle, compromet la mise en œuvre des politiques publiques, et alimente un sentiment profond d’injustice parmi la population. Dans ce contexte, comment espérer construire une nation stable, équitable et tournée vers le développement?
Famille au pouvoir, Etat affaibli : les conséquences socio-économiques
Les conséquences sont visibles. Alors que les familles proches du pouvoir s’enrichissent, plus de 25 millions de Congolais vivent dans l’insécurité alimentaire. Les hôpitaux manquent de tout, les écoles tombent en ruine, les routes sont impraticables, et la majorité de la population est abandonnée à elle-même.
L’Etat, censé assurer les services de base, est perçu comme un instrument au service de quelques-uns. Cette perception n’est pas qu’une menace pour la cohésion sociale : elle est un terreau fertile pour l’instabilité politique et les révoltes futures.
Pour les partenaires internationaux, notamment l’Union européenne, il devient urgent de tirer les conséquences de cette dérive. Financer des programmes de développement ou de gouvernance dans un Etat où les institutions sont instrumentalisées revient à consolider une façade de légitimité. Il est temps de conditionner toute coopération à des critères clairs de transparence, de redevabilité et de bonne gouvernance. Il ne s’agit pas d’ingérence, mais de cohérence.
La RDC a besoin de réformes profondes : indépendance de la justice, audits des institutions, lutte contre la corruption, transparence budgétaire. Mais aucune de ces réformes ne pourra aboutir tant que le pouvoir reste concentré entre les mains d’un cercle familial. Un Etat ne peut pas réussir lorsqu’il fonctionne comme une affaire privée.
La richesse naturelle du Congo ne suffira jamais à sortir le pays de la pauvreté. Seule une gouvernance responsable, axée sur l’intérêt général, permettra à ce géant d’Afrique centrale de se redresser. Mais pour cela, il faut rompre, ici et maintenant, avec la culture de l’impunité et du clientélisme familial.

