Si vous hésitez à publier une information non confirmée, dites-vous que vous sauvez peut-être une dignité — Peacemaker Mbungiramihigo
La formation de cinq jours destinée aux journalistes francophones du Rwanda sur la lutte contre le discours de haine et la désinformation s’est clôturée le vendredi 1er mai 2026, sur une note à la fois solennelle et engagée.
Organisée autour du thème “Discours de la haine et rôle stratégique des medias”, cette session intensive a réuni des professionnels des médias appelés à renforcer leur responsabilité dans un environnement informationnel de plus en plus complexe.
Avant la remise des certificats, les participants ont pris part à un échange avec deux figures reconnues du paysage médiatique rwandais, Cleophas Barore et Peacemaker Mbungiramihigo. La discussion a permis de revenir sur les défis contemporains du journalisme et sur le rôle crucial des médias dans la préservation d’une information fiable et responsable.
De l’encre au sang: la vérité comme dernier rempart contre la haine
Prenant la parole, Peacemaker Mbungiramihigo a livré un témoignage poignant, dépassant le cadre académique pour interpeller directement la conscience professionnelle de ses confrères. “Je ne vous parle pas comme un formateur, mais comme un témoin”, a-t-il déclaré, évoquant avec gravité les conséquences tragiques de la désinformation dans l’histoire du Rwanda.
Il a rappelé que, bien avant l’ère des réseaux sociaux, la haine s’était propagée à travers les médias traditionnels, notamment les ondes de la RTLM et de Radio Rwanda, ainsi que les colonnes de certains journaux. “La haine n’est pas tombée du ciel; elle a été éditée, imprimée et diffuse”, a-t-il insisté, soulignant que la désinformation avait constitué une arme redoutable dans la déshumanisation et la violence de masse.
Face à l’évolution des technologies, il a mis en garde contre de nouvelles formes de manipulation, plus insidieuses: “Aujourd’hui, la haine se cache derrière des algorithmes, des deepfakes et des réseaux sociaux anonymes. Mais le mécanisme reste le même: déshumaniser l’autre par le mensonge. Pour lui, le journaliste ne peut se contenter d’être un simple relais d’information: “Vous êtes des filtres, des gardiens. La rigueur n’est pas un luxe, c’est une dette envers notre peuple.”

Dans un appel, il a exhorté ses confrères à devenir des “artisans de paix” à travers leur plume et leurs choix éditoriaux:
“Si vous hésitez à publier une information non confirmée, dites-vous que vous sauvez peut-être une dignité, une famille, ou la paix d’une communauté.”
Être journaliste, c’est refuser de devenir le vecteur d’une idéologie haineuse
De son côté, Cleophas Barore a élargi la réflexion en soulignant que le discours de haine demeure un phénomène global, transcendant les frontières et les niveaux d’éducation. “À une époque où l’humanité se veut civilisée, le discours de haine persiste, y compris dans les grandes puissances”, a-t-il observé.
Il a dénoncé la banalisation de propos stigmatisants, souvent dirigés contre des étrangers, des minorités ou des groupes religieux, alimentant la peur de l’autre et la division.
Évoquant des exemples historiques marquants, notamment certains discours extrémistes ayant circulé avant le génocide, il a posé une question essentielle sur la responsabilité éditoriale: “Le journaliste devait-il relayer ces propos ?”
Pour lui, la réponse est claire: le professionnel des médias doit savoir prendre de la distance, même dans des contextes difficiles.
“Être journaliste, c’est aussi refuser de devenir le vecteur d’une idéologie haineuse. Nous devons être des artisans de la paix”, a-t-il martelé.
Les participants ont pris des engagements
Au terme de la formation, les participants ont exprimé leur reconnaissance envers les organisateurs, saluant la qualité du programme et les conditions mises à leur disposition. Alphonse Safari Byuma, l’un des lauréats, a particulièrement remercié l’OPFR pour son engagement à renforcer le professionnalisme des journalistes rwandais.

Au-delà des mots, les participants se sont engagés à traduire ces enseignements en actions concrètes. Parmi les résolutions prises figurent l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle pour le fact-checking, afin de vérifier rapidement l’exactitude des informations, ainsi que le rejet ferme de tout contenu incitant à la haine, à la discrimination ou à la division.
Ils ont également promis de promouvoir activement la paix à travers leurs productions médiatiques, en dénonçant les récits manipulés et en sensibilisant leurs audiences aux dangers de la désinformation.
Enfin, un autre engagement a été pris pour partager les acquis de cette formation avec leurs collègues, dans le but d’élever collectivement les standards du journalisme contre les discours de la haine.
Cette formation s’achève ainsi sur une conviction partagée: dans un monde où l’information circule à une vitesse inédite, la responsabilité des journalistes n’a jamais été aussi déterminante.

