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Sous la pluie, Munyaga honore la mémoire des victimes du génocide contre les Tutsi

Sous la pluie, Munyaga honore la mémoire des victimes du génocide contre les Tutsi

Sous une pluie fine rappelant l’atmosphère tragique du mois d’avril 1994, habitants, autorités locales, membres des forces de sécurité et invités venus de divers horizons se sont réunis, ce 17 avril, sur la colline de Kabuye, à Nkungu, dans le district de Rwamagana, pour une cérémonie de recueillement et de commémoration des victimes du génocide contre les Tutsi.

Cette date marque un tournant sombre pour la localité de Munyaga, où les massacres ont atteint leur paroxysme le 17 avril 1994. Toutefois, comme l’ont rappelé des intervenants et des témoins, les premières tueries avaient déjà débuté dès le 7 avril à Nkungu.

Au mémorial de Nkungu reposent les corps de 1 001 victimes, tandis que celui de Kaduha en abrite 627. Ces deux sites comptent parmi les 11 mémoriaux que compte aujourd’hui le district de Rwamagana, où plus de 80 000 victimes du génocide ont été inhumées.

Le district actuel de Rwamagana regroupe les anciennes communes de Rutonde, Bicumbi, Gikoro et Muhazi, toutes durement touchées par le génocide.

Témoignages poignants et appel à la vérité

La cérémonie a été marquée par un dépôt de gerbes de fleurs, des témoignages poignants de survivants, des prières, des chants commémoratifs ainsi que des poèmes, dans une atmosphère de recueillement et de mémoire partagée.

Les messages des autorités ont également insisté sur la nécessité de préserver la mémoire et de lutter activement contre l’idéologie du génocide.

Prenant la parole, la vice-maire chargée des affaires sociales du district de Rwamagana, Jeanne Umutoni, a souligné que le nombre de mémoriaux dans le district ne constitue en rien un symbole de prestige, mais témoigne plutôt de l’ampleur des atrocités commises par les milices Interahamwe.

Elle a appelé à une vigilance constante face aux discours et actes liés à l’idéologie génocidaire, qui persistent encore aujourd’hui sous diverses formes.

Les survivants ont, quant à eux, livré des témoignages empreints de douleur et de résilience. Naome Uwanyirigira a évoqué les violences subies par sa famille, dénonçant notamment des actes d’intimidation et de division encore perceptibles parmi certains voisins.

Elle a également lancé un appel aux autorités et à la population pour que toute personne détenant des informations sur des lieux où des victimes ont été abandonnées les communique, afin de leur offrir une inhumation digne.

“Beaucoup de membres de ma famille n’ont pas encore été retrouvés. Nous avons besoin de vérité pour pouvoir leur rendre hommage comme il se doit”, a-t-elle déclaré, tout en exprimant sa gratitude envers les Inkotanyi pour avoir mis fin au génocide et sauvé des vies.

Mémoire, reconstruction et vigilance pour l’avenir

Un autre intervenant, François Sezirahiga, s’exprimant au nom des familles des victimes inhumées à Nkungu, a rappelé que les premières inhumations n’ont commencé qu’en 1997.

Il a décrit l’ampleur des crimes, précisant que de nombreuses victimes avaient été tuées dans leurs domiciles, sur les routes alors qu’elles tentaient de fuir, ou encore dissimulées dans des fosses, des latrines et des ravins.

Il a également souligné que les sites de Nkungu et Kaduha figurent parmi les premiers foyers d’exécution du génocide dans l’ancienne préfecture de Kibungo, où les violences avaient été expérimentées dans les années 1959, bien avant leur généralisation à l’échelle nationale.

Prenant la parole, la présidente d’Ibuka à Rwamagana, Dativa Musabyeyezu, est revenue sur les racines idéologiques du génocide. Elle a rappelé des propos attribués à l’ancien président Juvénal Habyarimana, selon lesquels “le Rwanda serait comme un verre plein, et que ceux qui sont à l’extérieur doivent y rester”, illustrant une vision d’exclusion.

Selon elle, la haine, les divisions ethniques, combinées à la cupidité et à une mauvaise gouvernance cherchant à concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul groupe, ont constitué le terreau du génocide. Elle a souligné que cette tragédie a laissé des blessures profondes dans les cœurs des survivants.

La reconnaissance des rescapés pour le soutien du gouvernement

Elle a néanmoins insisté sur le rôle déterminant des Inkotanyi dans l’arrêt du génocide, ainsi que sur les efforts du gouvernement pour soutenir les survivants. “Le gouvernement s’est comporté comme un parent pour les orphelins. Les rescapés ont été soignés, les enfants scolarisés, des programmes de logement et d’assistance ont été mis en place, et les blessures physiques comme psychologiques ont été prises en charge”, a-t-elle déclaré, saluant des actions qui ont permis de restaurer l’espoir.

Elle a également dénoncé les propos blessants encore observés, affirmant que ces cas feront l’objet d’un suivi.

Rappelant les épreuves partagées entre les survivants et les combattants du Front patriotique rwandais, marquées par la persécution, la faim et la soif, elle a souligné le sacrifice des Inkotanyi qui, au péril de leur vie, ont mené la lutte pour sauver des vies et libérer le pays.

L’artiste poétesse Jeannette Uwingeneye a déclammé un poème empreint d’émotion

“Nous les aimons, car en nous souvenant, nous sentons leur présence à nos côtés”, a-t-elle affirmé, avant de promettre que les survivants continueront d’être des citoyens engagés.

Dans un message fort, elle a appelé ceux qui en ont la capacité à soutenir les survivants encore réticents à retourner sur les lieux marqués par le passé: “Ceux qui se sentent forts doivent accompagner les rescapés qui hésitent encore à revenir sur les collines où ils ont souffert, car c’est un chemin difficile, mais nécessaire pour guérir.”

Malgré la douleur persistante, les intervenants ont mis en avant les progrès réalisés depuis 1994. François Sezirahiga a salué le rôle des Inkotanyi dans la reconstruction du pays, notant que Nkungu affiche aujourd’hui un développement tangible, reflet des efforts entrepris au cours des trois dernières décennies.

La cérémonie s’est conclue sur un appel de la vice-maire à la mémoire, à l’unité et à la responsabilité, afin de prévenir toute résurgence de l’idéologie génocidaire et de continuer à bâtir une société fondée sur la paix et la dignité humaine.

Au mémorial de Nkungu reposent les corps de 1 001 victimes du génocide perpétré contre les Tutsi

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

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