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“Un crime d’État planifié et exécuté”: le ministre Bizimana détaille l’organisation du genocide perpétré contre les Tutsi

“Un crime d’État planifié et exécuté”: le ministre Bizimana détaille l’organisation du genocide perpétré contre les Tutsi
Le site mémorial de Bisesero, dans l’ancien Kibuye, où reposent des victimes du génocide contre les Tutsi

Le 20 avril est une journée de mémoire consacrée à la dernière reine du Rwanda, Rosalie Gicanda, assassinée à Butare durant le génocide perpétré contre les Tutsi. Figure de dignité et de retenue, elle incarne dans la mémoire nationale une royauté rwandaise marquée par la fin brutale d’une époque et par la violence extrême qui s’est abattue sur les civils tutsi en 1994.

La reine Gicanda, veuve du roi Mutara III Rudahigwa, vivait à Butare dans une relative discrétion lorsqu’elle fut assassinée en avril 1994. Son meurtre s’inscrit dans les premiers jours de l’extension du génocide dans le sud du pays.

La dernière reine du Rwanda, Rosalie Gicanda, veuve du roi Mutara III Rudahigwa, assassinée à Butare

Dans une publication diffusée sur son compte X, le Ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Jean Damascène Bizimana, rappelle avec insistance que “le génocide commis contre les Tutsi était un crime d’État, planifié par le régime Habyarimana et méticuleusement exécuté par son successeur, le Dr Théodore Sindikubwabo, son gouvernement, son armée et ses milices”.

Le ministre souligne également le rôle de déploiement administratif du pouvoir central, qui a envoyé des responsables gouvernementaux dans les préfectures afin de superviser, coordonner et accélérer les massacres. Cette stratégie de “dispatch” institutionnel illustre la structuration étatique du génocide, loin de toute logique de débordement spontané.

Trois jours parmi les plus meurtriers du génocide (20–23 avril 1994)

La date du 20 avril 1994 rappelle également les trois journées particulièrement meurtrières du 20 au 23 avril 1994, considérées comme parmi les plus sanglantes du génocide contre les Tutsi. Le 21 avril 1994, à lui seul, plus de 250 000 Tutsi ont été tués dans plusieurs localités, notamment à Kinazi, Butare-ville, Karama, Cyanika, Murambi et Kaduha, entre autres sites.

À partir du 18 avril 1994, l’expansion du génocide dans les préfectures du sud et de l’ouest du pays a été une stratégie délibérée du gouvernement génocidaire visant à éliminer les résistances encore observées à Gitarama, Butare, Gikongoro et Kibuye. Cette coordination administrative et politique démontre le rôle central de l’appareil d’État dans l’organisation et la diffusion des massacres.

Cyangugu: extermination rapide et quasi totale

La préfecture de Cyangugu a été parmi celles où le génocide a débuté très tôt, dès le 7 avril 1994, notamment à Kamembe, Mururu, Kibogora, Nyamasheke, Mwezi, Hanika, Gihundwe, Bugarama, Mushaka, Nyabitimbo, Nkanka, Shagasha, Gisakura, Bushenge, Ntendezi et d’autres localités.

La quasi-totalité des Tutsi de cette préfecture ont été exterminés entre le 7 et le 12 avril 1994, à l’exception de rares survivants dans certains sites comme Mibilizi et Nyarushishi. Cette rapidité d’exécution témoigne d’une organisation préalable et d’une mobilisation locale structurée.

Butare: une mobilisation gouvernementale centrale

À partir du 18 avril 1994, une large mobilisation du gouvernement génocidaire dirigé par le Dr Théodore Sindikubwabo, alors president de la République, et le Premier ministre Jean Kambanda est organisée. Ils se rendent à Butare et Gikongoro pour lancer un appel général au génocide.

Le président Sindikubwabo démet le préfet de Butare, le Dr Jean Baptiste Habyarimana, le 19 avril 1994, ce dernier ayant tenté de s’opposer aux massacres. Il est remplacé par Sylvain Nsabimana, un extrémiste hutu qui supervise activement les tueries.

Des membres du gouvernement et responsables politiques sont déployés à Butare, notamment Pauline Nyiramasuhuko, Callixte Kalimanzira, Straton Nsabumukunzi, ainsi que des parlementaires comme Laurent Baravuga et Bernadette Mukarurangwa. Ces acteurs mobilisent les bourgmestres, à l’exception de rares résistants comme Jean Marie Vianney Gisagara et Narcisse Nyagasaza, exécutés publiquement.

Des responsables militaires et gendarmes, dont le colonel Alphonse Nteziryayo, le lieutenant-colonel Tharcisse Muvunyi, le capitaine Ildephonse Nizeyimana, ainsi que d’autres officiers, participent activement aux massacres. Plusieurs d’entre eux ont été condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ou par la justice nationale rwandaise.

Gitarama : administration locale et propagande

Dans la préfecture de Gitarama, la mise en œuvre du génocide est confiée à Callixte Nzabonimana, assisté de Major Jean Damascène Ukurikiyeyezu. Shingiro Mbonyumutwa, proche du Premier ministre, installe des barrières de tri et participe activement à la coordination des tueries.

Une campagne médiatique de propagande est également menée via des médias extrémistes, notamment Radio Rwanda, qui cesse de jouer son rôle de service public pour devenir un outil d’incitation au génocide. Le préfet Fidèle Uwizeye, initialement favorable à la paix, est remplacé et échappe de peu à la mort.

Kibuye : implication directe de ministres

La préfecture de Kibuye reçoit une attention particulière du gouvernement génocidaire. Des ministres sont déployés pour assister le préfet Clément Kayishema, notamment Edouard Karemera, Agnès Ntamabyaliro, Emmanuel Ndindabahizi et Eliézer Niyitegeka.

Ces responsables participent à l’organisation des massacres dans des lieux de massacres majeurs tels que Bisesero, Mugonero, Stade Gatwaro, Nyamishaba et d’autres sites. Plusieurs d’entre eux ont été condamnés à des peines lourdes par le TPIR et sont décédés en détention.

Gikongoro: coordination administrative et militaire

À Gikongoro, le colonel Aloys Simba est envoyé pour soutenir le préfet Laurent Bucyibaruta et le capitaine Faustin Sebuhura. Ils sont appuyés par des sous-préfets et responsables administratifs locaux, ainsi que des dirigeants d’entreprises publiques et privées.

Ce réseau coordonné participe à l’organisation systématique des massacres dans toute la préfecture. Plusieurs responsables ont été condamnés par différentes juridictions internationales et nationales, tandis que d’autres restent fugitifs.

Selon le ministre Bizimana, le génocide commis contre les Tutsi est présenté comme un crime d’État, planifié par le régime de Juvénal Habyarimana et exécuté avec une organisation administrative et militaire structurée sous le gouvernement de son successeur Dr Théodore Sindikubwabo. L’ensemble de l’appareil étatique — gouvernement, armée, administration locale et milices — a été mobilisé dans la mise en œuvre du génocide.

Le génocide n’a été arrêté que par l’intervention du Front Patriotique Rwandais (FPR). La mémoire des victimes demeure un impératif moral et politique.

“Plus jamais ça”, conclut le ministre Bizimana.

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

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