Génocide perpétré contre les Tutsi : Un génocide qui pouvait pourtant être évité
Un café littéraire a été organisé le samedi 29 mars 2025 à la bibliothèque publique de Kigali, pour une discussion avec Madame Maria Malagardis, journaliste française et auteure du livre Avant la nuit. Cet événement a été rehaussé par la présence de la Première Dame du Rwanda, Madame Jeannette Kagame, du Ministre de l’Unité Nationale et de l’Engagement Civique, Dr Jean Damascène Bizimana, des diplomates et d’autres personnalités, y compris des jeunes.
“Un immense merci d’être cette voix de clarté et de vérité dans une époque où le vacarme assourdissant des fake news, des intérêts politiques biaisés, du racisme et de la barbarie cherche à envahir l’espace médiatique. Merci d’avoir fait de notre histoire la vôtre, et de rappeler la dimension universelle et humaine du genocide,” Madame Jeannette Kagame au sujet de ce livre et son auteure.

Photo de souvenir: SE Jeannette Kagame avec Mme Maria Malagardis (Photo: Imbuto Foundation)
Cette œuvre littéraire, qui couvre la période de novembre 1993 à avril 1994, à la veille du génocide perpétré contre les Tutsi, est un roman contenant plus de réalité que de fiction. En effet, ses protagonistes sont soit des personnages réels sous un autre nom, soit un mélange de personnages inspirés de faits réels.
Le livre débute avec le meurtre de six enfants sur une colline du Rwanda en novembre 1993, période où les casques bleus arrivaient au Rwanda pour une mission de maintien de la paix. Ces derniers avaient alors mené une enquête sur ce crime, laquelle avait été manipulée et révélant déjà un niveau de cruauté sinistre qui caractérisait le régime de l’époque. Quelque chose se préparait. Ce que certains ont appelé la “force des ténèbres” était déjà à l’œuvre.
Avec le souci de retracer, mois après mois, l’engrenage fatal qui a conduit au génocide, le livre relate des événements marquants. Par exemple, en janvier 1994, un couple rwandais accompagné de sa petite fille avait été agressé devant ce qui était alors le CND (le Parlement rwandais de l’époque).
Avant la nuit est un roman qui pointe du doigt l’inaction et les compromissions des puissances étrangères, notamment des diplomates et des Casques bleus.
Tout était connu dès le départ
L’auteure décrit les événements comme un compte à rebours, remontant à novembre 1993. Elle donne l’exemple de janvier 1994, où un personnage du nom de Jean-Pierre se rend auprès d’un représentant de l’ONU pour signaler l’existence de caches d’armes, de miliciens en formation et d’un complot visant à organiser un massacre d’une ampleur inédite.
En février 1994, un rapport des services secrets belges signalait que des casques bleus belges allaient être assassinés, sous prétexte d’empêcher leur intervention lors des massacres qui allaient emporter plus d’un million de vies en seulement 100 jours.
Rien n’a été fait pour stopper cette machine génocidaire, pourtant connue de tous, y compris des chancelleries occidentales et du représentant du Secrétaire Général des Nations Unies à Kigali, le Camerounais Jacques-Roger Booh-Booh. Mais rien ne s’est passé. Les uns étaient paralysés par le cynisme, d’autres par l’impuissance, d’autres encore par la lâcheté. On n’a rien fait, pourtant, ce génocide était évitable.
Un génocide prémédité
Parmi les intervenants à ce café littéraire, le Ministre de l’Unité Nationale et de l’Engagement Civique, Dr Jean Damascène Bizimana, a remercié l’auteure pour son courage dans le récit des faits sur le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.
“Vous avez été une lumière dans les ténèbres, car après le génocide, la France était un milieu très hostile… Il y avait des journalistes qui, sans être ouvertement négationnistes, adoptaient des positions qui tendaient vers le négationnisme. Pouvoir travailler dans ce climat hostile tout en restant fermement attachée à la vérité des faits est une chose importante que nous devons vous reconnaître aujourd’hui. Et dans le même ordre d’idée, un hommage doit être rendu aux autres journalistes français engagés et honnêtes, ainsi qu’aux associations qui ont eu le courage de documenter les faits. Les récentes conclusions de la Commission Duclert viennent confirmer ce travail.”
Faisant référence au titre du roman et à sa dédicace aux enfants massacrés avant avril 1994, Dr Bizimana a souligné que c’est l’espoir du Rwanda qui avait été anéanti, car l’enfant représente l’avenir et le futur d’un pays.
Ce livre met également en lumière les victimes massacrées avant l’extermination totale, un aspect qui souligne la préméditation du crime et montre que le processus génocidaire n’a pas commencé en 1994, mais dès 1990, avec une progression méthodique vers l’extermination.
L’auteure explique également le rôle des médias, en particulier celui de la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), qui, bien qu’ayant commencé comme un média innovant, s’est rapidement transformé en un instrument de propagande extrémiste. L’impunité et la tolérance progressive envers la violence y sont aussi évoquées.

