“Avez-vous déjà oublié les menaces contre Kigali ?” – Tito Rutaremara à Patrick Muyaya
Le débat autour de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) connaît un nouvel épisode. Dans une longue série de publications sur X, l’homme politique rwandais Tito Rutaremara s’en est pris directement à Patrick Muyaya Katembwe, ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, l’accusant d’avoir une “mémoire courte” sur les événements ayant marqué l’escalade militaire à l’est de la RDC.
Les propos de Rutaremara interviennent alors que Patrick Muyaya continue de défendre publiquement la position de Kinshasa, qui accuse le Rwanda de soutenir l’AFC/M23. En juillet 2026, le porte-parole du gouvernement congolais affirmait encore que le futur dialogue national devait notamment permettre de renforcer l’unité des Congolais face à ce que Kinshasa qualifie d’agression rwandaise.
Vous avez oublié les menaces contre Kigali
Dans son fil de 19 publications, Tito Rutaremara interpelle directement Patrick Muyaya et lui demande s’il a oublié les déclarations faites, selon lui, par le président Félix Tshisekedi et des responsables congolais lorsqu’ils évoquaient ouvertement la possibilité d’une offensive contre le Rwanda et d’une prise de Kigali.
Il rwandais affirme que Kinshasa aurait, à l’époque, recherché des conseils auprès de partenaires étrangers avant d’envisager une confrontation directe avec le Rwanda. Selon son récit, certains interlocuteurs auraient mis en garde Félix Tshisekedi contre les conséquences d’une telle aventure militaire.
Rutaremara évoque notamment l’expérience de plusieurs pays africains confrontés à des groupes armés, citant la République centrafricaine et le Mozambique. Il présente l’intervention des forces rwandaises de défence dans ces deux théâtres comme un exemple de l’efficacité militaire du Rwanda, tout en soutenant que Kigali aurait ainsi dissuadé Kinshasa de pousser plus loin ses projets militaires.
De la menace contre Kigali à la bataille de Goma
Le cœur de l’argumentation de Rutaremara porte sur les préparatifs militaires qui, selon lui, avaient précédé les affrontements autour de Goma.
Il affirme que Kinshasa aurait concentré dans la région de Goma d’importants moyens militaires et plusieurs forces alliées ou partenaires, notamment les FARDC, les combattants qualifiés de Wazalendo par les autorités congolaises, des éléments de la SADC, des militaires burundais ainsi que des combattants étrangers.
Selon son récit, l’objectif aurait été de préparer une offensive contre le Rwanda, avec Rubavu comme première cible stratégique.
Rutaremara va jusqu’à évoquer le scénario qu’il prête à Félix Tshisekedi et à ses proches: celui d’une entrée triomphale à Rubavu, suivie d’une célébration symbolique à l’hôtel Serena pour montrer au monde que le territoire rwandais avait été conquis.
Puis Goma est tombée …
C’est à ce moment que Tito Rutaremara situe le tournant de son argumentaire.
Il reproche à Patrick Muyaya d’avoir oublié que l’offensive annoncée contre le Rwanda n’aurait pas produit le résultat escompté et que, dans le même temps, le M23 avait pris le contrôle de Goma.
Rutaremara rappelle également la déroute de plusieurs forces présentes aux côtés des FARDC et affirme que des combattants étrangers auraient été capturés ou contraints au repli.
Le rôle controversé du Burundi
Dans la dernière partie de son fil, Tito Rutaremara revient sur les relations entre Kinshasa et Bujumbura.
Il affirme que Félix Tshisekedi avait sollicité le président burundais et que des jeunes recrutés à Kinshasa auraient été mobilisés dans le cadre de la confrontation avec le Rwanda. Il soutient également que des discours publics auraient encouragé certains jeunes à prendre les armes contre le Rwanda et à chercher à renverser le pouvoir.
La question des Banyamulenge au centre du dernier message
La conclusion du fil est dirigée vers une autre déclaration récente de Patrick Muyaya.
En février 2026, le porte-parole du gouvernement congolais avait explicitement déclaré que les crimes attribués au M23/AFC ne devaient pas être imputés à l’ensemble de la communauté banyamulenge.
Rutaremara reproche néanmoins à Muyaya de vouloir aujourd’hui se présenter comme un acteur de médiation tout en oubliant, selon lui, les positions et les initiatives prises par Kinshasa au cours des différentes phases de la crise.
À Kinshasa, Patrick Muyaya continue de défendre une lecture selon laquelle la RDC fait face à une agression rwandaise.
Le Rwanda conteste cette lecture et met régulièrement en avant les menaces qu’il estime avoir pesé sur leur pays, ainsi que la présence des FDLR dans l’est de la RDC.
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