Procès Victoire Ingabire: le parquet détaille ses accusations sur les liens avec P5 et un projet présumé de déstabilisation
Le procès de Victoire Ingabire et de ses coaccusés s’est poursuivi lundi 21 septembre devant la Haute Cour à Kigali. Le parquet a présenté des enregistrements audio et des documents écrits qu’il considère comme des éléments établissant des liens entre l’accusée, l’ancienne formation politique FDU-Inkingi et la coalition P5, ainsi que l’existence présumée de projets visant à déstabiliser le gouvernement.
La Haute Cour à Kigali a poursuivi lundi l’audience au fond dans l’affaire impliquant Victoire Ingabire et huit coaccusés. Au cours de cette séance, le ministère public a commencé à exposer de manière détaillée les éléments sur lesquels il fonde ses accusations.
Ingabire fait face à plusieurs chefs d’accusation, notamment la formation ou l’adhésion à une organisation criminelle, la conspiration en vue de commettre des infractions contre le gouvernement, l’incitation aux troubles, l’organisation ou la participation à des manifestations illégales ainsi que la diffusion d’informations considérées comme nuisibles.
Le parquet évoque les liens entre FDU-Inkingi et P5
Une partie importante de l’audience a porté sur les liens présumés entre FDU-Inkingi, ancienne formation politique d’Ingabire, et la coalition P5, que le parquet qualifie d’organisation terroriste.
Selon le ministère public, Victoire Ingabire aurait participé à la formation et à la direction de P5 et FDU-Inkingi en aurait fait partie. Pour étayer cette thèse, les procureurs ont notamment fait référence à des décisions rendues dans des affaires antérieures concernant des personnes condamnées pour leur implication présumée dans P5.
Le parquet s’est également appuyé sur les déclarations de personnes présentées comme d’anciens combattants de P5 capturés en République démocratique du Congo, parmi lesquels Fred Kananura. Selon l’accusation, ces témoignages font état de liens entre des combattants de P5 et des membres de FDU-Inkingi.
Le ministère public a par ailleurs soutenu qu’après l’intensification de l’attention portée aux activités liées à P5 en 2019, FDU-Inkingi avait été remplacée par DALFA-Umurinzi, formation fondée par Ingabire. Pour le parquet, ce changement de dénomination ne constituait pas une rupture complète avec l’ancienne organisation.
Un témoin aurait notamment indiqué que certaines personnes ayant auparavant appartenu à FDU-Inkingi avaient ensuite rejoint DALFA-Umurinzi.
Le parquet a également évoqué un système présumé de soutien financier mensuel aux membres de FDU-Inkingi, ainsi que l’utilisation de fonds provenant de membres établis à l’étranger pour financer certaines activités.
Des manifestations et un projet présumé de renversement du gouvernement
L’accusation a ensuite présenté des éléments relatifs à des projets présumés de mobilisation de la population à travers des manifestations et d’autres formes d’action politique.
Le parquet a cité le témoignage de Gaston Munyabugingo, qui aurait déclaré aux enquêteurs qu’Ingabire avait évoqué la mobilisation d’environ 5 000 personnes pour une manifestation.
Selon l’accusation, cette mobilisation s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à exercer une pression sur le gouvernement. Le parquet a également présenté des éléments faisant état de discussions portant à la fois sur des moyens non violents et sur le recours éventuel à la violence pour atteindre certains objectifs politiques.
Les procureurs ont notamment évoqué un document qui aurait été retrouvé dans le téléphone d’Ingabire. Celui-ci contiendrait les noms de 79 personnes qui, selon le parquet, étaient appelées à occuper des fonctions dans une administration projetée en cas de réussite du plan présumé de renversement du gouvernement.
Un document attribué à tort à la Ville de Kigali
Les débats ont également porté sur un document que le parquet affirme avoir été préparé sur l’ordinateur d’Ingabire et présenté comme provenant de la Ville de Kigali.
Daté du 13 mai 2020, le document concernait, selon l’accusation, l’assistance destinée aux habitants affectés par la pandémie de Covid-19 et bénéficiant d’une aide alimentaire.
Le parquet affirme que ce document avait été faussement attribué aux autorités de la Ville de Kigali dans le but de tromper les habitants et de créer de la confusion et des troubles en donnant l’impression que les informations provenaient officiellement de la Ville de Kigali..
Des formations et des financements présumés
Le ministère public a enfin présenté des éléments relatifs à des séances de formation auxquelles auraient participé des membres de DALFA-Umurinzi.
Les procureurs ont notamment évoqué des échanges effectués sur des plateformes de communication chiffrées, où certains participants auraient utilisé des noms de code.
Selon l’accusation, ces formations auraient servi à organiser les membres et à les préparer à des activités visant à contester le gouvernement.
La présentation du parquet doit se poursuivre mardi 22 septembre, avec l’examen d’autres chefs d’accusation.
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