Réunion conjointe du gouvernement central et local: Paul Kagame dénonce les erreurs répétées et exige des résultats concrets au service des citoyens
Par Anastase Rwabuneza
À Gako, le Chef de l’État a livré un message sans concession aux dirigeants publics. Entre critique des mauvaises pratiques, appel à la responsabilité et exigence de résultats, Paul Kagame a placé la redevabilité et l’efficacité au cœur de l’action publique.
Après une matinée consacrée à deux panels sur “la mise en œuvre coordonnée au service de la croissance” et “bâtir des communautés plus fortes”, la séance de l’après-midi du 23 mars 2026 a été dominé par une séquence très attendue: le message du Président de la République, suivi d’un échange direct avec les responsables des administrations centrale et locale, ainsi que des représentants du secteur privé.
Dans une discours ferme et sans détour, Paul Kagame a lancé un avertissement: la gouvernance publique ne peut plus tolérer les erreurs répétitives, la mauvaise planification et le manque de redevabilité.
Répéter les mêmes erreurs n’est plus une faute, c’est devenu une habitude
Le Chef de l’État a questionné la pertinence des discussions récurrentes sur les mêmes problématiques.
“Si ce que nous discutons aujourd’hui a déjà été discuté une, deux ou trois fois, alors il y a un problème plus profonde”, a-t-il déclaré.
Reconnaissant que l’erreur est humaine, il a toutefois dénoncé une dérive inquiétante: la répétition des mêmes défaillances par une même personne.
“Lorsqu’une erreur est répétée encore et encore, elle cesse d’être une erreur. Elle devient une habitude, voire une culture.”
Pour le Président, cette situation traduit soit une défaillance individuelle, soit un dysfonctionnement systémique. Une interrogation centrale s’impose alors: pourquoi les mêmes problèmes persistent-ils malgré le renouvellement des responsables ?
Mauvaise planification et déficit de coordination: les racines de l’inefficacité
Au cœur de son discours, le président Kagame a identifié deux failles majeures: la planification déconnectée de l’exécution et le manque de coordination entre institutions.
“On ne peut pas planifier sans relier cette planification aux actions concrètes nécessaires à sa mise en œuvre. Sans cela, on n’obtient aucun résultat ou alors à un coût excessif”
Pour illustrer ses propos, il a évoqué un projet structurant dans la région de Muvumba dans la province de l’Est, censé combiner irrigation agricole et distribution d’eau potable à la population de la circonscription. Or, seule la composante irrigation a été mise en œuvre, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations.
Ce cas, reconnu par les autorités provinciales, met en lumière une faiblesse structurelle l’incapacité à assurer un suivi intégral des projets.
“Comment peut-on suivre une partie d’un projet et en oublier une autre, alors que les deux sont essentielles?”, a-t-il interrogé.
Au-delà des aspects techniques, le Président a dénoncé des comportements qu’il qualifie de “mauvaises habitudes”: négligence, manque d’engagement et arrogance. Pour lui, la fonction de dirigeant implique une responsabilité totale.
“Si vous ne pouvez pas assumer vos responsabilités, Partez pour faire autre chose, car vous ne pouvez pas occuper un poste de leadership et ne pas agir.”
Services publics: des défaillances aux conséquences dramatiques
Le Chef de l’État a illustré l’impact concret de la mauvaise gouvernance à travers un cas survenu dans le district de Karongi où une femme est décédée après avoir été privée de soins médicaux en raison d’un problème administratif lié à la mutuelle de santé.
“C’est un acte criminal”, a-t-il tranché, soulignant qu’aucune formalité ne doit primer sur la sauvegarde d’une vie humaine.
Ce drame met en évidence les failles du système de prestation de services, déjà pointées par le Premier ministre. Selon les données de l’Office rwandais de gouvernance (RGB), la satisfaction des services publics est en baisse, passant de 78,2 % en 2023 à 71,7 % en 2025.
Un appel à une gouvernance axée sur les résultats
Face à ces constats, Paul Kagame a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes d’exécution et de suivi des décisions.
Il a notamment regretté l’absence d’indicateurs clairs de mise en œuvre dans les engagements pris par les dirigeants.
“Je n’ai pas entendu comment vous allez assurer le suivi des décisions prises ici”, a-t-il déploré, en réaction à la présentation qui venait de lui être faite au sujet des résolutions de cette réunion
Pour le président, organiser des réunions ne suffit pas: il faut des responsables identifiés, des objectifs mesurables et une obligation de résultats.
Proximité avec les citoyens et redevabilité directe
Le Président a également exhorté les dirigeants locaux à être davantage à l’écoute des populations. Il a dénoncé le fait que certains responsables ignorent des problèmes pourtant visibles, parfois signalés sur les réseaux sociaux.
“Comment pouvez-vous ne pas savoir ce qui se passe dans vos propres localités ?”, a-t-il interrogé.
Il a insisté sur la nécessité de suivre de près les préoccupations des citoyens, de les résoudre rapidement, ou à défaut, de céder la place à d’autres.
Le discours du Chef de l’État a clos son message en rappelant que le Rwanda doit rompre avec une culture de répétition des erreurs et entrer dans une logique de performance, de discipline et de responsabilité.
Son message: Passer d’une gouvernance déclarative à une gouvernance de résultats, où chaque décision se traduit par une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens.



