Vienne: le ministre Nduhungirehe alerte sur la montée de l’idéologie du génocide à l’ère du numérique
Face à la résurgence et à la transformation des discours négationnistes, le chef de la diplomatie rwandaise appelle la communauté internationale à agir sans délai, mettant en garde contre les risques d’une répétition des tragédies passées.
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a lance, lundi le 23 mars 2026, un avertissement solennel à la communauté internationale sur l’évolution préoccupante de l’idéologie du génocide, désormais amplifiée par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.
S’exprimant lors de la conférence internationale avec pour theme “Tirer les leçons du passé, façonner l’avenir: mémoire, réconciliation et reintegration” organisée à l’Académie diplomatique de Vienne, le chef de la diplomatie rwandaise a insisté sur la nécessité d’une vigilance accrue face aux nouvelles formes de négationnisme et de manipulation de l’histoire.
Dans son intervention, Olivier Nduhungirehe a souligné que l’idéologie du génocide, loin de disparaître, connaît aujourd’hui une transformation profonde.
“Nous vivons à une époque où l’idéologie du génocide, le déni et la distorsion non seulement persistent, mais évoluent”, a-t-il déclaré.
Selon lui, ces discours se diffusent désormais à une vitesse sans précédent, franchissant les frontières grâce aux plateformes numériques et aux technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle.
S’il reconnaît le potentiel de ces outils pour le progrès, il met en garde contre leur instrumentalisation: “Ces technologies, bien qu’utiles, sont de plus en plus détournées pour manipuler les récits, alimenter les divisions et obscurcir la vérité.”
L’est de la RDC, un signal d’alerte préoccupant
Le ministre a également attiré l’attention sur la situation sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo, qu’il considère comme un exemple concret des dangers liés à l’inaction internationale.
Il a dénoncé les violences ciblant les communautés tutsies, notamment les Banyamulenge, pointant du doigt l’implication de plusieurs acteurs armés, dont les FDLR, groupe fondé par des responsables du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.
“Des idéologies extrémistes visant les communautés tutsies continuent d’alimenter la violence, les persécutions et les déplacements”, a-t-il affirmé.
Face à ces signaux alarmants, Olivier Nduhungirehe a appelé à une prise de conscience urgente, rappelant les conséquences tragiques de l’inaction par le passé.
“Le silence face à ces signaux d’alerte équivaut à une forme de complicité”, a-t-il averti.
Faisant référence au Génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994, il a insisté sur la nécessité d’éviter toute répétition de l’histoire : “Nous ne pouvons pas nous permettre, en tant que communauté internationale, de répéter les erreurs de 1994.”
Le ministre a également relevé que le négationnisme et la distorsion du génocide trouvent aujourd’hui de nouveaux relais dans différentes régions du monde, y compris dans certaines capitales occidentales.
Cette tendance, selon lui, exige une réponse structurée et coordonnée, reposant sur le renforcement des cadres juridiques, l’intensification des programmes éducatifs et une plus grande redevabilité des acteurs impliqués.
Organisée en partenariat avec le ministère autrichien des Affaires étrangères et l’organisation Austrian Service Abroad, la conférence a réuni des délégations venues de l’Europe pour réfléchir aux enseignements du passé et à leur pertinence face aux défis contemporains.

