“Le génocide commence par des idées” : Le ministre Bizimana alerte sur la résurgence de l’idéologie génocidaire dans la région
Ce 8 avril 2026, l’Intare Conference Arena accueille une conférence internationale sur la prévention du génocide, organisée dans le cadre de la 32e commémoration du génocide contre les Tutsi au Rwanda et du 30e anniversaire d’IBUKA, l’association des rescapés.
L’événement a réuni des centaines de participants, parmi lesquels de hauts responsables gouvernementaux, des membres du corps diplomatique, des chercheurs, des universitaires, des survivants ainsi que des amis du Rwanda. La Première Dame, Jeannette Kagame, y prend part, marquant l’importance accordée à la mémoire et à la prévention.

La conférence vise à renforcer l’engagement mondial contre l’idéologie du génocide et le négationnisme, tout en consolidant le rôle central de la société civile, en particulier des organisations de survivants, dans la préservation de la mémoire, la transmission de la vérité et l’éducation.
Cette conférence internationale se veut ainsi une plateforme scientifique de réflexion sur le génocide, visant à analyser les mécanismes de sa résurgence, notamment dans la région des Grands Lacs, et à proposer des réponses concrètes.
Une alerte sur la persistance de l’idéologie génocidaire
Dans son allocution d’ouverture, le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean-Damascène Bizimana, a mis en garde contre la persistance de l’idéologie du génocide, qu’il accuse d’être aujourd’hui soutenue et relayée ouvertement par certains dirigeants de la République démocratique du Congo.
Il a dénoncé l’indifférence du continent africain face à l’obligation de réprimer le crime de génocide, affirmant que, depuis 32 ans, aucun État africain n’a jugé sur son territoire un seul auteur du génocide contre les Tutsi, malgré les nombreux mandats d’arrêt internationaux émis par le Rwanda.
Le ministre a également souligné la singularité du génocide contre les Tutsi, qu’il qualifie de dernier crime majeur ayant marqué la fin du XXe siècle, et le seul de cette ampleur sur le continent africain.
Dans une approche qu’il a voulue scientifique, Dr Bizimana a rappelé que le Tribunal pénal international pour le Rwanda a qualifié ce génocide de “fait international de notoriété publique”, ce qui implique pour les États une obligation de prévention, de coopération et de lutte contre le négationnisme.
Il a par ailleurs évoqué la participation de femmes dans la planification et l’exécution du génocide, citant notamment l’exemple de Pauline Nyiramasuhuko, ancienne ministre de la Famille, pour illustrer ce qu’il a décrit comme une “sanglante réalité”.
Indifférence, négationnisme et montée des discours de haine
Le ministre a dénoncé une “autre faillite”: l’absence de poursuites judiciaires contre les génocidaires présents dans plusieurs pays africains, malgré leur identification.
Il a également mis en garde contre un regain du négationnisme et une expansion de l’idéologie génocidaire, amplifiés par les réseaux sociaux.
Évoquant la situation actuelle, il a accusé certains responsables congolais de tenir des propos relevant du négationnisme, citant notamment le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Il a comparé les Forces démocratiques de libération du Rwanda à des “néonazis africains”, dénonçant leur rôle dans la propagation de cette idéologie.
Selon lui, les dynamiques observées aujourd’hui en RDC présentent des similitudes inquiétantes avec celles du Rwanda entre 1990 et 1994. Il s’est interrogé sur l’inaction internationale, malgré l’existence d’un arsenal juridique solide mis en place notamment à l’échelle de l’Organisation des Nations unies.
Le génocide commence par des idées
Intervenant également lors de la conférence, Dani Dayan, président du Yad Vashem, a insisté sur la dimension préventive de la mémoire.
“Le génocide ne commence pas par les massacres, mais par des idées meurtrières”, a-t-il déclaré, soulignant que la tragédie rwandaise réside autant dans les actes commis que dans l’inaction qui les a précédés.
Il a appelé à traduire le devoir de mémoire en courage politique afin qu’aucun peuple ne soit à nouveau abandonné face à la haine.
Échec de la communauté internationale
De son côté, le conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la prévention du génocide, Chaloka Beyani, a reconnu l’échec de la communauté internationale en 1994.
Il a rappelé que le génocide est un crime visant à détruire un groupe en raison de son identité et qu’il ne peut se produire sans défaillance ou complicité des États. “C’est un processus qui prend du temps à être planifié et exécuté, ce qui offre une opportunité de prévention”, a-t-il expliqué.
Selon lui, en 1994, des informations crédibles avaient été transmises à l’ONU, à l’Union africaine et à des puissances internationales capables d’intervenir. Pourtant, malgré ces alertes, aucune action décisive n’a été entreprise pour empêcher le génocide.
Il a toutefois insisté sur le fait que le génocide peut être évité lorsqu’il existe une volonté politique réelle.


