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Kwibuka 32: Un hommage aux journalistes victimes du génocide perpétre contre les Tutsi

Kwibuka 32: Un hommage aux journalistes victimes du génocide perpétre contre les Tutsi

À l’occasion de la 32e commémoration des journalistes tués lors du génocide contre les Tutsi, responsables publics, rescapés et professionnels des médias ont rendu hommage aux victimes, tout en appelant à une pratique journalistique éthique au service de l’unité nationale.

Intervenant devant des professionnels des médias et des participants à la commémoration, le ministre Bizimana a rappelé que la presse rwandaise est née dans un contexte fortement politisé, étroitement lié à l’émergence des partis politiques.

Selon lui, plusieurs journaux de l’époque reflétaient les idéologies partisanes, à l’image de Ijwi rya Rubanda rugufi proche de l’APROSOMA ou encore Jyambere, associé au PARMEHUTU, qui a contribué à diffuser des discours extrémistes, notamment l’idée de “gutsemba” (exterminer).

Quatre types de médias aux rôles ambigus

Le ministre a classé les médias de cette période en quatre catégories principales : les médias d’État, engagés dans la propagande génocidaire; les médias dits indépendants mais souvent alignés sur le pouvoir; les médias d’opposition; et enfin ceux qui prétendaient promouvoir la paix tout en véhiculant des discours hostiles aux Tutsi et au FPR-Inkotanyi.

Certains titres de presse ont particulièrement marqué cette dérive, comme Isibo, qui publiait dès 1991 des messages appelant à la haine, ou encore Kinyamateka, qui, selon Bizimana, a fini par relayer des discours incitant ouvertement à la violence.

Le ministre a également évoqué l’usage d’un langage déshumanisant dans les médias, avec des termes comme «Inyenzi (cafard.)» ou «inyangarwanda», utilisés pour désigner les Tutsi et justifier leur exclusion et leur élimination.

Au cœur de cette propagande figurait la tristement célèbre Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), dont la création reposait sur plusieurs structures organisées, allant du comité d’initiative aux commissions techniques et de mobilisation.

Le ministre a cité plusieurs figures condamnées par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, notamment Ferdinand Nahimana, Jean-Bosco Barayagwiza et Hassan Ngeze, ce dernier étant fondateur du journal Kangura.

“Ces affaires montrent comment les médias de la haine ont contribué directement à la préparation et à l’exécution du génocide “, a-t-il souligné.

Il a également mentionné d’autres acteurs ayant reconnu leur responsabilité, comme Joseph Serugendo, qui a présenté des excuses, ou Georges Ruggiu.

Le ministre Bizimana, s’est appuyé sur plusieurs articles publiés dans différents médias rwandais ayant existé avant le génocide perpétré contre les Tutsi pour contredire Jean-Luc Habyarimana, fils de Juvénal Habyarimana, ainsi que d’autres personnalités qui affirment que ce génocide n’aurait pas été planifié.

Le ministre a notamment rappelé que des médias tels que Radio Rwanda, alors sous contrôle de l’État, et le journal Imvaho faisaient partie du système officiel de l’époque, et il a questionné la cohérence de ces discours en soulignant, à travers ces archives de presse, les éléments démontrant la préparation du génocide.

Une leçon pour les médias d’aujourd’hui

Tirant les enseignements de cette histoire, le ministre Bizimana a insisté sur la responsabilité particulière des journalistes dans un pays marqué par un génocide. “La parole peut détruire, tout comme l’écrit”, a-t-il rappelé.

Il a averti qu’aucun journaliste rwandais ne peut exercer son métier comme si le pays n’avait pas connu une telle tragédie. La Constitution elle-même, a-t-il souligné, impose le devoir de mémoire et la lutte contre l’idéologie du génocide.

Enfin, il a appelé à se souvenir de figures comme l’ancien ministre de l’information, Faustin Rucogoza, symbole d’intégrité, tout en invitant les professionnels des médias à s’engager résolument pour une information responsable, au service de la vérité, de l’unité et de la prévention des violences.

Ibuka insiste sur la mémoire et l’unité nationale

Prenant la parole, le président d’Ibuka, Philbert Gakwenzire, a rappelé que la période de Kwibuka, qui s’étend sur 100 jours, constitue un moment essentiel de recueillement et d’analyse.

“Ce parcours de cent jours permet de réconforter les familles endeuillées et d’analyser les conséquences du génocide ainsi que les moyens d’y faire face”, a-t-il déclaré.

Il a insisté sur la nécessité pour tous les Rwandais de rejeter activement l’idéologie génocidaire, ainsi que toute tentative de négation ou de banalisation du génocide contre les Tutsi.

Selon lui, Kwibuka joue un rôle fondamental dans le renforcement de l’unité nationale, en rassemblant survivants, anciens auteurs, témoins et jeunes générations autour d’une mémoire partagée. “Kwibuka est le socle de l’unité des Rwandais”, a-t-il affirmé.

De son côté, le président de l’Association rwandaise des journalistes, Dan Ngabonziza, a lancé un appel fort à la responsabilité professionnelle.

“L’histoire tragique de notre pays montre qu’un mot ou une plume peuvent construire ou détruire”, a-t-il déclaré.

Il a exhorté les journalistes à éviter toute propagation de discours de haine et à contribuer activement à la promotion de l’unité nationale.

Le témoignage poignant de Diane Uwadede Isimbi

Moment fort de la cérémonie, le témoignage de Diane Uwadede Isimbi a profondément marqué l’assistance.

Fille du journaliste Vincent Shabakaka, fondateur du journal Kiberinka, elle a retracé le parcours de son père, l’un des près 50 journalistes tués durant le génocide.

Elle a expliqué que, durant la période 1990-1994, son père faisait partie d’un petit groupe de journalistes engagés qui utilisaient leur métier pour dénoncer les discriminations et informer la population sur la guerre de libération.

“Il a contribué à lutter contre la discrimination à travers le journalisme. Mais ce n’était pas facile pour lui”, a-t-elle confié.

Son travail l’obligeait souvent à se cacher pendant plusieurs jours, laissant sa famille dans l’angoisse. Elle se souvient notamment des descentes violentes des forces de sécurité à leur domicile après certaines publications.

Malgré les menaces, Vincent Shabakaka a poursuivi son engagement, se rendant notamment dans les zones contrôlées par le FPR-Inkotanyi et couvrant les négociations de paix d’Arusha. Il réalisait également des documentaires pour sensibiliser et promouvoir l’unité. “Il utilisait le journalisme comme un outil de lutte”, a-t-elle résumé.

Le 6 avril 1994, il a envoyé ses enfants chez leur grand-mère à Rwamagana, une décision qui leur sauvera la vie. Trois jours plus tard, le 9 avril, il est assassiné à Nyamirambo.

Aujourd’hui, Diane Uwadede Isimbi affirme avoir reconstruit sa vie: “J’ai survécu, j’ai étudié. Je suis aujourd’hui juriste, titulaire d’un master en droit des affaires, je travaille dans une banque et je suis mariée.”

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

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