Génocide contre les Tutsi: Tito Rutaremara ouvre un débat sur Dieu, le mal et la responsabilité humaine
Le président de Rwanda Elders Advisory Forum (REAF), l’honorable Tito Rutaremara, a relancé un débat aussi sensible qu’universel sur la responsabilité humaine et la place de Dieu face aux tragédies de l’histoire. Dans une publication diffusée sur son compte X, il revient sur une question posée par un enfant à sa mère survivante du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Selon Tito Rutaremara, cette réflexion est née à la suite d’une conférence qu’il a récemment animée devant des responsables religieux sur l’histoire des divisions qui ont conduit au génocide contre les Tutsi. Au cours des échanges, il a évoqué une question qui, dit-il, a suscité de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux.
L’enfant, âgé de 12 ans, aurait interrogé sa mère en ces termes: “Tu me dis souvent que Dieu t’a sauvée des tueurs pendant le génocide. Pourquoi alors n’a-t-il pas sauvé mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et mes cousins ?”
La mère lui aurait répondu: “Parce que Dieu l’a voulu ainsi.”
Pour Tito Rutaremara, cette réponse soulève une interrogation profonde. Il rappelle que les croyants attribuent généralement à Dieu un amour infini, une puissance infinie et une connaissance infinie. Ils considèrent également que Dieu est juste, impartial et qu’il n’abandonne personne.
Partant de ces principes, le président du REAF propose une lecture fondée sur la logique et la philosophie. Selon lui, Dieu a donné aux êtres humains la liberté de choisir entre le bien et le mal.
“Les tueurs ont choisi le mal en commettant le génocide contre les Tutsi. Les Inkotanyi, eux, ont choisi le bien en décidant de sauver les personnes qui étaient traquées et assassinées”, écrit-il.
Tito Rutaremara souligne toutefois que mettre fin au génocide n’a pas été une tâche aisée. Il rappelle que les combattants du FPR-Inkotanyi ont dû mener une lutte difficile durant cent jours pour arrêter les massacres et sauver les survivants.
À la lumière de son raisonnement, il conclut que les événements relèvent avant tout des choix humains. “Dans ma logique et dans la philosophie que j’ai étudiée, j’arrive à la conclusion que Dieu n’est pas intervenu dans ces actes. Ce qu’il a donné aux hommes, c’est la liberté de choisir entre le bien et le mal”, affirme-t-il.
L’honorable Tito Rutaremara reconnaît néanmoins que cette analyse peut différer de l’approche théologique. Il lance ainsi un appel aux spécialistes des sciences religieuses afin qu’ils apportent leur éclairage sur cette question.
“Ceux qui ont étudié la théologie comprennent peut-être cela autrement que moi. Qu’ils nous expliquent comment Dieu intervient dans de tels événements et qu’ils nous aident à répondre à la question de cet enfant”, écrit-il.
Par cette interpellation, l’honorable Rutaremara ouvre un débat qui dépasse le cadre du Rwanda. Celui-ci touche à l’une des questions les plus anciennes de la philosophie et de la théologie: comment concilier l’existence du mal, la liberté humaine et la croyance en un Dieu tout-puissant face aux tragédies qui marquent l’histoire de l’humanité.

