À Kigali, l’Afrique veut changer de logiciel: du panafricanisme au méta-panafricanisme
Kigali est devenue, ce mardi 25 août 2026, le théâtre d’une réflexion de fond sur l’avenir du continent africain. Réunis au Kigali Convention Centre à l’occasion de l’Africa Mindset Reset Forum, dirigeants, anciens chefs d’État, responsables institutionnels, universitaires, entrepreneurs et jeunes leaders venus d’Afrique cherchent à répondre à une question centrale: comment l’Afrique peut-elle passer du panafricanisme historique à une nouvelle étape fondée sur l’action, l’intégration et la responsabilité collective?
Organisé sur deux jours autour du thème “Du panafricanisme au méta-panafricanisme”, le forum rassemble une forte majorité de jeunes et de leaders émergents. Plus de 6 000 personnes se sont enregistrées depuis 74 pays, tandis que des participants suivent également les échanges en ligne depuis des villes africaines, notamment Rabat, Abuja, Nairobi et Harare.
Dès l’ouverture, le ton est donné par Francis Gatare, président de l’African School of Governance (ASG), institution cofondatrice du forum. Dans son discours de bienvenue, il insiste sur la nécessité pour les Africains de modifier leur manière de penser avant même de prétendre transformer leurs institutions et leurs économies.
“L’Afrique ne manque ni de ressources ni de talents. Ce dont elle a besoin, c’est du bon état d’esprit”, souligne-t-il en substance.
Pour Francis Gatare, le changement commence par un abandon de la “mentalité de pénurie”, cette perception selon laquelle les ressources, les opportunités et la réussite seraient limitées et que le gain de l’un constituerait nécessairement la perte de l’autre. À cette logique, il oppose une “mentalité d’abondance”, fondée sur la coopération, la complémentarité et la recherche d’un succès collectif.
Il estime également que certaines attitudes doivent être profondément remises en question: la dépendance, la victimisation, la tendance à attendre constamment l’aide extérieure ou encore la conviction que la réussite d’un pays voisin représente une menace.
Dans cette perspective, le méta-panafricanisme est présenté comme une évolution du panafricanisme. Si ce dernier a porté les combats pour la solidarité, la libération et la dignité des peuples africains, le nouveau concept entend mettre l’accent sur les comportements, les institutions et les pratiques nécessaires pour construire l’Afrique de demain.
Financer le “reset” africain
Cette réflexion sur les mentalités s’est rapidement prolongée sur le terrain économique. Le président de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah, a consacré son intervention au financement de l’agenda de transformation du continent.
Son message: le “reset” africain doit également être financier et institutionnel. Il appelle notamment à renforcer les mécanismes africains de financement du développement, la souveraineté financière, la coordination institutionnelle et les initiatives destinées à accélérer l’intégration économique.
La mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la concrétisation du Marché unique africain du transport aérien (SAATM), l’ouverture des frontières et des politiques de visas ainsi que la création de mécanismes africains de notation du crédit figurent parmi les pistes évoquées.
Une idée résume cette approche: le changement commence lorsque l’Afrique cesse de se demander ce qui lui manque et commence à s’interroger sur ce qu’elle possède déjà et sur la manière de le transformer en résultats.
Thabo Mbeki: passer du panafricanisme rhétorique au panafricanisme pratique
La keynote de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki vient donner une dimension politique à cette réflexion.
Pour l’ancien dirigeant, le panafricanisme a permis de porter les idéaux de solidarité et de libération. Mais l’étape suivante doit consister à transformer ces idéaux en pratiques concrètes, notamment en matière de gouvernance et de responsabilité.
L’Afrique, estime-t-il, doit passer d’un panafricanisme rhétorique à un panafricanisme pratique, dans lequel les dirigeants sont véritablement comptables de leur action devant les populations.
“L’État existe pour servir le people”, rappelle en substance Mbeki, appelant à abandonner toute conception du pouvoir qui placerait les intérêts personnels ou la conservation du pouvoir au-dessus de cette responsabilité.
L’ancien président sud-africain revient également sur les principaux défis auxquels le continent reste confronté: pauvreté, sous-développement, paix et stabilité, cohésion sociale et culturelle, démocratisation et faiblesse de certaines institutions.
Selon lui, la réponse passe par la construction d’États et d’institutions capables de servir efficacement l’intérêt général, mais aussi par l’innovation, l’intégration régionale et la mobilisation des ressources africaines.
Il appelle notamment à accélérer la mise en œuvre des engagements déjà adoptés par les États africains, qu’il s’agisse des chartes et protocoles sur les droits de l’enfant et des femmes, de la lutte contre la corruption ou encore de la Charte africaine de la jeunesse.
L’intégration économique occupe également une place centrale dans son intervention. Le développement des infrastructures, des transports et des investissements doit accompagner la réalisation des ambitions de l’Agenda 2063 et renforcer la ZLECAf.
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