Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir l’Afrique que nous voulons alors que nous avons tout ce dont nous avons besoin? – S’interroge le Président Kagame
C’est autour d’une question lourde d’enjeux, que quatre figures du continent africain ont engagé, mardi à Kigali, une réflexion approfondie sur l’avenir de l’Afrique: “Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir l’Afrique que nous voulons alors que nous avons tout ce dont nous avons besoin?”
Posée par le président rwandais Paul Kagame, cette interrogation a constitué l’un des moments forts de la session consacrée au passage “du panafricanisme au méta-panafricanisme”, dans le cadre de l’Africa Mindset Reset Forum, organisé au Kigali Convention Centre.
Autour de la table, le président Kagame, cofondateur de l’African School of Governance (ASG), était accompagné de la vice-présidente du Ghana, Jane Naana Opoku-Agyemang, de l’ancien Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, cofondateur et président du conseil d’administration de l’ASG, et de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki.
L’objectif de cette conversation à quatre voix était de dépasser l’idéal historique du panafricanisme pour réfléchir à une nouvelle étape : celle d’une Afrique capable de transformer ses ambitions en actions concrètes, à travers une intégration plus profonde, une gestion souveraine de ses ressources, des institutions efficaces et un leadership orienté vers la prospérité partagée.
Kagame: l’Afrique possède déjà les moyens de son ambition
Prenant la parole, Paul Kagame pose d’emblée le problème sous un angle différent.
Pour le président rwandais, l’Afrique ne peut pas continuer à expliquer ses difficultés uniquement par ce qui lui manque. Le continent dispose d’une population jeune, d’importantes ressources naturelles, de terres, de compétences et d’un potentiel économique considérable.
La véritable question est donc ailleurs: pourquoi ces atouts ne sont-ils pas encore suffisamment transformés en développement, en prospérité et en meilleures conditions de vie pour les populations?
C’est dans ce contexte qu’il formule sa question devenue centrale dans les échanges:
“Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir l’Afrique que nous voulons alors que nous avons tout ce dont nous avons besoin?”
Pour Paul Kagame, la réponse passe nécessairement par un changement de mentalité.
L’Afrique ne pourra pas transformer son environnement en profondeur sans transformer également les comportements de ceux qui la dirigent et de ceux qui y vivent.
Il faut, selon lui, remettre en question certaines habitudes, abandonner les réflexes qui entretiennent la dépendance et surtout parvenir à faire coïncider ce que les dirigeants disent, ce qu’ils font et ce qu’ils souhaitent réellement construire.
La transformation doit également s’appuyer sur la connaissance, la recherche et l’innovation. C’est précisément dans cette perspective qu’il défend la mission de l’African School of Governance, appelée à contribuer à la formation d’une nouvelle génération de dirigeants et à produire les connaissances nécessaires à la transformation des institutions africaines.
Hailemariam: la souveraineté doit aller avec la légitimité
Dans la continuité de Kagame, l’ancien Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn place la question du leadership au cœur du changement recherché.
À ses yeux, le méta-panafricanisme peut être compris comme une traduction plus concrète des ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Mais pour que ces ambitions deviennent réalité, certains pays africains doivent sortir de la stagnation, revoir leurs politiques économiques et renforcer leurs capacités institutionnelles.
Hailemariam insiste particulièrement sur la notion de légitimité.
L’idee est soutenue par Paul Kagame: “La souveraineté nationale est importante, mais elle ne devrait pas devenir un argument permettant d’échapper à la responsabilité. Souveraineté et légitimité doivent avancer ensemble.”
Cette exigence concerne aussi bien les États que le continent dans son ensemble.
Former des dirigeants capables de prendre des décisions, d’assumer leurs responsabilités et de conduire les transformations devient ainsi une priorité.
Car, souligne-t-il en substance, l’Afrique peut investir dans l’agriculture, la santé, l’éducation ou les infrastructures. Mais sans un leadership de qualité, ces investissements risquent de ne pas produire les résultats attendus.
Mbeki: transformer l’idéal panafricain en action
L’ancien président sud-africain Thabo Mbeki apporte à son tour une dimension historique au débat.
Pour lui, le panafricanisme a joué un rôle essentiel dans la solidarité entre les peuples africains et dans les luttes de libération. Mais le continent doit désormais franchir une nouvelle étape.
Il appelle ainsi à passer du panafricanisme rhétorique au panafricanisme pratique.
Cela signifie notamment construire des institutions capables de servir les populations, renforcer la responsabilité des dirigeants et traduire les engagements continentaux en politiques concrètes.
Mbeki rappelle les nombreux défis auxquels l’Afrique reste confrontée: pauvreté, sous-développement, paix et stabilité, cohésion sociale, démocratisation et gouvernance.
La réponse ne peut donc pas être uniquement constituée de déclarations ou de nouvelles promesses. Elle doit passer par des institutions solides, des politiques efficaces, des infrastructures adaptées et une intégration économique accélérée.
Mais pour lui, l’intégration africaine exige aussi un leadership capable de dépasser les divisions régionales, le tribalisme, le sexisme et toutes les formes de fragmentation qui empêchent le continent de construire une véritable unité dans sa diversité.
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