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AfPIF 2026: Kigali au cœur des discussions sur l’avenir de l’interconnexion Internet en Afrique

AfPIF 2026: Kigali au cœur des discussions sur l’avenir de l’interconnexion Internet en Afrique
Le directeur général de RISA Rwanda, Antoine Sebera, estime que les échanges de Kigali doivent déboucher sur des solutions concrètes, Photo: Anastase © La Une

Kigali est devenue, depuis mardi 18 août 2026, un point de convergence pour les acteurs de l’écosystème Internet africain. Au Kigali Marriott Hotel, le 15ᵉ Forum africain sur le peering et l’interconnexion (AfPIF 2026) a officiellement ouvert ses travaux, réunissant des professionnels venus de différents horizons du continent autour d’un même enjeu: “renforcer les infrastructures et l’interconnexion pour construire un Internet africain plus rapide, plus accessible et davantage ancré sur le continent.”

Organisé par l’African IXP Association (AFIX) en partenariat avec Rwanda Internet Community and Technology Alliance (RICTA), le forum se déroule du 18 au 20 août à Kigali. L’AfPIF est une rencontre annuelle de l’industrie Internet lancée en 2010 comme initiative communautaire à but non lucratif. Elle rassemble habituellement plus de 300 participants issus notamment des points d’échange Internet, des centres de données, des opérateurs de réseaux, des fournisseurs de contenus, des régulateurs, des experts techniques et des partenaires au développement.

Kigali, carrefour des acteurs de l’Internet africain

Dès l’ouverture, l’atmosphère était celle d’un grand rendez-vous professionnel. La cérémonie inaugurale a été ponctuée par la visite des stands des exposants, les interventions des différents responsables et des échanges directs entre participants.

Dans les espaces réservés aux exposants, les discussions se poursuivaient autour des solutions technologiques, des infrastructures numériques et des innovations susceptibles d’améliorer la connectivité sur le continent.

Le directeur général de la RISA, Antoine Sebera, visite les stands des exposants. Photo : Anastase © La Une

Dans les salles de conférence, les interventions ont permis de poser les grands enjeux de l’Internet africain, tandis que les rencontres bilatérales et les moments de réseautage ont offert aux participants l’occasion de partager leurs expériences et de rechercher de nouvelles possibilités de collaboration.

Cette dimension communautaire constitue l’une des particularités de l’AfPIF, qui associe conférences, ateliers, échanges techniques, rencontres professionnelles et activités de réseautage.

Construire l’Internet africain de demain

Au centre des discussions figurent notamment le développement des points d’échange Internet (IXP), les stratégies de peering et de transit, la livraison de contenus, les centres de données, les infrastructures de câbles sous-marins ainsi que les réseaux dorsaux, métropolitains et ruraux.

Les participants doivent également se pencher sur les politiques et réglementations de l’Internet, les statistiques sur l’écosystème numérique africain, les nouvelles technologies et les moyens de renforcer les compétences locales.

L’objectif est de favoriser davantage d’interconnexions directes entre les réseaux africains afin que les données puissent, autant que possible, être échangées localement plutôt que de transiter par des infrastructures situées en dehors du continent.

Pour Samuel Owusu Yeboah, Group CTO de Csquared, le défi ne réside pas dans l’absence de demande pour les données en Afrique. “À travers l’Afrique, la demande de données n’est pas la contrainte. L’opportunité consiste à construire la fibre, l’énergie et l’interconnexion nécessaires pour suivre cette demande”, a-t-il souligné.

Cette problématique renvoie directement à la nécessité d’investir dans des infrastructures suffisamment robustes pour accompagner l’explosion des usages numériques et la croissance des besoins en données.

Le Rwanda mise sur une connectivité plus large

Prenant la parole lors du forum, le directeur général de RISA Rwanda, Antoine Sebera, s’est félicité de la tenue de cette rencontre à Kigali, estimant que les échanges des prochains jours doivent déboucher sur des solutions concrètes pour améliorer l’accès des populations africaines aux outils et services numériques.

Il a rappelé les progrès réalisés par le Rwanda dans l’extension de la connectivité, aussi bien dans les zones urbaines que rurales, grâce notamment à la fibre optique et aux réseaux mobiles, en collaboration avec les opérateurs de télécommunications.

Le directeur général de RISA Rwanda, Antoine Sebera, estime que les échanges de Kigali doivent déboucher sur des solutions concrètes, Photo: Anastase © La Une

Mais le défi ne se limite plus à connecter les populations.

Le coût des services reste une préoccupation. Antoine Sebera a expliqué que l’accès aux services constituait une première étape et que des discussions étaient menées avec les fournisseurs afin de contribuer à une baisse progressive des prix.

L’objectif est de faire en sorte que l’élargissement de la couverture Internet se traduise également par une utilisation réelle et abordable des services numériques.

L’intelligence artificielle ne doit laisser personne de côté

Dans un contexte marqué par l’essor rapide de l’intelligence artificielle, le directeur général de RISA a également insisté sur la nécessité de renforcer la littératie numérique des populations.

Pour lui, le développement technologique doit aller de pair avec une meilleure sensibilisation des utilisateurs aux services numériques. Il s’agit notamment de veiller à ce que les avancées liées à l’intelligence artificielle ne creusent pas davantage la fracture numérique.

Cette inclusion passe aussi par la prise en compte des langues africaines dans l’univers numérique.

Le développement de contenus et d’outils utilisant des langues telles que le kinyarwanda, le kiswahili ou le haoussa, entre autres, permettrait à davantage d’Africains de participer pleinement à la transformation numérique du continent.

L’Afrique doit se réveiller sur ses infrastructures numériques

De son côté, la directrice générale de RICTA, Grace Ingabire, a appelé l’Afrique à accélérer ses investissements dans ses propres infrastructures numériques.

Son intervention a notamment mis en évidence une question stratégique: celle de l’hébergement des données africaines.

La directrice générale de RICTA, Grace Ingabire, Photo: Anastase © La Une

Selon elle, il est difficilement acceptable que des données produites par les Africains et concernant les Africains soient massivement hébergées sur des serveurs situés en dehors du continent.

Son message rejoint ainsi l’un des enjeux fondamentaux du forum: renforcer les capacités africaines en matière de centres de données, d’interconnexion et d’hébergement des contenus, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des infrastructures extérieures.

L’enjeu est à la fois économique, technologique et stratégique. Des infrastructures locales plus solides peuvent contribuer à réduire les coûts, améliorer les performances des services et renforcer la maîtrise des données.

De Kigali à une vision numérique africaine

L’AfPIF 2026 s’inscrit dans une dynamique visant à renforcer la croissance, la résilience et l’autonomie de l’Internet africain. Le forum met particulièrement l’accent sur l’Afrique de l’Est et centrale, tout en favorisant les échanges entre acteurs locaux, régionaux et internationaux.

Pour l’AFIX, les points d’échange Internet constituent des infrastructures essentielles puisqu’ils permettent aux réseaux d’échanger directement du trafic, favorisant une bande passante locale plus rapide et potentiellement moins coûteuse.

La rencontre de Kigali ne se limite donc pas à une succession de présentations techniques. Elle se veut également un espace où opérateurs, décideurs, ingénieurs, fournisseurs de contenus, investisseurs et représentants de la communauté Internet peuvent confronter leurs expériences et imaginer des solutions adaptées aux réalités africaines.

Pendant trois jours, les discussions porteront ainsi sur une question qui dépasse largement le seul secteur des télécommunications: “comment construire un écosystème Internet africain suffisamment connecté, accessible et autonome pour accompagner la prochaine étape de la transformation numérique du continent?”

À Kigali, les réponses commencent à se dessiner autour d’un impératif commun: investir davantage dans la fibre, l’énergie, les centres de données, les points d’échange et les compétences, tout en veillant à ce que les bénéfices de cette transformation numérique soient accessibles au plus grand nombre.

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Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias.
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