Déclaration de Doha: vers un cessez‑le‑feu historique entre Kinshasa et le M23
Par Anastase Rwabuneza
Dans une avancée diplomatique majeure, le gouvernement de la RDC et l’AFC/M23 ont signé samedi 19 juillet 2025 à Doha une Déclaration de Principes, fruit de trois mois de négociations directes facilitées par le Qatar et de cinq rondes de dialogue inédites depuis la résurgence de la rébellion en 2021.
Le document, signé au nom de la RDC par Sumbu Sita Mambu, émissaire du Président Félix Tshisekedi, et au nom de l’AFC/M23 par son Secrétaire général, Benjamin Mbonimpa, en présence du ministre d’État qatari chargé des Affaires étrangères, consacre l’engagement des deux parties à rechercher une solution pacifique au conflit par la voie diplomatique et la négociation, dans le respect des principes de la Constitution congolaise, de la Charte de l’Union africaine, de la Charte des Nations unies et du droit international.
Cette déclaration engage l’adoption exclusive de voies pacifiques pour résoudre la crise , la mise en œuvre immédiate d’un cessez‑le‑feu bilatéral, accompagné de mécanismes pratiques, la libération immédiate des prisonniers, la facilitation du retour volontaire, en toute sécurité, des déplacés internes et réfugiés dans leurs zones d’origine ainsi que le traitement des causes profondes du conflit lors d’une seconde phase de dialogue.
Le porte‑parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a souligné que cette declaration constitue « plusieurs engagements clairs en faveur de la paix, de la protection des civils et de la souveraineté nationale », et qu’ils « ouvrent la voie à un accord de paix global d’ici quelques jours visant à mettre fin durablement au conflit dans l’Est de la RDC ».
Les deux parties réaffirment l’interdiction de toute attaque, qu’elle soit aérienne, terrestre, maritime ou lacustre, ainsi que la lutte contre la propagande haineuse et toute tentative de prise de position par la force. Elles reconnaissent également l’objectif fondamental de rétablissement intégral de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Le Rwanda félicite l’accord de principes entre la RDC et le M23
Le gouvernement rwandais a salué les principes menant à l’accord de paix auxquels sont parvenus les autorités de la République démocratique du Congo et l’alliance AFC/M23. Il a souligné que la publication de ces principes constitue une avancée majeure vers la paix dans l’Est de la RDC, en s’attachant à résoudre les conflits à leur source.
« La proclamation de ces principes à Doha aujourd’hui représente une avancée significative pour résoudre les conflits dans l’Est de la RDC par la voie pacifique, en s’attaquant aux causes profondes des conflits et en restaurer la paix et la stabilité dans la région », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.
Le gouvernement rwandais a exprimé sa gratitude à l’égard du Qatar et des États-Unis pour leur rôle déterminant dans l’aboutissement de cette étape, saluant l’initiative de l’Union africaine et appelant à la poursuite des discussions de paix.
“Nous devrions tous soutenir cet élan jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Le Rwanda est prêt à continuer à contribuer à une paix durable et au développement économique dans la région des Grands”
Les premières tensions émergent dès la signature
Cet accord de principe, salué comme un premier pas vers la paix, révèle déjà les premières difficultés d’interprétation et d’application. Malgré l’optimisme, les critiques ne se sont pas fait attendre. Patrick Muyaya a insisté sur le ‘‘retrait non négociable de l’AFC/M23 des zones occupées’’, suivi par le rétablissement des institutions étatiques (FARDC, PNC, justice, administration).
En réaction, Lawrence Kanyuka, porte‑parole du M23, a dénoncé ce qu’il appelle « une campagne de désinformation ». Selon lui, « nulle part il n’a été demandé à l’AFC/M23 de se retirer des zones libérées », rappelant que la clause vise à « restaurer l’autorité de l’État sur tout le territoire », reconnaissant implicitement l’absence actuelle d’autorité dans certaines zones.
Bertrand Bisimwa, représentant de l’AFC/M23, a précisé que l’accord vise non au retrait, mais à la mise en place de « mécanismes de capacitation de l’État, pour lui permettre d’assumer pleinement ses prérogatives et obligations ».
La déclaration prévoit que sa mise en œuvre soit effective immédiatement, ou au plus tard le 29 juillet 2025, en vue de sceller un accord de paix définitif d’ici le 8 août 2025. Ce texte s’inscrit également dans la continuité de l’accord de paix signé entre le Rwanda et la RDC à Washington D.C. le 27 juin dernier.

