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Il est possible de prévenir la violence pour bâtir une paix durable — entretien avec Ngoma King de La Benevolencija

Il est possible de prévenir la violence pour bâtir une paix durable — entretien avec Ngoma King de La Benevolencija
King Ngoma, coordinateur des programmes Outreach pour La  Benevolencija

Par Anastase Rwabuneza

La Benevolencija, une ONG internationale active dans la région des Grands Lacs, œuvre pour transformer les comportements individuels et collectifs à travers une approche combinant médias, dialogue communautaire et théorie psychologique. Cet engagement permet aux individus et aux communautés de devenir acteurs du changement social.

Le journaliste de La Une, Anastase Rwabuneza, a rencontré M. Ngoma King, coordinateur des programmes Outreach de La Benevolencija, pour explorer les enjeux de cohabitation pacifique, de lutte contre les discours haineux et d’impact des initiatives soutenues principalement par les Pays‑Bas au Rwanda, au Burundi et en RDC.

Présentez‑vous aux lecteurs et décris votre rôle à La Benevolencija?

Je m’appelle Ngoma King. Je suis coordonnateur des programmes Outreach à La Benevolencija. Mon rôle consiste à concevoir et superviser les projets opérationnels destinés à prévenir les violences psychologiques au sein des populations de la région des Grands Lacs.

Quelle est la mission principale de La Benevolencija, notamment au Rwanda?

Notre mission est d’outiller les individus et les communautés afin qu’ils puissent prévenir le processus psychologique menant à la violence. Nous partons du postulat que la violence est un continuum psychologique qu’il est possible d’interrompre en influençant ses déclencheurs.

Quelles sont les actions que vous déployez pour promouvoir la paix entre les communautés?

Nos interventions s’articulent autour de deux axes. Le premier est le programme médias. Nous réalisons des feuilletons radiophoniques comme Musekeweya au Rwanda, Murikira Ukuri au Burundi et Kumbuka Kesho dans l’est de la RDC. Musekeweya, diffusé depuis 2004, est reconnu comme un pilier de la réconciliation post‑génocide au Rwanda, en aidant les auditeurs à déconstruire les préjugés et à transformer leurs perceptions. Nous produisons également des sketches tels que Kombo Taxi, diffusés dans plusieurs pays pour illustrer les dynamiques transfrontalières. En complément, nous animons des débats radio communautaires et avons lancé un forum en ligne intitulé «Non aux discours de haine».

Le second axe, appelé Outreach Program, concerne les activités de terrain. Nous organisons des dialogues communautaires, nationaux et transfrontaliers, réunissant des personnes actives dans les échanges frontaliers. Nous réalisons des College Tours dans les universités de la région et mettons en place des initiatives de théâtre participatif et des campagnes culturelles impliquant des acteurs du Rwanda, du Burundi et de la RDC. Nous collaborons aussi avec des journalistes travaillant près des frontières pour documenter les incidents.

Comment renforcez‑vous la résilience des populations face à la désinformation et aux discours haineux?

A travers nos programmes radio nous diffusons des messages accessibles à toutes les couches sociales, via des formats vulgarisés tels que des feuilletons et des sketches. Ces formats encouragent un engagement émotionnel et cognitif. Par ailleurs, nos espaces de dialogue communautaire impliquent toutes les composantes sociales afin de déconstruire collectivement la désinformation. Nous organisons régulièrement des séances de restitution avec les autorités nationales et locales dans les trois pays de la région des Grands Lacs pour présenter les processus participatifs menés avec les communautés et les recommandations émises par les agents de changement.

La région des Grands Lacs connaît des défis sécuritaires majeurs. Comment La Benevolencija adapte‑t-elle ses actions à ces contextes sensibles?

Nous concevons nos programmes pour qu’ils s’ajustent précisément à la réalité régionale. Les dynamiques sécuritaires et les tensions constituent des facteurs clés du processus psychologique menant à la violence. Nous maintenons une posture neutre et apolitique, ce qui permet à toutes les communautés de la région de s’identifier facilement à notre approche. Lorsque les frontières sont fermées et empêchent les rencontres physiques, nous activons notre stratégie dite «sensible aux conflits», organisant des sessions parallèles dans chaque pays, reliées par visioconférence. Cette méthode garantit la continuité du dialogue tout en préservant la sécurité des participants.

Quel rôle jouent les médias, notamment la radio, dans votre stratégie?

Les médias sont essentiels pour deux raisons. Premièrement, ils permettent d’atteindre un public large, souvent plus réceptif aux messages diffusés sur les médias classiques et sociaux. Deuxièmement, ils constituent un outil efficace de plaidoyer. Les médias permettent d’alerter les autorités sans nécessiter de rencontres physiques.

Comment impliquez‑vous les communautés locales dans vos projets?

Nous veillons à ce que toutes les couches sociales soient représentées équitablement. Nos feuilletons radiophoniques mettent en scène des personnages diversifiés. Nos dialogues de terrain incluent toutes les catégories de la population dans des discussions nationales et transfrontalières.

Comment favorisez‑vous le dialogue citoyen au-delà des frontières?

Dans nos feuilletons, les personnages incarnent différentes nationalités et attitudes, suscitant l’identification et le débat. Dans nos activités de terrain, des dialogues concrets réunissent les communautés concernées par des enjeux à traiter au niveau national ou transfrontalier. Cette approche traduit la fiction en réalité participative.

Avez‑vous observé des effets tangibles grâce aux interventions de La Benevolencija?

Au niveau national, le feuilleton Musekeweya a largement contribué à la réconciliation au Rwanda. Murikira Ukuri et Kumbuka Kesho ont eu un impact comparable au Burundi et en RDC. Grâce au programme de terrain, nous avons formé des «agents de changement» qui diffusent localement les messages de paix de manière durable. A l’échelle régionale, le sketch Kombo Taxi favorise l’identification mutuelle entre Burundais, Rwandais, Congolais et Ougandais. Des comités transfrontaliers continuent de fonctionner malgré les tensions, maintenant le lien entre populations frontalières.

Quel message souhaitez‑vous transmettre au public concernant l’importance de la paix et de la cohésion dans la région des Grands Lacs?

La violence naît d’un processus psychologique alimenté par des facteurs du quotidien. Il est possible non seulement d’y résister, mais aussi de l’interrompre. Engageons‑nous chacun à mettre fin à ce processus et à affronter pacifiquement les conséquences des violences passées.

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