Kwita Izina 2026: À Kinigi, la conservation des gorilles s’impose comme un levier de développement des communautés
Au pied des volcans, dans un décor dominé par les silhouettes majestueuses des montagnes et la végétation luxuriante du Parc national des Volcans, le Rwanda a célébré ce vendredi la 21ᵉ édition de Kwita Izina, la cérémonie annuelle de nomination des bébé-gorilles de montagne.
Dans l’air frais de la fin de matinée, venu des hauteurs du parc, les tambours, les danses traditionnelles et les prestations musicales ont progressivement donné à Kinigi des allures de grande fête populaire. Des milliers de participants, parmi lesquels des habitants de Musanze, Burera, Nyabihu et Rubavu, ainsi que des invités venus de différents horizons, se sont retrouvés autour d’un même patrimoine naturel: les gorilles de montagne.

Cette année, 22 nouveau-nés ont reçu un nom, sous le theme: “La conservation, c’est la vie : préserver l’avenir”. Depuis son lancement officiel en 2005, Kwita Izina s’est progressivement transformée en une plateforme internationale consacrée à la conservation de la biodiversité, à la protection des habitats naturels, au tourisme durable et au développement communautaire. Avec les 22 gorilles nommés cette année, le nombre cumulé d’animaux nommés dans le cadre de la cérémonie atteint désormais 460.
Un nom, mais surtout un engagement
Représentant le président de la République, Paul Kagame, le Premier ministre Dr Justin Nsengiyumva a rappelé que donner un nom à un gorille constitue bien davantage qu’un geste symbolique.
“Un nom pour nous est plus qu’une célébration. C’est une promesse”, a-t-il souligné dans son discours, invitant tous partenaires y compris les communautés, les acteurs de la conservation, le secteur privé et les partenaires internationaux à continuer de protéger l’habitat des gorilles et à créer les conditions nécessaires à leur survie et à leur reproduction.

Le chef du gouvernement a également rappelé le spectaculaire redressement de la population des gorilles de montagne. Alors qu’ils n’étaient plus qu’environ 250 dans le massif des Virunga au début des années 1980, ils sont aujourd’hui plus de 1 060 dans le massif des Virunga et l’écosystème de Bwindi.
Cette progression est le fruit de plusieurs décennies d’efforts associant gardes forestiers, chercheurs, vétérinaires, autorités publiques, organisations de conservation, acteurs du tourisme et communautés riveraines.
Conserver la nature sans laisser les communautés en marge
C’est précisément sur cette articulation entre protection de la biodiversité et développement humain que se sont rejoints les principaux intervenants.
Jean-Guy Afrika, directeur général du Rwanda Development Board (RDB), a salué le rôle déterminant des communautés vivant autour du Parc national des Volcans. Pour lui, la croissance de la population des gorilles constitue aussi le résultat de leur engagement dans la protection de cet écosystème.

Il a précisé que derrière le theme se trouve l’idée que la protection de la nature doit également produire des bénéfices pour les populations qui vivent à proximité des aires protégées.
Cette approche se traduit notamment par le Programme de partage des revenus du tourisme, à travers lequel 10 % des recettes générées par les parcs nationaux sont réinvestis dans les communautés riveraines. Depuis la mise en place du programme, plus de 23 milliards de francs rwandais ont ainsi financé près de 1 300 projets communautaires à travers le pays.
Dans les quatre districts voisins du Parc national des Volcans, environ 1,98 milliard de francs rwandais ont été alloués cette année à des projets de développement communautaire.
Le parc au cœur de l’économie locale
Le gouverneur de la Province du Nord, Maurice Mugabowagahunde, a lui aussi insisté sur le lien entre conservation et bien-être des populations.
Aux pieds des volcans, a-t-il rappelé, les communautés vivent à proximité d’un patrimoine naturel exceptionnel dont la valeur dépasse largement la présence des gorilles. La protection du parc contribue à soutenir l’emploi, les activités commerciales et le tourisme, notamment à Musanze et Rubavu.

Selon les données communiquées par RDB, les projets financés autour du Parc national des Volcans ont notamment concerné l’habitat, l’eau potable, la santé, l’agriculture, l’élevage et d’autres activités génératrices de revenus. Depuis le début du programme, 838 projets d’une valeur de 8,6 milliards de francs rwandais ont été soutenus dans les communautés voisines du parc.
Cette philosophie se matérialise également avec le Smart Green Village, dont la construction a été lancée récemment à Kinigi. L’investissement de plus de 49 millions de dollars doit permettre à 547 ménages de bénéficier de logements modernes, de services essentiels et de possibilités de moyens de subsistance durables, notamment à travers l’agriculture intelligente face au climat, les énergies renouvelables et les activités liées au tourisme.
Une nouvelle génération pour un patrimoine à préserver
À Kinigi, les noms choisis pour les 22 nouveau-nés ont ainsi résonné comme autant de valeurs associées à la conservation: détermination, force, courage, engagement, protection, unité ou encore avenir.
Le message porté par Kwita Izina dépasse donc la seule cérémonie. Il rappelle qu’un écosystème ne peut être durablement protégé sans l’adhésion des populations qui y vivent et que la conservation de la biodiversité doit contribuer à bâtir des communautés plus résilientes.
Au moment où les derniers tambours s’éteignaient et où les visiteurs se dispersaient sous les pentes verdoyantes des volcans, l’essentiel du message demeurait: protéger les gorilles, c’est protéger leur habitat ; protéger leur habitat, c’est aussi investir dans les communautés qui en sont les gardiennes.
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