Le Rwanda rejette le rapport de Human Rights Watch et dénonce une analyse sélective du conflit dans l’est de la RDC
Le gouvernement rwandais a fermement rejeté le rapport publié le 10 juin 2026 par Human Rights Watch (HRW) accusant le Mouvement du 23 mars (M23) et les Forces de défense du Rwanda (RDF) d’arrestations arbitraires, d’exécutions sommaires, de torture et de recrutements forcés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Dans une réaction publiée par le Bureau de la porte-parole du gouvernement, le Rwanda rejette catégoriquement toute implication des RDF dans des actes de recrutement forcé, de détention illégale, de torture, de travail forcé, d’exécutions extrajudiciaires ou d’enrôlement d’enfants. Les autorités contestent également l’amalgame qu’elles estiment établi par HRW entre le M23 et l’armée rwandaise, affirmant que les actes attribués au mouvement rebelle ne peuvent être automatiquement imputés au Rwanda.
Le gouvernement souligne par ailleurs que le rapport lui-même reconnaît plusieurs éléments jugés essentiels à la compréhension du conflit. Selon HRW, les Forces armées de la RDC (FARDC) ont soutenu des groupes armés opposés au M23, notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). L’organisation indique également que les autorités congolaises ont armé, financé et coordonné des opérations avec certaines factions Wazalendo ainsi qu’avec d’autres milices, dont les FDLR.
Selon la réaction, ces constats démontrent l’existence d’une coalition armée soutenue par Kinshasa et impliquée dans de graves violations des droits humains. Le Rwanda reproche toutefois à HRW de reléguer ces éléments au second plan tout en concentrant l’essentiel de son analyse et de ses recommandations sur le Rwanda et le M23. Selon les autorités rwandaises, cette approche traduit une “responsabilité selective” qui minimise le rôle des FARDC, des FDLR et des groupes Wazalendo.
Le Rwanda conteste également la méthodologie employée par l’ONG. Le gouvernement affirme qu’aucun enquêteur de HRW ne s’est rendu sur les sites mentionnés dans le rapport et qu’aucune exhumation, expertise médico-légale ou investigation scientifique approfondie n’a été réalisée. Il souligne que l’organisation reconnaît elle-même ne pas avoir pu confirmer avec certitude l’existence de certaines fosses communes présumées identifiées à partir d’images satellites.
Selon le Rwanda, les conclusions du rapport reposent principalement sur des témoignages anonymes, dont certains auraient été recueillis auprès d’anciens combattants détenus par les FARDC après leur reddition. Cette situation soulèverait, selon Kigali, des interrogations quant à la fiabilité et à l’impartialité des informations recueillies.
Le gouvernement critique également les recommandations de HRW appelant à des sanctions contre certains responsables rwandais. Il estime que ces demandes reposent sur des accusations non corroborées par des preuves judiciaires ou médico-légales indépendantes. Tout en réaffirmant son soutien à des enquêtes internationales crédibles, indépendantes et respectueuses des principes du procès équitable, Kigali considère qu’une investigation ne peut être impartiale lorsque ses conclusions semblent établies à l’avance.
Le Rwanda insiste par ailleurs sur le fait que la principale menace sécuritaire dans la région demeure la présence des FDLR à proximité de ses frontières. Kigali rappelle que ce groupe armé, fondé par des personnes impliquées dans le génocide contre les Tutsi de 1994, représente selon lui un risque sécuritaire persistant depuis trois décennies. Les autorités estiment qu’une analyse du conflit qui ne prendrait pas pleinement en compte le rôle des FDLR et leurs liens avec certains acteurs congolais présenterait une vision incomplète de la crise.
Enfin, le gouvernement rwandais réaffirme que les Accords de Washington constituent aujourd’hui le cadre le plus crédible pour parvenir à une solution durable dans l’est de la RDC. Le Rwanda assure qu’il continuera à privilégier le dialogue, la coopération régionale et les initiatives diplomatiques, tout en défendant sa sécurité nationale et en soutenant les efforts en faveur d’une paix durable dans la région des Grands Lacs.

