Ad Banner

L’or noir et nos mille collines : pourquoi le chaos mondial guette le porte-monnaie rwandais

L’or noir et nos mille collines : pourquoi le chaos mondial guette le porte-monnaie rwandais
L’image a été créée à l’aide de l’IA

Alors que le premier trimestre 2026 est marqué par des tensions explosives dans le golfe Persique, au Venezuela et au Nigeria, le Rwanda, pourtant sans pétrole, retient son souffle. Si les prix à la pompe sont restés stables en mars, l’échéance de mai s’annonce comme un test de vérité pour la résilience nationale.

Par Fulgence Niyonagize

En ce mois de mars 2026, faire ses courses à Kimironko, à Nyarugenge ou prendre un bus à Nyabugogo se fait dans une atmosphère de calme apparent. Les prix n’ont pas encore flambé, les transports fonctionnent normalement, et la vie suit son cours.

Mais ce calme cache une tension bien réelle. Au Rwanda, les prix des carburants sont révisés tous les deux mois par la RURA. En mars, l’État a réussi à maintenir l’essence à 1 989 francs rwandais le litre, grâce à des mécanismes de stabilisation. Une décision qui a permis d’éviter un choc immédiat pour les ménages.

Pourtant, derrière cette stabilité, les chiffres montrent une forte vulnérabilité : le Rwanda consomme environ 220 à 250 millions de litres de carburant par an, soit près de 20 millions de litres chaque mois, entièrement importés. Autrement dit, chaque variation du marché mondial finit, tôt ou tard, par se retrouver dans le portefeuille des Rwandais.

Un choc mondial qui arrive avec retard

La crise actuelle du pétrole est le résultat de plusieurs tensions simultanées. Dans le détroit d’Hormuz, un passage maritime étroit entre l’Iran et Oman,  transite environ 20 % du pétrole mondial. Depuis début mars, des attaques contre des navires ont fortement perturbé le trafic. Suite à la guerre menée contre l’Iran par les USA et Israël, l’Iran a « fermé » le détroit.  Récemment, l’incendie du cargo thaïlandais Mayuree Naree le 11 mars a marqué un tournant, contribuant à faire grimper le prix du baril au-delà de 100 dollars. Quand ce passage est perturbé, une grande partie du pétrole mondial met plus de temps à circuler, ce qui fait monter les prix.

En parallèle, le Nigeria, premier producteur africain, voit sa production affaiblie par le sabotage et le vol de pétrole. Au Venezuela, l’instabilité politique limite également l’offre. Peu d’exemples pour illustrer plusieurs.  Résultat : moins de pétrole disponible sur le marché mondial, donc des prix plus élevés.

Et pour le Rwanda, l’effet n’est pas immédiat. Le carburant arrive par bateau jusqu’à Mombasa ou Dar es Salaam, puis parcourt plus de 1 500 kilomètres par route jusqu’à Kigali. Ce trajet prend du temps. En moyenne, il faut environ deux mois pour que les variations internationales se répercutent localement. « C’est pourquoi les tensions actuelles pourraient se traduire par une hausse des prix dès le mois de mai”, craignent certains analystes économiques.

Une hausse qui touche toute l’économie

Le pétrole ne sert pas seulement à faire rouler les véhicules. Il est au cœur de presque toute l’économie. L’essence et le mazout, par exemple, alimentent le transport des marchandises. C’est lui qui permet aux produits agricoles de quitter les districts pour arriver sur les marchés de villes et vice versa. Si son prix augmente, le coût du transport augmente aussi…et les prix des aliments suivent.

L’impact va encore plus loin. Une partie du pétrole est transformée en produits dits pétrochimiques ; substances utilisées pour fabriquer des engrais, des médicaments, des plastiques ou encore certains vêtements. Cela signifie qu’une hausse du pétrole peut influencer le prix des aliments, le coût des soins de santé, les matériaux de construction et même certains produits du quotidien

Aujourd’hui déjà, l’inflation urbaine au Rwanda atteint 9,2 %, avec une hausse d’environ 20 % pour l’énergie. Une augmentation des carburants pourrait accentuer cette pression sur les ménages.

Le pari du Rwanda : réduire la dépendance

Face à cette vulnérabilité, le Rwanda a engagé une stratégie claire : réduire progressivement sa dépendance au pétrole. L’un des piliers de cette stratégie se trouve dans le lac Kivu. Dans ses profondeurs, ce lac contient du gaz méthane, une source d’énergie naturelle. Grâce aux projets KivuWatt (26 MW) et Shema Power Lake Kivu (50 MW), le pays produit aujourd’hui environ 76 mégawatts d’électricité, soit près de 27 % de sa capacité nationale . Plus le pays produit d’électricité localement, moins il dépend du diesel pour produire de l’énergie.

Mais le pays n’en reste pas là. Il mise aussi sur l’électromobilité. Les motos électriques et les bus électriques commencent à apparaître nombreux dans les rues de Kigali. L’objectif est de réduire progressivement la consommation de carburant importé en plus de la protection de l’environnement.

Une hausse des prix en mai semble probable si les tensions internationales persistent. Et avec elle, une pression supplémentaire sur les ménages et les entreprises. Car la leçon est claire : dans un monde interconnecté, même un pays sans pétrole ne peut échapper aux crises pétrolières. La vraie réponse ne réside donc pas seulement dans la gestion des prix, mais dans la capacité à s’en libérer progressivement. Et sur ce terrain, le Rwanda a déjà commencé à tracer sa route.

LA UNE

Bienvenue sur La Une, votre source d’informations fiables et pertinentes, en temps réel. Nous vous tenons informé des actualités, locales et internationales.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *