L’unité proclamée: un simple slogan face à l’exclusion des Tutsi sous le régime Habyarimana
Le 13 avril 2026, au mémorial de Rebero à Kigali, le Rwanda a clôturé la semaine de deuil national en rendant hommage aux responsables politiques tués lors du génocide contre les Tutsi. Au cœur de cette commémoration, un message fort: l’idéologie du génocide trouve ses racines dans des politiques anciennes d’exclusion, souvent dissimulées derrière des discours officiels d’unité.
C’est dans le recueillement que s’est tenue, à Nyarurama sur le site de Rebero, la cérémonie marquant la fin de la semaine nationale de deuil. C’est en lieu symbolique que reposent de nombreux responsables politiques assassinés pendant le génocide perpétré contre les Tutsi pour s’être opposés à l’idéologie génocidaire.
La journée a été consacrée à rendre hommage aux hommes et femmes d’intégrité, qui ont refusé de céder à la haine et à l’exclusion, au péril de leur vie. Parmi eux figure l’ancienne Première ministre Agathe Uwilingiyimana, aujourd’hui reconnue parmi les Héros nationaux, symbole de courage politique face à un régime extrémiste. Son corps repose au Mémorial des Héros nationaux, situé à Remera, dans la ville de Kigali.

Dans son intervention, le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean-Damascène Bizimana, a rappelé que cette journée est dédiée à la mémoire de ces dirigeants exemplaires, souvent oubliés ou déformés par certains discours. Il a insisté sur le fait que tous les résistants à l’idéologie du génocide sont honorés, et que des recherches se font chauqe année pour reconnaitre les justes ayant fait preuve de courage, d’integrité.
Une idéologie d’exclusion enracinée depuis la première République
Le ministre Bizimana a particulièrement mis en lumière les racines profondes du génocide, en remontant aux régimes de Grégoire Kayibanda et de Juvénal Habyarimana. Selon lui, ces deux périodes ont posé les bases d’une politique d’exclusion systématique des Tutsi, malgré des discours officiels prônant l’unité.
Lorsque Habyarimana prend le pouvoir en 1973, il justifie son coup d’État en dénonçant les violences et les divisions du régime précédent. Pourtant, loin de rompre avec ces pratiques, il les prolonge. Le slogan “unité, paix et développement” reste, selon le ministre, un simple affichage, sans traduction réelle dans les politiques publiques.
Dans les faits, l’exclusion se manifeste notamment dans le système éducatif, où l’accès aux écoles est limité selon des critères ethniques et régionaux. Les politiques d’”équilibre” mises en place institutionnalisent la discrimination, réduisant les chances des Tutsi d’accéder à l’enseignement secondaire et supérieur.
En 1982, lors de célébrations officielles, Habyarimana déclarait que l’État accordait une attention particulière aux problèmes de l’éducation, affirmant qu’une nouvelle politique visait à instruire et à éduquer la “majorité” — une expression qui, dans son discours, faisait référence aux Hutu.
Pire encore aujourd’hui, son fils Jean-Luc Habyarimana semble s’employer à réhabiliter et à sanctifier la mémoire de son père. Dès lors, le ministre s’interroge: où se situe réellement l’unité proclamée dans une telle lecture de l’histoire ?

L’exclusion des réfugiés et la confiscation de leurs biens
Au-delà de l’éducation, l’exclusion s’étend à la question des réfugiés. Dès les années 1960, sous Kayibanda, les autorités interdisent le retour des Rwandais réfugiés à l’étranger, majoritairement Tutsi. Leurs biens sont confisqués et redistribués, sans possibilité de recours.
Habyarimana poursuivra cette politique, refusant toute solution durable à la question des réfugiés. Les terres, les maisons et même le bétail laissés par les exilés sont placés sous le contrôle de l’État ou redistribués, renforçant ainsi une logique d’exclusion et d’injustice.
Parallèlement, le discours politique de l’époque renforce cette idéologie. Les Tutsi sont présentés comme des étrangers, tandis que le pays est défini comme appartenant aux seuls Hutu. Ces propos, déjà présents dans les années 1960, seront repris et amplifiés jusqu’au génocide de 1994.
La cérémonie de Rebero rappelle ainsi que le génocide contre les Tutsi n’est pas un accident de l’histoire, mais le résultat d’un long processus politique et idéologique. Elle met en lumière le courage de ceux qui ont résisté, tout en appelant à une vigilance constante face aux discours de haine.

