Mémorial de Rebero: mémoire des responsables politiques et devoir de responsabilité dans la construction nationale
La cérémonie organisée ce 13 avril 2026 au Mémorial de Rebero, dans la ville de Kigali, a marqué la fin de la semaine de deuil national dans le cadre de la 32e commémoration du génocide contre les Tutsi.
Le Président du Sénat, Dr François Xavier Kalinda, a rejoint à cette occasion les autres autorités et les citoyens pour conclure officiellement cette semaine de commémoration. La journée a également été dédiée à l’hommage aux responsables politiques qui ont été tués pour leur opposition à l’idéologie et à l’exécution du génocide contre les Tutsi.
La cérémonie a réuni les plus hautes autorités du pays, notamment la Présidente de la Chambre des députés, Gertrude Kazarwa, la Présidente de la Cour suprême, Domitilla Mukantaganzwa, ainsi que le Premier ministre, Dr Justin Nsengiyumva, aux côtés d’autres responsables institutionnels et participants. Les familles des responsables politiques commémorés étaient également présentes.

Discours du Président du Sénat: unité nationale et responsabilité politique
Dans son discours, le Président du Sénat, Dr François Xavier Kalinda, invité d’honneur, a souligné que commémorer ces responsables politiques revient à honorer leur courage, à tirer des leçons de l’histoire et à poursuivre la construction d’un pays fondé sur l’unité, la paix et une bonne gouvernance.
Il a insisté sur le fait que la connaissance du rôle des acteurs politiques impliqués dans la préparation du génocide est essentielle pour établir la vérité historique, lutter contre le négationnisme et prévenir toute répétition de telles tragédies, au Rwanda comme ailleurs.
Selon lui, ces responsables politiques sont honorés pour leur engagement et leur résistance face à l’idéologie de haine et d’exclusion.
Le Président du Sénat a également rappelé que le génocide contre les Tutsi a été un projet longuement préparé, affiné et expérimenté avant sa mise en œuvre. Il a évoqué les politiques des régimes de la Première et de la Deuxième République, qu’il a qualifiées de fondées sur l’exclusion et la discrimination des Tutsi.

Il a souligné que certaines dispositions institutionnelles, notamment la Constitution de 1991, ont renforcé des mécanismes d’exclusion et de discrimination, s’inscrivant dans une continuité historique remontant aux idéologies issues de la révolution de 1959.
Le Sénateur Kalinda a rappelé que le génocide a été soigneusement planifié, enseigné et diffusé au sein de la population avant d’être exécuté avec l’implication de structures étatiques.
Il a ajouté qu’après l’arrêt du génocide par le Front patriotique rwandais (FPR-Inkotanyi), le Rwanda a tiré des leçons de son histoire et adopté des principes fondamentaux visant à prévenir toute répétition: la lutte contre l’idéologie du génocide, la sanction de ses auteurs, la lutte contre toute forme de division ethnique ou régionale, ainsi que la promotion de l’unité nationale, de la bonne gouvernance et de l’égalité des chances pour tous les citoyens.
Il a toutefois mis en garde contre la persistance de l’idéologie du génocide, du négationnisme et de la minimisation, ainsi que contre le soutien à des groupes armés actifs dans la région, notamment les FDLR. Il a appelé à une mobilisation collective pour combattre ces menaces.
Enfin, il a exhorté les responsables politiques et les dirigeants actuels à poursuivre la lutte contre toute forme d’idéologie de division, à la combattre partout où elle apparaît et à la déraciner complètement, tout en impliquant activement la jeunesse dans la préservation des acquis.
Sénateur Frank Habineza: Une opposition fondée sur les idées et non sur la confrontation
Prenant la parole, le Sénateur Frank Habineza, également porte-parole du Forum des partis politiques, a défini la nature de l’opposition dans le contexte rwandais.

Selon lui, l’opposition ne doit pas être perçue comme une force de confrontation ou de destruction des acquis réalisés au cours des 32 dernières années, mais comme une contribution constructive fondée sur les idées et la recherche de solutions aux défis persistants.
“L’opposition au Rwanda ne consiste pas à se battre ni à détruire les acquis réalisés au cours des 32 dernières années. Elle repose sur la contribution d’idées et la recherche de solutions aux défis persistants”, a-t-il déclaré.
Il a précisé que cette opposition s’exerce dans le respect des principes fondamentaux et des valeurs consensuelles qui constituent le socle de la nation rwandaise.

Le Sénateur Habineza a rappelé que le Rwanda a adopté, depuis la fin du génocide, un modèle politique basé sur le consensus et le partage du pouvoir. Selon lui, onze partis politiques sont représentés au Parlement ainsi que dans d’autres institutions nationales.
Il a souligné que ce modèle ne supprime pas la diversité des opinions, mais encadre une opposition responsable, tournée vers la construction nationale plutôt que vers la division.
S’exprimant également sur l’héritage historique, il a rappelé que les politiques de division et de haine menées avant 1994 avaient conduit au génocide contre les Tutsi, qui a coûté la vie à plus d’un million de personnes.
Il a appelé les citoyens à rester vigilants face à toute résurgence des discours divisionnistes, qu’ils proviennent de l’intérieur ou de l’extérieur du pays. “Nous appelons chacun à rejeter toute forme de politique de division et à contribuer à l’unité nationale et au développement du pays”, a-t-il ajouté.
Si la semaine de deuil national s’achève officiellement le 13 avril, les activités de commémoration se poursuivent sur 100 jours, jusqu’au 3 juillet, la veille de la journée de libération, date marquant l’arrêt du génocide contre les Tutsi par le FPR-Inkotanyi.

