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Patrick Muyaya au Canada: Quand le discours diplomatique glisse vers la haine

Patrick Muyaya au Canada: Quand le discours diplomatique glisse vers la haine

Depuis son arrivée au Canada pour une conférence publique sur la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le ministre Patrick Muyaya, porte‑parole du gouvernement congolais, a fait plus que défendre une ligne politique: il a exposé un narratif dangereux, riche en imprécisions et susceptible d’alimenter la stigmatisation communautaire dans une région déjà marquée par des tensions ethniques et politiques.

Invité par l’Université Saint‑Paul d’Ottawa à s’exprimer sur “Trente ans de conflit dans l’Est de la RDC”, Muyaya a dénoncé ce qu’il a qualifié de “mensonges” du Rwanda et proposé sa lecture du contexte régional.

S’il est légitime qu’un responsable politique présente son analyse, certains éléments de ce discours méritent d’être critiqués pour ce qu’ils révèlent de plus profond : un glissement vers une rhétorique qui, au lieu de favoriser la compréhension, risque d’attiser les haines.

L’un des passages les plus problématiques tient à l’évocation explicite de concepts qui n’existent pas dans la réalité sociolinguistique régionale. En tentant d’illustrer la diversité linguistique autour de la RDC, Muyaya a fait référence à une langue prétendument appelée “KIHUTU”, présentée comme parlée en République démocratique du Congo.

Or, cette entité linguistique n’existe ni comme langue, ni comme dialecte reconnu par les linguistes ou les communautés locales. Inventer une langue au sein d’un discours public n’est pas une erreur anodine : cela contribue à créer de toutes pièces un “Autre” fictif, susceptible d’être instrumentalisé politiquement, tout comme les récits ethniques utilisés historiquement pour diviser plutôt que rassembler.

Ce genre de manipulation conceptuelle n’est pas sans rappeler des rhétoriques dangereuses du passé, où la fabrication d’identités soi‑disant “autres” a servi à justifier exclusion et violence.

Ce flottement linguistique dans un débat politique renforce un climat de méfiance entre communautés, en particulier quand on sait que la région abrite des populations tutsies, hutus et d’autres groupes ayant une histoire partagée mais aussi douloureuse, notamment à cause du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.

Utiliser des termes qui n’ont aucune base sociolinguistique authentique donne l’impression de vouloir légitimer, sur la scène internationale, des divisions artificielles et dangereuses.

La réception de ce type de propos par la communauté internationale n’est pas qu’un détail diplomatique: elle est un marqueur de respectabilité. Lors du Conseil des droits de l’homme à Genève, le Rwanda, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a accusé Kinshasa d’institutionnaliser des discours de haine, en citant notamment des propos récemment tenus à la télévision nationale par le général Sylvain Ekenge, qui avait tenu des propos discriminatoires envers les femmes tutsies congolaises sans être poursuivi devant la justice.

Une telle impunité et la multiplication de messages ambigus, voire agressifs, au niveau des institutions étatiques préoccupent profondément. Dans les zones déjà fragiles de l’Est de la RDC, ces discours ne restent pas abstraits : ils peuvent influencer l’attitude des populations locales, des milices armées et des acteurs politiques qui tirent parti de clivages ethniques pour justifier leurs actions.

Il est essentiel de rappeler que les Accords de paix signés entre le Rwanda et la RDC à Washington le 4 décembre dernier obligent les parties non seulement à éviter tout langage haineux, mais à travailler à la réconciliation et à la pacification. Ignorer ces engagements dans des allocutions publiques, et, pire, créer des catégories fictives pour stigmatiser, est non seulement contraire à l’esprit de ces accords, mais met en danger des vies.

À une époque où le monde prétend avoir tiré les leçons des génocides du 20ᵉ siècle, il est impératif que la communauté internationale ne reste pas silencieuse face à des discours qui rappellent, par leur structure et leur intention, des rhétoriques déjà expérimentées dans des tragédies passées.

Il est important de soutenir des approches fondées sur le dialogue et la médiation pour favoriser une communication apaisée et réduire les risques que des prises de parole publiques contribuent à aggraver des tensions ou des divisions entre communautés.

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