Sud-Kivu : Massacres des Banyamulenge sous silence
Par Danny Kirenga
Entre impunité nationale et silence international, la tragédie des Banyamulenge se poursuit dans l’indifférence générale, pendant que l’attention mondiale se concentre uniquement sur l’AFC/M23.
Plusieurs rapports émanant d’organisations internationales de défense des droits humains ont dejà documenté de manière accablante les violences systématiques perpétrées dans les territoires d’Uvira et Fizi, au Sud-Kivu, par la coalition armée dite Wazalendo, soutenue activement par les FARDC et renforcée par la FDLR. Meurtres ciblés, exécutions sommaires, extorsions, viols et déplacements forcés touchent principalement les Banyamulenge, une communauté tutsie congolaise que le régime de Kinshasa, par son silence et ses alliances, a visiblement abandonnée à la haine et à la violence.
Un soutien d’État aux milices génocidaires
Des personnalités politiques de haut niveau, dont le député Justin Bitakwira, sont moteurs de la mobilisation armée et du discours de haine. Le FARDC fournit matériel, logistique et couverture politique à ces groupes armés. Ce soutien, loin d’être clandestin, est assumé et public.
Pire encore : les FDLR, dont certains membres ont été impliqués dans le génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994, agit aujourd’hui aux côtés des FARDC. Cela constitue non seulement une trahison de la mémoire du génocide, mais aussi un crime d’État répété — toléré par les plus hautes autorités.
Inaction et complicité de communauté internationale
Malgré les preuves et les alertes successives, aucune sanction n’a été prononcée à l’encontre des responsables congolais impliqués dans le soutien aux milices. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui s’empresse de dénoncer le M23 et ses soutiens, garde un silence assourdissant sur les alliances criminelles de Kinshasa avec des groupes comme les FDLR.
La retraite précipitée de la MONUSCO, sans dispositif sécuritaire de remplacement, a laissé le Sud-Kivu à la merci des milices, aggravant la vulnérabilité des civils. Le silence occidental sur la souffrance des Banyamulenge, pourtant documentée, ne relève plus d’un oubli mais d’un choix politique délibéré.
Une hypocrisie institutionnalisée
Le contraste est saisissant : le soutien présumé du Rwanda au M23 fait l’objet de condamnations régulières, tandis que le soutien avéré de Kinshasa aux FDLR et aux Wazalendo passe sous silence. Cette asymétrie morale traduit une instrumentalisation sélective du droit international, où les principes de justice ne sont invoqués que lorsqu’ils servent des intérêts géopolitiques précis.
La déshumanisation systématique des Tutsis congolais, et en particulier des Banyamulenge, reste l’un des angles morts majeurs des politiques internationales en Afrique centrale.
Impunité comme stratégie d’État
Aucun des acteurs congolais impliqués dans ces violences n’a été poursuivi. Les rares enquêtes internes ouvertes sont rapidement enterrées. Le régime de Félix Tshisekedi, pourtant présenté comme démocratique, bénéficie d’une tolérance coupable des chancelleries occidentales. Les crimes commis à Uvira et Fizi ne suscitent ni enquêtes internationales, ni pressions diplomatiques, ni embargo sur les armes.
Il faut rompre avec la complicité silencieuse
Ce qui se passe à Uvira et Fizi est plus qu’une crise locale : c’est une trahison globale des principes de justice et de protection des civils. Pendant que l’AFC/M23 administre avec la stabilité les zones qu’il contrôle au Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu, les zones sous contrôle du régime de Kinshasa sombrent dans la terreur et l’impunité.
Le drame des Banyamulenge est une tragédie humanitaire et un scandale moral, ignoré non par ignorance, mais par calcul politique.

