Burera: Le paradoxe de Birwa, où l’on préfère l’eau du lac aux robinets d’eau potable
Dans le secteur de Rugarama, le village de Birwa fait face à un paradoxe sanitaire frappant. Alors que l’eau potable a été acheminée jusqu’aux robinets des habitants, une grande partie de la population persiste à consommer l’eau brute du lac Burera, perçue comme “plus naturelle”, malgré une explosion des maladies hydriques signalée par les autorités sanitaires locales.
Le paradoxe de Birwa: Refuser ce que les autres réclament
Le district de Burera, l’un des cinq districts de la Province du Nord, est le théâtre d’une situation singulière dans le secteur de Rugarama. Dans le village de Birwa, de la cellule Rurembo, une localité nichée sur un îlot et ses environs, l’infrastructure est là, mais le changement de comportement traîne.
Le contraste est saisissant: alors que dans d’autres régions, les citoyens plaident pour l’installation de robinets, les habitants de Birwa craignent l’eau traitée. Ils affirment que l’eau fournie par les infrastructures modernes contient des “produits chimiques” (purifiants) qui les effraient, préférant ainsi l’eau du lac qu’ils jugent plus “naturelle”.
Le village de Birwa offre un spectacle naturel majestueux. Situé en plein cœur du lac Burera, le regard se tourne d’un côté vers l’étendue d’eau paisible et de l’autre vers l’imposant volcan Muhabura. Ici, la vie est rythmée par l’agriculture et une pêche artisanale.
Pourtant, cette proximité avec le lac est un piège sanitaire. Sur les rives, l’eau est utilisée pour tout : lessive, baignade et vaisselle. C’est dans ce même environnement, où s’ébrouent animaux aquatiques et bétail, que les habitants puisent leur eau de boisson.
Pour ceux qui n’ont pas encore accès aux robinets, la situation est pire : la pratique de bouillir l’eau pour éviter les maladies liées à l’insalubrité est quasiment inexistante.
Témoignages: La résistance des mentalités
Le refus de l’eau potable s’appuie sur des croyances profondément ancrées.
Une mère de famille de 35 ans, qui a préféré garder l’anonymat, a confié : “Nous voyons les robinets, mais cette eau a un goût de médicament. Moi, je suis convaincue qu’elle donne des maux de tête. Nos parents ont bu l’eau du lac toute leur vie, pourquoi changer maintenant ?”
Cette méfiance envers la science moderne se double d’une perception erronée de la pureté de l’eau du lac.
Une habitante d’une quarantaine d’années s’exprime: “Certes, nous lavons nos vêtements ici, mais comme l’eau est en mouvement, la saleté s’en va et l’eau redevient propre. C’est une question d’habitude. Même si au centre de santé on nous donne des comprimés contre les vers, nous revenons toujours puiser ici.”
Même ceux qui sont conscients d’être malades peinent à faire le lien de causalité. Un homme de 45 ans a récemment été diagnostiqué avec une amibiase :
“L’agent de santé m’a dit que j’avais des amibes. Mais cette eau du lac que nous buvons nous a nourris. Si elle était vraiment mortelle, ne serions-nous pas déjà tous morts ? C’est difficile de croire que ce qui nous a fait grandir est devenu notre ennemi.”
Au-delà des maladies, le lac tue autrement. Les habitants témoignent de cas de noyades lors de la corvée d’eau, où certains corps ne sont jamais retrouvés. Malgré ce danger physique et les alertes du centre de santé de Gitare, le changement reste lent.
L’alerte des autorités: Une urgence de santé publique
Au centre de santé de Gitare, l’inquiétude est palpable. Mme Séraphine Muhawenimana, titulaire par intérim de la structure sanitaire, tire la sonnette d’alarme. Elle confirme que les consultations pour des maladies liées à l’eau sale sont en constante augmentation.
“Nous recevons un nombre massif de patients souffrant de vers intestinaux et d’autres infections hydriques. Le problème est clair : soit ils refusent l’eau potable, soit ceux qui n’y ont pas encore accès ne prennent même pas la peine de bouillir l’eau du lac”, explique-t-elle.
Elle insiste sur le fait que la distribution de médicaments ne peut être qu’une solution temporaire si la source du problème — la consommation d’eau non traitée — n’est pas éradiquée.
L’appel des autorités
La maire du district de Burera, Mme Soline Mukamana, reconnaît l’ampleur de la tâche. Elle souligne que le défi majeur reste la transformation des mentalités dans la vallée de Rurembo.

“Il est de notre devoir de retourner vers ces citoyens pour leur expliquer que ces “produits” dans l’eau sont là pour les protéger. Nous allons intensifier les campagnes de sensibilisation pour qu’ils utilisent enfin les infrastructures mises à leur disposition.”
À Birwa, la bataille pour la santé ne se gagnera pas seulement avec des tuyaux et des robinets, mais par une déconstruction des mythes qui lient encore la population aux eaux dangereuses du lac.

