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Procès en appel de Sosthène Munyemana à Paris: les témoignages se poursuivent

Procès en appel de Sosthène Munyemana à Paris: les témoignages se poursuivent
Le professeur Alan Verhagen, universitaire belge et ancien haut fonctionnaire

Le procès en appel de Sosthène Munyemana, poursuivi devant la Cour d’assises de Paris pour son rôle présumé dans le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, s’est poursuivi lundi avec l’audition de plusieurs témoins.

Nyamata, transformée en abattoir

Le professeur Alan Verhagen, universitaire belge et ancien haut fonctionnaire, a livré un récit bouleversant. Arrivé au Rwanda en mai 1994 avec Médecins sans frontières, il dit avoir trouvé à Nyamata une église transformée en véritable abattoir de victimes tutsi.

Dans les hôpitaux, selon lui, la haine était telle que même les dossiers médicaux des nouveau-nés tutsi étaient systématiquement détruits.

De Gashora à Byumba, en passant par Sake, Zaza, Gahini et Kiziguro, il affirme avoir vu des barrières où les Tutsi étaient arrêtés puis massacrés.

Un génocide planifié et organisé

Pour Verhagen, le génocide ne relève pas de la spontanéité: il était prémédité et structuré. La densité démographique du Rwanda, sa hiérarchie administrative et le regroupement des victimes dans des lieux publics comme les églises ou les écoles n’ont fait que faciliter l’extermination.

Il a aussi pointé du doigt l’influence des médias de haine comme Kangura et RTLM, le rôle des milices Interahamwe et les discours d’incitation au meurtre, notamment celui de Léon Mugesera.

Un témoin qui minimise la planification

Hervé Deguine, historien et journaliste

A l’inverse, Hervé Deguine, historien et journaliste, a livré une lecture qui a choqué de nombreuses parties civiles. Selon lui, le génocide aurait davantage été une réaction de colère populaire après l’attentat du 6 avril 1994, plutôt qu’un projet planifié.

Il a également émis des doutes sur la fiabilité des témoignages de rescapés, estimant qu’ils ne disent pas toujours la vérité, et critiqué la situation des droits humains au Rwanda.

Les parties civiles réagissent vivement

Ces propos ont suscité la colère des avocats des parties civiles. Maître Gisagara a rappelé que Deguine avait déjà mis en cause certains religieux, comme le Père Sibomana ou le Père Guy Theunis, en évoquant de faux témoignages.

L’avocat a exigé de savoir sur quelles bases il considérait les rescapés rwandais comme des menteurs. Deguine a nié avoir tenu ces propos, mais a refusé de s’expliquer davantage.

Lire aussi: Procès de génocide perpétré contre les Tutsi: Sosthène Munyemana rejugé en appel à Paris

Une affaire sous le signe de la justice universelle

Le procès de Sosthène Munyemana qui se poursuit à Paris illustre l’exercice par la France de la compétence universelle, lui permettant de juger les crimes les plus graves, génocide et crimes contre l’humanité , même lorsqu’ils ont été commis hors de son territoire.

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