Procès en appel d’Eugène Rwamucyo: témoignages et divergences au cœur de la huitième journée d’audience
La huitième journée du procès en appel de Eugène Rwamucyo, jeudi 18 juin, a été marquée par une succession de témoignages aux récits parfois convergents, parfois divergents, autour du rôle de l’accusé, du contexte à l’Université nationale du Rwanda (UNR) et du fonctionnement de la justice rwandaise.
Un ancien étudiant décrit un climat de peur avant le génocide
Premier témoin de la journée, le Dr Dominique Mugenzi, ancien chirurgien au CHUB et ex-étudiant d’Eugène Rwamucyo à l’UNR, a dressé le portrait d’un campus marqué par de fortes tensions politiques et ethniques à partir de 1990.
Selon lui, l’influence croissante de la CDR et du MRND avait profondément détérioré les relations entre étudiants. Il a évoqué des intimidations, des slogans hostiles aux Tutsi et une peur diffuse qui s’était installée avant le genocide perpétré contre les Tutsi.
Présent à Kigali au moment du genocide en 1994, il a raconté les attaques menées contre l’hôpital où il effectuait son stage, décrivant l’irruption des Interahamwe et de militaires des FAR venus tuer des blessés.
Interrogé sur Eugène Rwamucyo, il l’a décrit comme un professeur sérieux, mais distant et peu accessible. Il a indiqué n’avoir été témoin d’aucun comportement discriminatoire de sa part envers les étudiants tutsi.
Face aux questions de la défense, Dominique Mugenzi a insisté sur le caractère préparé du génocide, rejetant l’idée d’un phénomène spontané ou d’une simple frénésie collective. Il a également contesté toute justification sanitaire des fosses communes, affirmant qu’elles étaient destinées à dissimuler les corps des victimes tutsi.
Son audition a donné lieu à un débat sur un jugement gacaca de 2007 mentionnant son nom. Le témoin a déclaré ne pas se souvenir y avoir participé, tandis que la défense a soulevé des doutes sur l’authenticité du document.
Une ancienne collègue de l’accusé évoque son expérience de survivante
Appelée à témoigner par la défense, Berthe Mukangarambe, ancienne assistante sociale au Centre universitaire de santé publique (CUSP) de Butare, a expliqué avoir travaillé aux côtés d’Eugène Rwamucyo en 1994.
Mère de trois enfants à l’époque des faits, elle a survécu au génocide en restant cachée à son domicile de Tumba avec sa famille. Sur les douze membres de sa famille proche, sept ont été tués.
Concernant l’accusé, elle l’a décrit comme un homme réservé et distant, précisant n’avoir jamais entendu de propos discriminatoires de sa part ni eu connaissance de ses affiliations politiques.
Interrogée sur les fosses communes, elle a estimé qu’elles ne constituaient pas des sépultures dignes pour les victimes.
Une responsable judiciaire défend l’indépendance du système rwandais
L’après-midi a été consacré à l’audition d’Elevanie Mukamuganga, inspectrice au sein de l’appareil judiciaire rwandais et ancienne membre de l’unité de traque des auteurs présumés du génocide en fuite – Genocide Fugitives Tracking Unit (GFTU).
Elle a affirmé n’avoir jamais subi d’instructions politiques dans l’exercice de ses fonctions, soulignant que les décisions judiciaires relevaient exclusivement des procureurs.
Questionnée sur le dossier Rwamucyo, elle a précisé ne pas avoir participé directement à sa constitution. Elle a toutefois indiqué qu’au regard de son niveau d’études et de son influence supposée, l’accusé pourrait relever de la catégorie des planificateurs du génocide.
La témoin a également expliqué que les difficultés rencontrées dans la conservation de certains dossiers gacaca s’expliquaient par leur gestion exclusivement sur support papier.
Un témoignage controversé en fin de journée
La journée s’est achevée avec la déposition, par visioconférence depuis Strasbourg, d’Innocent Biruka, juriste retraité et ancien enquêteur pour la défense de Joseph Kanyabashi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Le témoin a affirmé n’avoir jamais entendu le nom d’Eugène Rwamucyo lors des nombreuses enquêtes qu’il a menées sur les événements de Butare.
Ses déclarations ont toutefois suscité de vifs échanges avec les parties civiles et l’avocate générale. Innocent Biruka a notamment développé des thèses attribuant une responsabilité majeure au FPR dans le déclenchement des massacres, tout en reconnaissant explicitement l’existence du génocide contre les Tutsi.
Le président de la cour a souligné à plusieurs reprises que plusieurs juridictions internationales avaient déjà établi le caractère planifié du génocide et la responsabilité de certaines autorités de l’époque.
En fin d’audience, la défense a de nouveau contesté l’authenticité de documents issus des juridictions gacaca, évoquant des incohérences dans les dates et les signatures. Le président a indiqué que cette question serait examinée lors des prochaines audiences.
Les débats reprennent ce vendredi 19 juin, avec la prise de parole de l’accusé avant l’audition de nouveaux témoins.
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Le procès en appel d’Eugène Rwamucyo devant la cour d’assises de Paris s’est ouvert le 9 juin et doit se poursuivre jusqu’au 16 juillet 2026.
En octobre 2024, le médecin rwandais de 67 ans avait été condamné à 27 ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide, complicité de crimes contre l’humanité et participation à une entente en vue de la préparation de ces crimes, commis lors du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Source: CPCR

