Sur les traces de la Libération: 771 jeunes de l’Itorero Indangamirwa plongent dans l’histoire de la Libération au musée de Mulindi
Comprendre l’histoire là où elle s’est écrite. C’est l’expérience qu’ont vécue, ce mercredi, les 771 participants de la 16ᵉ cohorte de “Itorero Indangamirwa”, en visitant le Musée de la Lutte de Libération, situé au Mulindi des Héros, dans le district de Gicumbi à près de 80 kms, de Kigali vers Gatuna, la frontiere rwando-ougandaise..
Cette visite pédagogique conduite le mercredi 15 juillet 2026, constitue l’une des principales activités de formation destinées à renforcer leur connaissance de l’histoire du Rwanda, de la lutte de libération et des valeurs qui fondent l’unité nationale.

Parmi les participants figurent de jeunes Rwandais vivant ou étudiant à l’étranger, des diplômés des écoles internationales du Rwanda, des lauréats de la 13ᵉ cohorte dit “Inkomezabigwi”, ainsi que des étudiants issus des universités et établissements d’enseignement supérieur du pays. Tous suivent, depuis le 1er juillet, une formation civique et patriotique organisée à l’École de formation militaire de Gabiro, qui s’achèvera le 10 août prochain.
Dès les premières heures de la matinée, une dizaine de journalistes quittent Kigali, au départ du ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique (MINUBUMWE), pour rejoindre le Mulindi. Au même moment, les jeunes stagiaires prennent la route depuis Gabiro, traversant les paysages de l’Est avant d’emprunter la nouvelle route reliant Nyagatare à Gicumbi.
À leur arrivée, les collines verdoyantes de Kaniga et de Ngondore, qui entourent le Mulindi, offrent un décor paisible, chargé d’histoire. C’est sur le terrain de football du site historique que les participants se rassemblent pour une immersion dans les moments décisifs qui ont conduit à la libération du Rwanda.
Mulindi, quartier général de la victoire
La visite se poursuit à travers les différents bâtiments historiques qui composent le musée.
Les participants découvrent notamment la résidence de l’ancien président du FPR, Alexis Kanyarengwe, le bâtiment ayant abrité le bureau de l’aide de camp du commandant de l’APR, les logements réservés aux femmes engagées dans la lutte, ainsi que le bâtiment baptisé “Arusha”, où étaient préparés les dossiers liés aux négociations de paix.
Les guides insistent également sur le rôle essentiel joué par les femmes durant la guerre de libération, un aspect largement illustré dans les différentes salles du musée.

L’un des moments les plus marquants de la visite reste sans doute la découverte du bunker ayant servi d’abri souterrain au commandant de l’APR, aujourd’hui Président de la République, Paul Kagame. Les jeunes visitent également les terrains de basketball et de tennis, les anciennes infrastructures militaires, ainsi que la salle où se tenaient les réunions stratégiques des responsables de la lutte.
Le terrain de football du Mulindi occupe lui aussi une place particulière dans l’histoire. C’est à cet endroit que le commandant Paul Kagame avait réuni les troupes pour le dernier briefing avant le départ, le 28 décembre 1993, du bataillon de 600 soldats de l’APR envoyés à Kigali afin d’assurer la sécurité des responsables du FPR dans le cadre de la mise en œuvre des Accords d’Arusha. C’est également sur ce terrain que furent remises les premières distinctions militaires avant leur départ.
Un récit vivant de la lutte de libération
Face aux jeunes, Médard Bashana, guide et spécialiste de l’histoire du site, retrace avec précision les grandes étapes de la lutte menée par le Front patriotique rwandais (FPR) et son bras armé, l’Armée patriotique rwandaise (RPA).

Il revient notamment sur le déclenchement de la guerre de libération en octobre 1990, la disparition du commandant Fred Gisa Rwigema, puis l’arrivée, le 14 octobre 1990, du commandant Paul Kagame à la tête des opérations militaires.
Au fil de son exposé, il décrit les différentes phases de la guerre: les combats dans le Mutara, le changement de stratégie militaire vers les montagnes des Virunga, la discipline qui caractérisait les combattants de l’APR, ainsi que les offensives successives menées dans plusieurs régions du pays malgré des moyens limités.
Les jeunes découvrent également comment l’APR est parvenue à consolider progressivement ses positions, notamment dans la région de Tabagwe, Kaborogota, Rwempasha, Kazaza et Gishuro, avant d’établir son quartier général permanent au Mulindi.
Le guide explique comment les forces ont été restructurées, comment les bataillons ont été renforcés et comment, parallèlement aux opérations militaires, les négociations politiques se poursuivaient jusqu’à la signature des Accords de paix d’Arusha, le 4 août 1993.
L’exposé revient enfin sur déclenchement du genocide contre les Tutsi, qui a débuté le 7 avril 1994, et l’offensive finale de l’APR ayant permis de mettre fin au génocide et de libérer le Rwanda le 4 juillet 1994, avant la prestation de serment du Gouvernement d’unité nationale le 19 juillet 1994.
Au terme de cette immersion, les jeunes repartent avec une compréhension plus concrète des sacrifices consentis pour reconstruire le Rwanda et préserver les valeurs d’unité, de résilience et de patriotisme qui continuent de guider le pays.
Former les futurs leaders à travers l’histoire
Pour le Secrétaire permanent du ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique (MINUBUMWE), Eric Mahoro, cette visite constitue une étape essentielle dans le parcours de formation des participants à l’Itorero Indangamirwa.

Il souligne que ces jeunes sont tous nés après le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, d’où l’importance de leur permettre de découvrir, sur les lieux mêmes où elle s’est déroulée, l’histoire de la lutte qui a conduit à la libération du Rwanda.
“Cette visite leur permet de mieux comprendre l’histoire de la lutte de libération, mais aussi d’approfondir les valeurs qui fondent notre nation: le patriotisme, l’amour de la patrie, l’unité des Rwandais et le sens de l’engagement citoyen”, a-t-il expliqué.
Eric Mahoro s’est également félicité des résultats enregistrés par l’Itorero Indangamirwa depuis son lancement. Selon lui, plus de 5 000 jeunes ont déjà bénéficié de ce programme de formation civique, conçu pour préparer une nouvelle génération de leaders conscients de leur histoire et attachés aux valeurs nationales.
Il a insisté sur le fait que cette formation contribue à développer chez les jeunes l’esprit patriotique, à renforcer leur capacité à faire face aux discours de négation et de banalisation du génocide contre les Tutsi, tout en les préparant à assumer, demain, leurs responsabilités en tant que futurs dirigeants du Rwanda.


